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BERNARD DADIÉ : Un géant de la littérature africaine. IN MEMORIAM.

De l’intelligence, la permanence de fraîcheur dans l’humour et sens de l’Amitié. « Savoir s’en aller sans hâte ni en boudant » comme il me l’a dit un jour au Bénin où nous étions nombreux au colloque Abdou Tidjani- Serpos organisé par le poète et essayiste Nouréini Tidjani-Serpos ; si je devais évoquer mes rencontres, conversations, nos amabilités au sujet de certains écrivains montés en épingle en France où on les fait passer pour chefs de file bien qu’ils ne le soient point dans leur pays natal, il y aurait de quoi remplir une centaine de pages d’un mauvais roman.

Mes archives recèlent de nombreuses photos sur lesquelles l’immense écrivain qui vient de nous quitter et moi nous sommes ensemble ; j’en publie deux avant ses obsèques, en disant, in petto : Bernard, voilà comment je nous vois encore bien que tu sois parti en répétant  à coup sûr : « Je vous remercie mon Dieu de m’avoir créé Noir ».

1° Photo : Porto-Novo, au colloque ABDOU TIDJANI-SERPOS.

Olabiyi YAÏ intervenait en yoruba ; « traduis vite aperto libro ! » me souffla à l’oreille  Bernard DADIÉ qui n’entendait pas cette langue africaine ; son humour faillit me faire pouffer ; j’ai plusieurs fois regardé cette photo de Bernard attentif, étonné. « A tout âge on devient élève mais il faut savoir écouter » conclut-il au terme de l’intervention d’Olabiyi.

2° Photo : Paris, un congrès ou colloque à l’Unesco. Beaucoup de gens semblaient voir pour la première fois Bernard DADIÉ ; quand j’ai pu m’approcher de lui, il fit semblant de ne pas me connaître, mais, embrassa Maryvonne, la serra près de lui et rit. C’était bien du Bernard ; quelques minutes plus tard, Kojo DOSEH, Franco-Togolais (devant lui sur la photo)  dit par cœur un passage de  Je vous remercie mon Dieu de m’avoir créé Noir. Très ému, le plus grand écrivain ivoirien qui, pour moi, est un géant de la littérature africaine francophone s’inclina légèrement pour remercier Kojo ; puis, en prenant  ma main, il dit à voix basse : « tu vois, c’est ça nos vraies bibliothèques ; on ne réimprime pas certains de nos livres parce que ça ne rapporte guère à l’éditeur ; mais ceux qui nous ont lus et retiennent des pages, des phrases ou de brèves citations sont nos bibliothèques, je dirais même nos archivistes ».

Je l’ai embrassé.

Adieu, Bernard, l’aîné et ami par-delà la mort.

Olympe BHÊLY-QUENUM  

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