MAROC : Décès de la sociologue féministe Fatima Mernissi

La sociologue et féministe marocaine, Fatima Mernissi, auteur, notamment, de "Sexe, idéologie, Islam", est morte, lundi, 30 novembre, à l'âge de 75 ans.

"Pourquoi le monde arabo-musulman a-t-il tant de mal à apprivoiser des acquis démocratiques comme l'égalité statutaire des individus, la reconnaissance du pluralisme, et la liberté de conscience", se demandait, notamment, Fatima Mernissi, publiée pour l'essentiel chez Albin Michel ?

Professeur de sociologie, à Rabat, militante des droits de l’homme, Fatima Mernissi refusait le piège d’une prétendue incompatibilité entre Islam et démocratie. Elle avait, notamment, créé les "Caravanes civiques" et dirigé aux éditions, Le Fennec, des collections où s’exprime toute la société civile désireuse de démocratie.

En 2003, elle avait reçu le prix Prince des Asturies avec Susan Sontag.

Outre "Sexe, idéologie, Islam", son oeuvre la plus lue, elle a publié, notamment, "Islam et démocratie" et "Le harem politique" où elle s'interrogeait sur la place des femmes en terre d'islam en faisant remarquer qu'au VIIe siècle, "les épouses du Prophète discutaient politique et allaient à la guerre".

"Lorsque naît l'Islam en 622, l’intention du Prophète est d'instaurer une communauté religieuse et démocratique où hommes et femmes discuteront les lois de la cité. A partir d'un tel projet, quels méandres ont mené jusqu’à cette figure prégnante de la femme voilée, mise à l'écart de la vie politique, confinée dans l'espace privé au nom de la foi religieuse", demandait-elle ?

Elle avait, également, écrit un essai sur "L'amour dans les pays musulmans".

La mort de Fatima Mernissi laisse un vide dans la société marocaine, au moment où, sa jeune compatriote, actrice de cinéma, Loubna Abidar, est obligée de fuir le Maroc pour se réfugier, en France, pour avoir commis l'outrage de jouer dans le film, « Much Loved ». Loubna est, finalement, devenue une « femme qui dérange », et pas du tout tolérée par les islamistes, contrairement, à Fatima Mernissi, qui dérangeait, aussi, bien que respectée.