CAMEROUN : 61e anniversaire de l'assassinat du grand résistant Mpôdôl Ruben Um Nyobe à Boumnyébél

59 ans après les indépendances, le plus grand, ancien et prestigieux lycée de Yaoundé, s'appelle, « Lycée Général Leclerc » (colonisation française). Son équivalent de la ville de Douala, s'appelle « Lycée Joss » (colonisation allemande). Point d'Université Um Nyobe nulle part, pas de Lycée Um Nyobe, de Collège ou d'école primaire portant son nom. Que font les différents ministres des Enseignements primaires, secondaires et supérieurs, qui se succèdent, depuis le 1er janvier 1960, date à laquelle le Cameroun accéda à son indépendance ?

Est-ce le colon français ou son alter ego allemand qui viendra corriger de tels manquements à la place des Camerounais ? On parle de Um parce que c'est le 61e anniversaire de sa mort dans le maquis de Boumnyébél, dans le département du Nyong et Kellé, un département totalement à l'abandon depuis 1960. Mais, le problème de Um est général et concerne tous les autres résistants camerounais morts pour la patrie et oubliés comme tels. Pour donner une image de cette marginalisation de Nyong et Kellé, son chef-lieu du département, Eséka, ne compte aucune route goudronnée. 59 ans après l'indépendance. Ce qui fait office d'hôpital est en fait un grand dispensaire. On a vu comment celui-ci était démuni lors de l'accident du train du 21 octobre 2016, qui fit 79 morts. Presque pas de morgue ! Les 551 blessés de cet accident ne pouvaient y trouver assistance, « l'hôpital » n'ayant même pas de l'alcool à leur proposer. Les bâtiments les plus visibles de la ville, sont sa gare (coloniale), l'évêché, et trois ou quatre bâtiments administratifs dont la préfecture et le lycée. C'est comme si c'est Um Nyobe qu'on continuait à punir. Sinon, jusqu'à quand le gouvernement continuera-t-il à ostraciser ce département qui se trouve pourtant dans la zone la plus industrialisée du pays ? Peut-être que les participants au Dialogue national inclusif de fin septembre, convoqué par le président, Paul Biya, auront-ils le courage de poser les questions qui fâchent dont la marginalisation de ce département ? Car, comme on l'aura compris, au Cameroun, il n'y a pas que le problème anglophone.

Né le 10 avril 1913, Mpôdôl (Porte-Parole) Ruben Um Nyobe fut, froidement, assassiné, le 13 septembre 1958, dans la forêt de Boumnyébél par la soldatesque française missionnée par Pierre Messmer, à l'époque, haut-commissaire de la France au Cameroun, sans même tenir informé le premier ministre camerounais d'alors, André-Marie Mbida. Mpôdôl fut trahi par les siens, c'est-à-dire, ses frères du « village » qui vendirent la mèche du lieu où il se cachait au pouvoir colonial.

Il voulait la réunification des deux Cameroun (Cameroun francophone et Cameroun anglophone), avant de proclamer l'indépendance du pays réunifié, ainsi que, sa renaissance culturelle. Il avait, donc, une méthode différente pour parvenir à un vivre-ensemble, qui aurait, peut-être, moins posé des problèmes au Cameroun.

Il voulait un Cameroun réellement indépendant, c'est-à-dire, non soumis aux diktats des anciennes métropoles (France, Grande Bretagne). Il faut préciser qu'au départ colonie allemande, le Cameroun devint protectorat français et anglais, sous la supervision des Nations-Unies, à la suite de la défaite de l'Allemagne contre la France lors de la première guerre mondiale.

L'indépendance du Cameroun, c'est d'abord et avant tout, Um Nyobe, avec ses proches camarades de l'Union des populations du Cameroun (dont les plus célèbres étaient Félix Moumié, Ernest Ouandié, etc.), ainsi que, d'autres nationalistes camerounais. Le Cameroun les a oubliés presque tous, mais aussi, leurs familles.

Un micro-trottoir dans n'importe quelle ville du Cameroun sur Ruben Um Nyobe, peut montrer l'ignorance des jeunes camerounais pour ceux qui ont façonné l'histoire de leur pays. Ce n'est pas l'ancien colonisateur qui viendra inscrire l'histoire des pères de l'indépendance du Cameroun dans les programmes scolaires. C'est au Conseil national des programmes scolaires à se saisir de cette question. Il est temps de corriger cette terrible méprise. Il est, surtout, temps de bien revisiter l'histoire du Cameroun telle qu'elle fut vécue par les Camerounais, de la réécrire afin qu'elle soit enseignée, dans sa totalité aux enfants camerounais, et que les personnes qui ont lutté pour l'indépendance du Cameroun, soient, toutes, réhabilitées et vénérées.

C'est le mal qu'on souhaite à Mpôdôl Ruben Um Nyobe dont on célèbre, ce 13 septembre, le 61e anniversaire de son (lâche) assassinat par le colon français (voir les photos avant et après son assassinat).

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