COUP D'ETAT DE DIENDERE : Burkinabè et Ivoiriens, ne laissons pas Compaoré et Dramane jouer avec nos vies

COUP D'ETAT DE DIENDERE : Burkinabè et Ivoiriens, ne laissons pas Compaoré et Dramane jouer avec nos vies

Ce qui apparaissait comme une rumeur est devenu peu à peu une triste réalité: interruption de la transition issue du soulèvement populaire qui chassa Blaise Compaoré du pouvoir, fin octobre 2014. Une transition qui, après avoir exclu les partisans de Compaoré de la prochaine présidentielle, s’apprêtait à rendre publics les résultats de l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara. Mais, fort heureusement, les Burkinabè promettent de ne pas se laisser faire. Ils soutiennent que Diendéré et les autres voyous du RSP (une structure que Michel Kafando et Isaac Zida auraient dû demanteler dès leur prise de fonction) ne reprendront pas aussi facilement le pouvoir pour lequel ils risquèrent leurs vies. Ils se disent déterminés à occuper encore la rue et à affronter la soldatesque du sanguinaire Compaoré qui, quoique réfugié à Abidjan, n’a jamais arrêté de suivre ce qui se passe à Ouagadougou. "S’ils veulent nous tuer tous, nous sommes prêts", ajoutent-ils. Le peuple ivoirien devrait vaincre sa peur et faire preuve de la même détermination, c’est-à-dire, descendre dans la rue, massivement, prendre d'assaut la présidence de la République, l'Assemblée nationale, la radio et la télévision, tous les ministères, dresser des barricades, partout, bref, bloquer le pays jusqu'au départ de l’imposteur Dramane Ouattara au lieu de se résigner et de dire idiotement: "On a trop souffert en 2010-2011 pour prendre des risques, de nouveau. Laissons le Burkinabè avoir son second mandat ou encore c'est Dieu seul qui peut régler le problème de la Côte d'Ivoire". Non, Dieu ne fera rien pour nous si nous restons passifs. Il nous veut responsables de notre pays. Il désire que nous prenions nos responsabilités comme Moïse prit les siennes face à l'oppression que subissaient les juifs dans l'Egypte de Pharaon. Le prier ou invoquer sa grâce n'est donc pas suffisant. Il faut aussi agir et est venu, pour nous tous, le temps de l'engagement, le temps de l'action. Où que nous soyons, nous devons agir, faire quelque chose, pour sortir notre pays de cette dramatique situation.

Compaoré et Dramane Ouattara sont, indiscutablement, derrière la tentative de coup d'Etat au Burkina. Ce sont ces deux terroristes qui attaquèrent et endeuillèrent la Côte d’Ivoire, le 19 septembre 2002, sous le fallacieux prétexte que les ressortissants du Nord étaient traités comme des Ivoiriens de seconde zone et que Laurent Gbagbo avait l’intention d’exterminer les étrangers et les musulmans. Burkinabè et Ivoiriens, nous devons, par conséquent, affronter et mettre hors d'état de nuire, davantage, ces deux bandits, qui ont, déjà, fait trop de mal au Burkina, à la Côte d'Ivoire et à la sous-région (l’un depuis 1987, l’autre depuis 1991). “N'an laara, an saara (si nous nous couchons, nous sommes morts)”, disait opportunément l’historien burkinabè, Joseph Ki-Zerbo, dans “A quand l’Afrique?”. Si nous ne voulons pas d’une mort collective, s’il nous reste un peu de dignité et d'honneur, nous ne devrions pas laisser ces deux criminels continuer à jouer avec nos vies, marcher sur nous et nous appauvrir.

Il y a quelques mois, les leaders de la Coalition nationale pour le changement (CNC) ont laissé entendre que la constitution ivoirienne doit être, strictement, respectée, qu’ils sont intéressés par le bien du pays et non par les avantages du pouvoir, qu'ils veulent apporter le changerment dans le pays, qu’ils n’iront pas aux élections pour aller aux élections, c’est-à-dire, sans un consensus de tous les partis et candidats sur la composition de la Commission électorale et des listes électorales, la sécurisation des élections, l’accès de tous les candidats aux médias d’Etat. Or, jusqu’à maintenant, Dramane ne leur a servi que morgue, menaces et mépris. Pourquoi ? Parce qu’il sait qu’il ne peut gagner dans la transparence. Dans ces conditions et pour ne pas être accusés de vouloir accompagner et légitimer le tricheur et dictateur, Ouattara, les leaders de la CNC, candidats à la présidentielle du 25 octobre 2015, devraient purement et simplement retirer leur candidature illico presto et faire corps ou bloc avec le peuple pour chasser celui qui n'aurait jamais dû être à la tête de notre pays. Car à quoi reconnaît-on le vrai leader ? A sa fermeté sur ses propres principes et à sa cohérence. Le vrai leader est aussi capable de défendre ses troupes quand elles sont attaquées par des mercenaires et n’a pas peur de participer aux marches de protestation organisées par tel ou tel syndicat pour plus de justice et de liberté dans le pays.

Quand la Ligue ivoirienne des droits de l’homme (LIDHO) et d’autres mouvements décidèrent de marcher pour dénoncer le refus d’Houphouët de sanctionner les militaires ayant bastonné et violé, en mai 1991, des étudiants à la cité universitaire de Yopougon, Laurent Gbagbo n’était pas resté chez lui pour jouer au ludo ou pour regarder un bon film à la télévision. Au contraire, il faisait partie de ceux qui marchèrent le 18 février 1992 dans le quartier des affaires. Une marche au cours de laquelle, sa femme, lui-même, et d’autres personnes, furent arrêtés avant d’être jetés en prison. En d’autres circonstances, on le vit avec d’autres dirigeants du Front populaire ivoirien (FPI) prendre la tête de la marche.

En France, Jean-Luc Mélenchon n’a, jamais, hésité à marcher tantôt avec les syndicats, tantôt, avec ses camarades du Parti de Gauche pour s’opposer à l’austérité prônée par Bruxelles alors que plusieurs pays européens font face à une sévère récession économique. Je citerai, enfin, le cas du Burkina Faso où, en 2014, les Zéphyrin Diabré, Ablassé Ouédraogo, Benewendé Stanislas Sankara, Guy-Hervé Kam et autres, n’étaient pas, peureusement, terrés chez eux mais avec les jeunes et les femmes manifestant, chaque jour, contre la modification de l’article 37 de la constitution burkinabè. Pourquoi rejoignirent-ils le peuple ? Parce qu’ils avaient compris qu’on ne peut se dire leader et refuser de mouiller le maillot. Autrement dit, le tout n’est pas de porter le titre de leader. Encore faut-il accepter de prendre le devant de la lutte. Chez nous, malheureusement, on a l’impression que les leaders de la CNC attendent que les jeunes mènent la lutte à leurs risques et périls. Une lutte dont ils viendront, ensuite, récolter les fruits. Je dois affirmer que cette façon de voir les choses a peu de chances de prospérer, aujourd’hui, car les jeunes de notre pays commencent à “voir clair”; ils ne veulent plus faire le travail pour X ou Y; ils n’ont plus vocation à tuer seuls le gibier et à être oubliés lors du partage du butin. Bref, ils sont de plus en plus enclins à penser que “quiconque ne risque rien aujourd’hui n’aura rien demain”.

Que nous soyons jeunes ou non, que nous vivions au pays ou à l’extérieur compte peu. Ce qui est important, c’est l’engagement, le refus de se résigner car l’inaction ne fera que plonger davantage notre pays dans la dictature, la pauvreté et l’insécurité. Je ne dis pas que le combat sera facile car rien n’est jamais facile pour les peuples aspirant à la liberté et à la justice. Mais, si nous voulons être comptés, demain, parmi les peuples dignes, alors, nous n’avons pas d’autre choix que de faire nôtre le mot de Maximilien de Robespierre : “Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.”

Jean-Claude DJEREKE

Enseigne à Temple University et à Holy Family University-Philadelphia (USA)

Auteur de Abattre la Françafrique ou périr, Paris, L’Harmattan, 2014

Ajouter un commentaire