BURUNDI : Le major Pierre Buyoya rattrapé par son passé de putschiste

Depuis que le général-major, Pierre Buyoya, est devenu une personnalité recommandable au point de travailler pour la paix pour le compte des Nations-Unies ou de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), il aurait bien souhaité que la page de sa vie d'ancien putschiste soit, complètement, effacée de sa biographie. Que non ! Le major a été un distingué déstabilisateur de son pays, le Burundi, pendant plusieurs années. Sa soif pour le pouvoir a causé la mort de beaucoup de Burundais. Maintenant que le petit despote de Bujumbura, Pierre Nkurunziza, le lui rappelle, il pique une crise hystérique, comme si le pouvoir de Bujumbura avait travesti la vérité. Doublement que non ! Le major, aujourd'hui, est, toujours, en costume cravate bien soigné. Il est devenu un faiseur de paix. Excellente reconversion après avoir participé à la mort de 300.000 Burundais. Malheureusement, pour lui, Nkurunziza n'est pas d'accord.

L'ex-président burundais Pierre Buyoya, contre lequel la justice burundaise a lancé un mandat d'arrêt international en l'accusant d'être impliqué dans l'assassinat en 1993 de Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu du pays, a dénoncé dimanche une "manipulation politique".

"Tout laisse à penser qu’il s’agit là d’une simple manipulation politique et d’une nouvelle manœuvre de diversion visant à faire oublier les questions douloureuses non résolues" depuis le début en avril 2015 de la crise politique que traverse le Burundi, a déclaré M. Buyoya dans un communiqué. Peut-être que le major a raison, mais cela ne l'absout pas de ses forfaits passés. Car les coups d'état sont imprescriptibles. On les range dans les crimes contre l'humanité.

"Il est symptomatique que la réouverture du dossier de feu Melchior Ndadaye intervient au moment où, face aux multiples sollicitations de la communauté internationale, le gouvernement a choisi de s’emmurer délibérément dans le refus du dialogue", a ajouté M. Buyoya, actuel représentant de l’Union africaine (UA) au Mali (notre photo).

Le Burundi a lancé, vendredi, 30 novembre, un mandat d’arrêt international contre M. Buyoya, ainsi que, 11 hauts gradés des forces de sécurité (armée et gendarmerie) et cinq de ses anciens proches collaborateurs civils, pour leur rôle présumé dans l'assassinat de M. Ndadaye.

Cet assassinat avait été à l'origine d'une guerre civile (1993-2006) qui a fait plus de 300.000 morts et opposé l'armée, alors, dominée par la minorité tutsi (14% de la population), à des mouvements rebelles hutu (85%).

Le major Buyoya, un Tutsi, avait été porté au pouvoir par un coup d'état militaire en 1987. Il avait cédé sa place à Melchior Ndadaye, un Hutu, élu, démocratiquement, en juillet 1993. Il était, ensuite, revenu au pouvoir entre 1996 et 2003 grâce à un autre coup d'état. Le major est, donc, un odieux récidiviste.

Il a rappelé dans son communiqué qu'un jugement avait déjà été rendu dans cette affaire. Une dizaine de soldats dont le plus haut gradé était lieutenant ont été condamnés en 1998, dans un procès considéré comme celui "des exécutants". Aucun des nombreux hauts gradés cités dans cet assassinat (dont Buyoya lui-même) n'a été inquiété.

Il a également souligné qu'un "consensus (avait) été dégagé sur la voie à suivre pour résoudre ce qu’il a été convenu d’appeler le contentieux de sang" dans le cadre de l'Accord de paix d'Arusha (2000), lequel avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile.

Depuis, les dirigeants politiques, les membres de l'ancienne armée et des mouvements rebelles avaient bénéficié d’une immunité provisoire, alors que cet Accord avait prévu que tous les crimes commis relèveraient, désormais, de la Commission vérité et réconciliation (CVR).

Ces mandats d’arrêt ont suscité des tensions à Bujumbura. Les tenants du pouvoir se sont félicités d’une "décision historique". Mais, les opposants ont dénoncé "un deux poids, deux mesures", en rappelant qu’aucun membre de l'ex-rébellion hutu, aujourd'hui, au pouvoir, n’a été inquiété pour les nombreux massacres de Tutsi qui ont suivi la mort du président Ndadaye.

Le major risque de passer de très mauvaises fêtes de Noël et du Nouvel An.

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