ANGOLA : Après lui avoir cédé la tête de l'Etat, Ingénieur José Eduardo dos Santos cède aussi la tête du parti à Joao Lourenço

L'ex-président angolais, Ingénieur, Jose Eduardo dos Santos, prend, samedi, 8 septembre, sa retraite politique définitive en cédant la direction du parti au pouvoir à son successeur à la tête du pays, Joao Lourenço. Il fait ce qu'il avait dit même si la transition entre les deux hommes d'Etat, ne se passe pas comme prévu. Il y a de la crispation dans le camp du partant dont les deux enfants (José Filemeno et Isabel) ont maille à partir avec la justice angolaise.

Au moment de partir, Ingénieur, José Eduardo dos Santos, avait exprimé le souhait de quitter le pouvoir en douceur, à contre-pied de nombre de ses collègues africains.

Il y a un an, il n'a pas sollicité le renouvellement de son mandat de chef de l'Etat et transmis le témoin à son ex-ministre de la Défense, Joao Lourenço. Prudent, il avait, toutefois, gardé la direction du tout-puissant Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA), le véritable siège du pouvoir.

Samedi, 8 septembre, le "camarade numéro 1", âgé de 76 ans, va, également, rendre au général, Joao Lourenço, les clés du parti, réuni en congrès extraordinaire.

"Le retrait de dos Santos est un tournant décisif dans la transition politique en Angola", résume l'analyste, Alex Vines, du centre de réflexion britannique, Chatham House, "le passage de témoin entre lui et Lourenço a été chaotique et conflictuel".

En choisissant pour dauphin un cacique de son régime, le maître du pays pensait pouvoir couler une retraite paisible.

Ses proches contrôlaient les secteurs stratégiques de l'économie, comme la compagnie pétrolière nationale confiée à sa milliardaire de fille Isabel. Et ses fidèles dirigeaient l'armée et la police.

Mais, à la surprise générale, celui qui était présenté comme le "docile", Joao Lourenço, s'est vite affranchi de l'autorité de son prédécesseur en s'attaquant de front à son empire.

Au nom de la relance d'une économie en crise et de la lutte contre la corruption, il a débarqué Isabel dos Santos de la direction de la Sonangol et son demi-frère, Jose Filomeno, dit "Zenu", de celle du fonds souverain du pays. Ce dernier a même été inculpé de détournement de fonds publics : il aurait tenté de faire sortir, illégalement, plus de 500 millions de dollars du Fonds souverain dont il avait la charge.

En quelques mois, la plupart des proches du clan dos Santos ont été, méthodiquement, écartés de la tête des institutions, des entreprises publiques et du parti.

Ce grand ménage a suscité de vives tensions. L'ancien président, lui-même, s'en est, publiquement, ému. "Les changements sont nécessaires mais ne devraient pas être aussi radicaux", avait lancé Ingénieur, José Eduardo dos Santos, dépité, en décembre en dernier.

"Le gouvernement fournira toutes les garanties aux étrangers qui investissent dans le développement de l'Angola (...) afin qu'ils ne perdent pas cet argent", lui a alors rétorqué Joao Lourenço.

Tout au long des derniers mois, les deux hommes et leur entourage se sont appliqués à arrondir les angles.

"Tout s'est passé normalement, il n'y a eu aucune turbulence", assure la secrétaire générale de l'organisation des femmes du parti (OMA), Luzia Inglés.

Mais, en coulisses, leur bras de fer s'est prolongé jusqu'au dernier jour. Ingénieur, José Eduardo dos Santos, avait proposé de quitter la présidence du MPLA, au plus tard, en avril 2019, mais, Joao Lourenço a refusé et fixé d'autorité la date de son départ à samedi (notre photo).

Pour les analystes, cette victoire confirme que le pouvoir a changé de camp, ce que l'intronisation de l'actuel chef de l'Etat à la tête du parti gravera, définitivement, dans le marbre.

"Le congrès de samedi ne changera rien de significatif sur le fond", prédit Benjamin Augé, analyste à l'Institut français des relations internationales (Ifri). "Lourenço s'est déjà autonomisé en écartant la fille et le fils dos Santos des affaires", ajoute-t-il, "tous les secteurs du pays ont été purgés".

L'ancien secrétaire général du MPLA et ex-premier ministre (1992-1996), Marcolino Moco, s'en réjouit.

"Les mesures prises par Lourenço sont encourageantes", souligne Marcolino Moco, "il ne les a pas prises pour conforter son pouvoir personnel mais pour le bien de tout le pays".

Chômage endémique, croissance en berne, déficits inquiétants, le deuxième producteur pétrolier d'Afrique subsaharienne ne s'est, toujours, pas remis de la chute, en 2014, des prix du baril.

Depuis son élection, "JLo", ainsi qu'il est surnommé, a multiplié les réformes, notamment, du secteur pétrolier, et tenté de rassurer les investisseurs étrangers. Mais, sa tâche reste immense.

"Il doit maintenant engager des réformes structurelles", conclut Alex Vines, "il faut qu'il sorte l'économie de son addiction au pétrole (...) et créer des emplois s'il veut consolider le pouvoir du MPLA aux élections de 2022".

Avec AFP

Ajouter un commentaire

Les plus populaires