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TUNISIE : Colère et détresse après la décapitation d'un jeune berger par des djihadistes

La décapitation d'un jeune berger par des djihadistes, dans la région de Sidi Bouzid (Centre), a provoqué colère et affliction, en Tunisie, illustrant le sentiment d'abandon de la population pour qui le terrorisme s'ajoute à la misère.

Mabrouk Soltani, 16 ans, a été égorgé, puis, décapité par des djihadistes, vendredi, 13 novembre, alors qu'il faisait paître ses moutons sur le Mont Mghilla.

Ses assassins ont, ensuite, ordonné à son cousin, Chokri, 14 ans, témoin de la scène, de ramener la tête enveloppée dans du plastique à la famille, selon des proches et le ministère de l'Intérieur.
Lorsque Chokri arrive, couvert de sang, avec dans les bras, son macabre fardeau, le choc est terrible, à Daouar Slatniya, hameau situé au pied de la montagne. La famille appelle, immédiatement, les forces de l'ordre, à l'aide, mais, elle reste livrée à, elle-même, toute la nuit, d'après ses dires.

"On les a appelés à 17H00, ils nous ont dit +on ne monte pas+. Pourquoi ? Vous avez peur ?", leur répond Mohamed Soltani, 20 ans, le frère de Mabrouk, qui a relaté le fil des événements sur la chaîne privée, Nessma.

"C'est la première fois dans l'histoire que la tête de quelqu'un passe la nuit dans un frigo et son corps dans la montagne. (...) Est-ce concevable? Où est la police ? Où est l'armée ?", s'est-il indigné.

Le lendemain, racontent des membres de la famille, ce sont les proches, eux-mêmes, qui bravent le danger pour aller chercher la dépouille de Mabrouk. Ils la trouveront gardée par des chiens.

Face à l'émoi, le premier ministre tunisien, Habib Essid, a reconnu que les forces de l'ordre avaient tardé. "Nous avons pris les mesures nécessaires, un peu tard il est vrai, (...)", a-t-il dit à la chaîne privée, El Hiwar Ettounsi.

Mabrouk a été tué, seulement, pour avoir refusé de livrer ses bêtes aux djihadistes, a-t-il assuré, précisant que le jeune berger n'avait "rien à voir avec l'armée ni avec la police".
Ce meurtre d'un civil --le second en un mois-- n'a pas été revendiqué.

Le mois dernier, revendiquant la mort de deux soldats, la Phalange, Okba Ibn Nafaa, principal groupe extrémiste armé tunisien lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avait menacé toute "personne aidant ou renseignant (les autorités) sur les moujahidines".

Le groupe a démenti, lundi, sur son compte, Twitter, être l'auteur du meurtre du jeune berger.

Ce week-end, l'armée tunisienne a, néanmoins, lancé une opération sur le Mont Mghilla, tuant, au moins, un djihadiste présumé et perdant un militaire.

Le ministre de l'Intérieur, Najem Gharsalli, s'est rendu, sur place, samedi, mais, les renforts l'accompagnant ont essuyé la colère des habitants, furieux de leur absence jusque-là. Certains ont réclamé au ministre des armes pour se défendre, eux-mêmes, face aux djihadistes.

Depuis sa révolution de 2011, la Tunisie est confrontée à un essor de la mouvance djihadiste. Des dizaines de policiers et de militaires ont été tués, et 59 touristes étrangers sont morts, cette année, dans deux attentats revendiqués par le groupe, Etat islamique (EI).

A Daouar Slatniya, la mort de Mabrouk a ravivé le sentiment d'exclusion d'une région, celle du gouvernorat de Sidi Bouzid, où le vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, s'était immolé par le feu, le 17 décembre 2010, point de départ du "Printemps arabe".

Cinq ans plus tard, à la pauvreté et au chômage toujours croissants, s'est ajoutée la menace djihadiste.
"Ici, nous vivons en dehors de l'Histoire. Coupés du monde", affirme Imed, 32 ans, un cousin de Mabrouk.

Dans un témoignage poignant, Nessim, 20 ans, un autre cousin, a raconté sur Nessma, la misère quotidienne.
"Nous mangeons les plantes, ramenons l'eau de la montagne et aujourd'hui, il y a les terroristes. Où vais-je boire ? Je vais mourir soit de soif, soit de faim, soit de terrorisme", a-t-il clamé.
"Pourquoi Mabrouk est mort ? Parce qu'il vivait de la montagne", a poursuivi le jeune Tunisien, la gorge serrée.

"Nous sommes visés à tout moment", a-t-il ajouté, en mettant en garde contre la facilité pour les djihadistes d'acheter une jeunesse marginalisée, analphabète (...). Une jeunesse au chômage".

Avec AFP

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