DISTRIBUTION DES TERRES EN NAMIBIE : Mieux vaut tard que jamais !

La Namibie va exproprier les propriétaires terriens étrangers qui ne vivent pas sur son sol dans le cadre d'une nouvelle réforme destinée à corriger les inégalités foncières héritées de son époque coloniale. Cette annonce du président, Hage Geingob, vient mettre un terme à ses hésitations en la matière alors que beaucoup de paysans sans terre en demandent pour vivre et aider à la relance de la production dans le pays.

"Les propriétaires actuels doivent proposer plus de superficie à la vente et pas seulement des terres non cultivées", a déclaré le président de la République en clôturant une conférence nationale qui s'est tenue pendant cinq jours dans la capitale.

"Cette conférence nous a donné un mandat clair pour exproprier les propriétaires absents (du pays) et les terres qui sont manifestement sous-utilisées", a-t-il ajouté.

La Namibie fut une colonie allemande de 1884 à 1915, avant que la Société des nations (SDN) donne mandat d'administration à l'Afrique du Sud qui prend le contrôle du pays jusqu'à son indépendance en 1990.

Il s'agissait de l'Afrique du Sud sous l'apartheid qui ne pouvait y appliquer que ce qu'elle savait faire : les principes de l'apartheid comme la confiscation des terres (des Noirs) au profit des seuls Blancs. Après l'indépendance (en 1990), le mal était, déjà, fait. Il faut, aujourd'hui, corriger ces inégalités, mais, encore faudrait-il que cela se passe dans une certains forme d'équité et de justice pour qu'on n'ajoute pas l'injustice à l'injustice qui existait avant. C'est la question qui préoccupe, actuellement, le président, Hage Geingob.

Le nouveau gouvernement a, alors, engagé une politique de transfert des terres sur la base du volontariat des propriétaires qui n'a eu que peu d'effets. Il y a deux ans, les autorités regrettaient qu'une large majorité des terres agricoles étaient, encore, détenues par des étrangers, Allemands ou Sud-Africains, ce qui est une aberration.

Le chef de l'Etat a précisé, vendredi, 5 octobre, que les propriétaires expropriés seraient indemnisés : "Nous allons définir la notion de juste compensation afin d'éviter la répétition des difficultés du passé. Une loi et des décrets seront adoptés dans les prochains mois pour accompagner cette procédure", a-t-il promis.

Dans l'Afrique du Sud voisine, un projet de réforme équivalent qui prévoit des expropriations sans indemnisation pour corriger, selon son président, Cyril Ramaphosa, "l'injustice historique" de l'apartheid, suscite de vifs débats. Mais, en Afrique du Sud, aussi, qui a pris énormément de retard à cause de la timidité coupable de Jacob Zuma qui avait mis son zèle ailleurs et non sur des questions d'intérêt national comme la réforme agraire, cette question va, aussi, trouver une solution équitable, après la réforme de la constitution sous l'impulsion de Cyril Ramphosa (sur notre photo avec Hage Geingob).

Le président, Hage Geingob, a rappelé son hostilité aux évictions forcées des terres détenues par les Blancs, ainsi que, ce fut le cas au Zimbabwe au début des années 2000. Mais, faudrait-il préciser que Robert Mugabe avait été contraint (malgré lui) de passer en force quand son interlocuteur britannique, avait choisi de faire volte face, en refusant de respecter les accords qui étaient mutuellement consentis sur cette question.

"Notre Constitution permet les expropriations, que le propriétaire le souhaite ou non, pas les saisies arbitraires", a, de son côté, souligné Hage Geingob.

Le président a, également, tenu à rassurer, spécialement, les Namibiens blancs. "Vous avez entendu (lors de la conférence) des propos chargés d'émotion et vous vous demandez si vous êtes en sécurité et bienvenus. Ceci est votre pays", leur a-t-il lancé.

"Vous ne devez pas vous sentir coupables des brutalités coloniales et racistes du passé. Mais, vous devez reconnaître que ces brutalités ont bénéficié à certains aux détriments de la majorité", a conclu le chef de l'Etat.

La Namibie compte 2 millions d'habitants, dont 7% de Blancs (qui avaient pratiquement toutes les terres). Si ce ne sont pas des paroles pleines de sagesse, qu'on dise ce que c'est.

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