BURKINA FASO : 29 morts dans le Nord du pays pour dénoncer la main lourde de la justice militaire ?

Au Burkina Faso, un camion de transport a sauté, dimanche, 8 septembre, sur un engin explosif improvisé dans la province du Sanmatenga. Une autre attaque a visé un convoi de vivres sur l'axe Dablo-Kelbo, à une cinquantaine de kilomètres de Barsalogho. Bilan total : 29 morts tous des civils. Cette tuerie massive qui survient au lendemain de la condamnation des généraux, Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, n'est-elle pas un message au pouvoir du président, Roch Marc Christian Kaboré, à savoir, les djihadistes ne sont pas d'accord du verdict et le feront savoir, par les moyens qui leur sont propres, c'est-à-dire, des assassinats des militaires et même des civils jusqu'à ce que le pouvoir entende raison ?

Le Burkina Faso a vécu une journée noire, dimanche, 8 septembre : 29 personnes ont été tuées à la suite de deux attaques perpétrées dans le Nord du pays par les djihadistes.

« Ce dimanche, 8 septembre, un camion de transport a sauté sur un engin explosif improvisé sur l'axe Barsalogho-Guendbila dans la province du Sanmatenga », a affirmé le porte-parole Remis Fulgance Dandjinou dans un communiqué. Une source sécuritaire avait indiqué que les victimes étaient en majorité des commerçants.

A une cinquantaine de kilomètres de Barsalogho, "une attaque a été perpétrée par des terroristes ce dimanche contre un convoi de vivres sur l'axe Dablo-Kelbo", a ajouté le porte-parole dans un autre communiqué. Les individus armés ont visé un convoi de triporteurs chargés de vivres pour les populations déplacées de Dablo et Kelbo.

Le Burkina Faso est pris, depuis quatre ans et demi, dans une spirale de violences, attribuées à des groupes armés djihadistes, certains affiliés à Al-Qaïda et d'autres au groupe Etat islamique. Depuis début 2015, les attaques djihadistes, de plus en plus, fréquentes et meurtrières, en particulier, dans le Nord et l'Est, ont fait plus de 570 morts.

Ces tueries massives seraient-elles une forme de désapprobation des peines infligées aux généraux, Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, soit, respectivement, 20 ans et 10 ans ?

Le général, Gilbert Diendéré, s'occupait au quotidien des djihadistes que Blaise Compaoré recevait, régulièrement, à Ouagadougou, en leur offrant toutes les commodités nécessaires. Certaines sources gouvernementales expliquent que les attaques dans le Nord du pays sont une espèce de vengeance par rapport au changement de leur statut, les nouvelles autorités de Ouagadougou ayant fermé la porte à toute négociation avec les terroristes, et la nouvelle approche étant de les éliminer du Burkina Faso par tous les moyens.

Pour le moment, l'armée burkinabè, qui subit de lourdes pertes – l'attaque la plus meurtrière a fait 24 morts en août – semble incapable d'enrayer les attaques djihadistes, tandis que la menace, d'abord concentrée dans le Nord, touche plusieurs autres régions du pays, dont les régions de l'Est et de l'Ouest.

Ces attaques ont provoqué des exodes de populations, notamment, dans le Nord. Des camps de déplacés sont situés près de certains centres urbains.

L'échec de Roch Marc Christian Kaboré à éliminer le danger terroriste au Burkina Faso, est en train de donner des idées à certains hommes politiques qui appellent l'élection présidentielle de tous leurs vœux, convaincus que le président présentera un bilan médiocre, notamment, sur le plan de la sécurité (sur notre photo, Roch Marc Christian Kaboré accueille le président malien Ibrahim Boubacar Keïta à Ouagadougou : les deux présidents sont malmenés par les terroristes).

La création de la force du G 5 Sahel depuis cinq ans et l'impossibilité à la rendre, totalement, fonctionnelle faute de financements adéquats, devrait montrer aux autorités du Burkina Faso que la lutte contre le djihadisme est et sera une affaire du Burkina Faso et du Burkina Faso seul, même si, au nom de la solidarité internationale, Ouagadougou pourra, de temps en temps, bénéficier de quelques soutiens de pays amis.

Le Burkina Faso doit, donc, enfin, se convaincre que le fait de chanter que le terrorisme est une pieuvre qui ne s'arrête à aucune frontière (sous-entendu aidez-nous pour que la menace ne vous atteigne pas), n'est pas de nature à mobiliser les financements des pays occidentaux, notamment, les Etats-Unis. « Ce que nous faisons pour la lutte contre le terrorisme est aussi destiné à assurer la sécurité mondiale », a, par exemple, coutume de dire le président du Niger, Mahamadou Issoufou.

Il faut, cependant, faire remarquer que l'engagement de la France dans le financement de la force G 5 Sahel est faible (8 millions d'euros sur les 423 millions d'euros prévus en 2019) si on tient compte du fait que c'est la déstabilisation de la Libye avec comme chef de file, l'ancien président, Nicolas Sarkozy, qui est à l'origine de la généralisation du terrorisme dans le Sahel. On peut, donc, comprendre les réticences de l'Américain Donald Trump à financer ce fonds, car c'est comme s'il soutenait les errements de l'ancien président français dont aucun mandat onusien ou autre ne lui avait été donné pour faire chuter le régime de Mu'ammar al Kadhafi. En bon capitaliste, Donald Trump doit se dire que c'est à la France de payer. A-t-il tort ?

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