- On peut s’étonner que François Bozizé qui s’est fait « démocratiquement » élire président de la République en 2005, soit aujourd’hui sur le point de fuir son pays, devant l’avancée des rebelles. Rien ne doit étonner car ce général d’armée n’a pas de parole donnée. Il change d’avis comme le vent de la forêt équatoriale change de direction. Au final, il a trompé tout le monde : ses partisans (libérateurs) qui l’avaient aidé à chasser du pouvoir, l’ancien président démocratiquement élu Ange Félix Patassé, les chefs d’Etat de la sous-région et le peuple centrafricain à qui il avait indiqué qu’il ne venait au pouvoir que pour assurer la transition et organiser l’élection présidentielle à laquelle il n’était pas candidat, le peuple centrafricain à qui il avait promis la bonne gouvernance et le paiement régulier des salaires, la réconciliation nationale qu’il a refusé de conduire, avec en prime le retour au pays de l’ancien président actuellement en exil involontaire à Lomé ainsi que certains de ses ministres et collaborateurs un peu éparpillés aux quatre coins d’Afrique et d’Europe, etc. Bref, Bozizé a trompé tout le monde en ne faisant rien de ce qu’il avait promis. Mais que de détournements de fonds depuis qu’il est au pouvoir. C’est comme s’il n’était venu aux affaires que pour vite s’enrichir. Les Centrafricains ont décidé de mettre fin à sa gestion familiale et gabegique.
- Les raisons de son impopularité
- Si c’est surtout son refus obstiné de dialoguer avec la rébellion qui est mis en avant ces derniers temps par les différents mouvements politico-militaires qui ont germé comme des champignons après la pluie pour justifier le recours aux armes pour le renverser, aujourd’hui en Centrafrique, presque tout le monde peut invoquer de suffisantes raisons pour vouloir du départ du général François Bozizé.
- La question doit légitimement se poser de savoir comment en si peu de temps l’homme du 15 mars 2003 dont l’arrivée au pouvoir - certes par un coup d’état militaire condamné à peine du bout des lèvres par la communauté internationale et qui a paradoxalement bénéficié du soutien politique et financier de ses pairs de la sous-région – avait suscité beaucoup d’espoir de changement par rapport au régime MLPC du président Ange Félix Patassé accusé à tort ou à raison de mal gouvernance, au point de déclencher à travers le pays autant d’hostilité voire de haine.
- Comment le général Bozizé a pu en arriver là ?
La chronique de la chute des villes les unes après les autres ainsi que ses coups de gueule contre ses soldats qui fuient devant l’ennemi rebelle à défaut de refuser purement et simplement d’aller au front, apparaît de plus en plus comme celle annoncée de la sienne propre.
- Une impopularité qui remonte loin
- Lassés par son incompétence et incapacité à gérer un pays, l’homme ne possédant aucun charisme, ses parrains qui l’ont porté à bout de bras paraissent avoir baissé les bras. Le président El Béchir du Soudan qu’il accuse de tous les maux et ne cesse de pointer publiquement du doigt en le désignant comme le responsable de ses malheurs, était pourtant celui qui l’avait aidé militairement aux lendemains de sa prise de pouvoir en lui fournissant des armes et plusieurs véhicules de transport de troupes.
- En réalité, la première et principale faute de Bozizé remonte à sa malheureuse décision de se présenter à l’élection présidentielle censée consacrer le retour à la légalité constitutionnelle dans son pays. Il avait laissé pourtant clairement entendre qu’il était venu juste pour « nettoyer » la maison Centrafrique et qu’à la fin du régime de transition, le pays renouerait avec un régime constitutionnel normal. Il avait alors été fortement critiqué et présenté par ses opposants - dont même certains de ceux qui avaient grandement contribué à crédibiliser son putsch comme l’ancien premier ministre Jean Paul Ngoupandé et autres Abel Goumba, Charles Massi et Me Nicolas Tiangaye - comme un homme incapable de tenir sa parole, ce qui est grave pour un officier général. On se souviendra que même le président Alpha Oumar Konaré de l’Union Africaine, au cours de son déplacement à Bangui lors du bref séjour involontaire du père Jean Bertrand Aristide d’Haïti en RCA, avait vainement insisté auprès de Bozizé pour qu’il ne soit pas candidat.
- Sa victoire électorale a donc laissé à ses ex-amis politiques devenus entre temps ses concurrents, un goût tellement amer qu’elle a également été l’aboutissement d’un long bras de fer politiquement désastreux, heureusement résolu grâce à la médiation du patriarche El Hadj Omar Bongo Ondimba du Gabon.
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- Outre la question de la candidature contestée de Bozizé et les problèmes d’alliance politique avec ses compagnons d’hier, c’est surtout les conséquences de sa gouvernance qui ont achevé de convaincre ses compatriotes et l’opinion internationale que son bilan est catastrophique dans beaucoup de domaines.
- Point n’est besoin de dresser une comptabilité exhaustive des domaines dans lesquels son régime a le plus péché. Trois secteurs suffisent. Le chapitre des droits de l’homme et le volet sécuritaire, l’économie et le social.
- Les droits de l’homme et l’insécurité
- C’est dans ce domaine que le régime de Bozizé offre le bilan le plus catastrophique. La plupart des auteurs de nombreux crimes et assassinats qui ont émaillé son régime, pourtant connus comme étant ses proches, ont toujours bénéficié de l’impunité et narguent même la justice. Sous prétexte de traquer les bandits armés et les « coupeurs de route » dans le Nord-Ouest du pays, sa garde présidentielle s’est rendue coupable de nombreux massacres de populations de cette région accusée d’être proches de Patassé. La ville natale de ce dernier, Paoua, et les villages environnants sont systématiquement brûlés. Résultat, plus de 70 000 citoyens centrafricains sont contraints de vivre soit en brousse, soit de gagner les camps de réfugiés du HCR au Cameroun ou au Sud du Tchad.
- Des missions d’enquête des officines de défense des droits de l’homme comme Amnesty International et la FIDH notamment, ont séjourné plusieurs fois en Centrafrique et publié plusieurs rapports suffisamment édifiants et accablants pour le régime de Bozizé.
Par ailleurs, Bozizé a passé le plus clair de son temps à déclarer à qui voulait l’entendre que la sécurité avait été rétablie à plus de 80 % dans le pays. La réalité hélas, est tout autre. L’arrière-pays est toujours en proie aux exactions des « coupeurs de route » dits « zaraguina » qui détroussent systématiquement les voyageurs et usagers des routes. Dans la capitale, les braquages par des soldats de la garde présidentielle déguisés en bandits, ne se comptent plus.
- Au plan économique et social
- Malgré les aides budgétaires exceptionnelles et régulières des pays de la CEMAC, de la Chine et du gouvernement français, les fonctionnaires centrafricains, tout compte fait, accusent toujours plusieurs mois d’arriérés de salaires alors qu’au lendemain de sa prise de pouvoir, Bozizé et Abel Goumba avaient promis le paiement régulier et à terme échu des salaires aux agents de l’Etat. Il n’en est donc rien, c’est plutôt la grande désillusion.
- Pendant ce temps, on assiste à un affairisme forcené de Bozizé et son neveu le commandant Sylvain Ndoutingaï qu’il avait dès le départ placé à la tête du département des mines. Leur interpellation en juin 2004 à Düsseldorf en Allemagne lorsqu’ils tentaient d’écouler des diamants, est là pour en témoigner. De même, Après avoir annulé tous les permis miniers et forestiers octroyés sous le régime du président Patassé sous prétexte qu’ils auraient été attribués dans des conditions opaques, Bozizé s’est aussi en réalité suffisamment sucré avec la délivrance des nouveaux permis délivrés par son neveu. Il a également dissout et repris le contrôle de toutes les sociétés d’exploitation minière et forestière appartenant au président Patassé, en partenariat avec d’autres associés et actionnaires. Très rapidement, Bozizé a accumulé une immense fortune personnelle en bradant l’exploitation des ressources minières du pays notamment à des sociétés sud-africaines (diamant à De Beers et à Uramin pour les mines d’uranium de Bakouma à l’Est du Centrafrique). Malheureusement, avec l’apparition des différents foyers de rébellion qui ont vu le jour du fait de sa mauvaise gouvernance, il a cru devoir, dans l’intention de les éradiquer, acquérir coûteusement en Ukraine des armes et de vieux hélicoptères de combat ainsi que et des Etats-Unis, un Hercules C 130 pratiquement en état d’épave.
- Manque de motivation et refus des Faca d’aller au front
- C’est un secret de polichinelle que les soldats des Faca refusent obstinément d’aller au front du Nord où la hiérarchie militaire les envoie pour affronter les divers mouvements de rébellion armée qui écument le pays et que la propagande de Bozizé et son fils Francis, continue de présenter à tort comme des « bandits armés non identifiés ». Les soldats centrafricains ne font pas mystère des raisons qui motivent leur refus d’aller au front.
Depuis son arrivée au pouvoir dans les conditions que l’on sait, Bozizé, sa progéniture et ses proches n’ont comme seul objectif : s’en mettre plein les poches le plus rapidement possible. Cela passe par les vols de véhicules d’autrui dans lesquels ils ont excellé pour en faire des taxis ou minibus de transport, les braquages, les trafics de pierres précieuses (diamant, or), le commerce et la distribution des hydrocarbures et des boissons.
- Par ailleurs, c’est surtout aux siens (les militaires d’ethnie gbaya de Bossangoa) et compagnons de sa rébellion que Bozizé a privilégié dans le tableau des avancements et les remises de galons militaires. Tout ces faits ne sont pas passés inaperçus et ont inévitablement engendré beaucoup de frustrations parmi ceux des Faca n’appartenant pas au clan de Bozizé qui le lui font savoir à travers leur refus d’aller au front pour ne pas se faire inutilement trouer la peau.
- Au moment où nous mettons sous presse, les mouvements qui entendent passer les fêtes du nouvel an à Bangui, sont déjà à près de 700 kilomètres de la capitale centrafricaine où ils compteraient beaucoup d’hommes en armes venus jouer les éclaireurs. Après la prise de Birao à 800 kilomètres de Bangui, les mouvements armés n’ont pas tardé à continuer leur progression vers le sud où ils ont pris la localité d’Ouadda Djallé qui, elle, est à 700 kilomètres de la capitale. Bilan des combats lors de la prise de cette ville : 20 morts dans les rangs des Faca, 13 prisonniers, 15 ralliements parmi les FACA, 7 véhicules dont 4 Toyota Land Cruiser, 2 véhicules Toyota équipés de canon de 21 mm, 2 véhicules légers de transport de troupes, 3 véhicules gros porteurs Renault de transport de troupes, 25 armes légères, 5 lace-roquettes de type RPG 7, 10 caissettes de munitions pour fusils d’assaut de type AK 47, 10 caissettes de roquettes pour RPG 7.
- Maintenant, le cap est mis sur les villes de Ouadda et Ndélé qui se trouvent à 500 kilomètres de la capitale, et puis Bria qui est une importante plaque tournante pour le négoce du diamant. A l’approche des combats, les négociants, selon nos informations, ont déjà tour expédié sur Bangui.
- Jean-Pierre Ngaïkidoum
- A Bangui
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