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BURKINA FASO : Roch Marc Christian Kaboré et le couteau des djihadistes sous la gorge

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a chaud, en ce moment. C'est comme si les djihadistes avaient signé sa perte. En effet, ils ne lui laissent plus un petit espace de respiration, ce qui commence à constituer un vrai problème, quelques mois avant la tenue de l'élection présidentielle de la fin de l'année prochaine.

En session actuelle au Conseil de sécurité, à New York, le chef de la diplomatie du Burkina Faso, Alpha Barry, n'a pas hésité un seul instant à demander le soutien réel et ferme de la communauté internationale pour contrer les attaques violentes multiples et variées des djihadistes que subit le Burkina Faso depuis plusieurs mois. Alpha Barry a raison : le Burkina Faso n'est pas en mesure d'éradiquer, tout seul, le terrorisme qui est en train de réussir la déstructuration de son tissu social dans le Nord du pays, alors que le G5 Sahel est, toujours, en état de gestation depuis deux ans, faute de financements.

De son exil, à Abidjan, l'ancien président, Blaise Compaoré, a offert ses services pour aider le gouvernement à faire face aux assauts djihadistes. Cette main tendue, apparentée à un piège, selon certains observateurs, est restée, pour le moment, lettre morte. Car c'est comme si le règlement du problème du terrorisme au Burkina Faso, était hors d'atteinte pour le gouvernement.

Mais, plus grave, les attaques récentes des djihadistes contre des chrétiens du Burkina Faso sont en train d'ébranler la cohabitation harmonieuse entre religions dans le pays. C'est la cohésion sociale qui est en train de foutre le camp, ce qui a d'ailleurs fait réagir le président : "Le Burkina a toujours été réputé comme un pays de tolérance. Nous devons travailler à maintenir cette richesse que nos ancêtres nous ont léguée".

Sera-t-il entendu par les Burkinabé ? Appelé, récemment, à ses côtés, le premier ministre chef du gouvernement, Christophe Dabiré, en fait la priorité de son action politique dans le cadre de son programme gouvernemental.

Le "pays des hommes intègres" compte 65% de musulmans et 35% de chrétiens, selon des chiffres de 2018. Jusque là, il était cité en exemple pour la coexistence pacifique entre les deux communautés. Cela est de moins en moins le cas avec les tueries massives observées, ces derniers temps, auprès des populations non musulmanes.

Depuis deux semaines, trois attaques semblent prouver qu'il s'agit d'une nouvelle stratégie. Quatre catholiques ont été tués, lundi, 13 mai, dans le Nord, lors d’une procession, alors que deux églises, une protestante et une catholique, ont été attaquées dans les jours qui précédaient faisant 12 morts.

Les attaques prennent de plus en plus pour cibles édifices et responsables religieux, visant ainsi à opposer les différentes confessions.

Les peuls (qui sont musulmans) sont de plus en plus stigmatisés. De nombreux djihadistes appartiennent à cette ethnie, provoquant un amalgame entre peuls et djihadistes et même entre musulmans et djihadistes, ce qui complique encore plus la situation. Les litiges historiques (nomades-éleveurs peuls traversant les champs de populations sédentaires) favorisent d'autant plus le phénomène.

Début janvier, 48 personnes selon le gouvernement et plus de 200 selon la société civile, ont été tuées lors de représailles contre des peuls après l’attaque du village de Yirgou (Centre) attribuée aux djihadistes.

Début avril, 62 personnes ont été tuées lors d'attaques djihadistes suivies d'affrontements inter-communautaires à Arbinda (Nord).

C'est comme si on voulait mettre le pays à feu et à sang (stratégie qui a débuté au Nord mais qui va aller au fur et à mesure vers le Sud ), les commanditaires de ces actions cherchant à discréditer le gouvernement, en montrant son incapacité à agir.

Le gouvernement devrait-il faire appel à l'expertise russe (comme en Centrafrique) le savoir-faire français dans ce domaine, ayant montré ses limites (sur notre photo Roch Marc Christian Kaboré recevant le 19 juillet 2018 à Ouagadougou la ministre française des Armées Florence Parly venue lui proposer le même soutien militaire que celui offert à Ibrahim Boubacar Keita au Mali ) ? A Roch Marc Christian Kaboré de répondre sachant que le temps (électoral) commence à lui être compté.

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