CAMEROUN : Rejet par le pouvoir de Yaoundé de l'ingérence occidentale dans l'Affaire Maurice Kamto

Arrêté fin janvier et écroué à la prison centrale de Yaoundé (Nkondengui), Maurice Kamto reste en prison. En effet, la demande de sa libération immédiate a été rejetée, ce jeudi, 7 mars, par la justice, selon le vice-président du MRC (le parti de Kamto) et en même temps son avocat, Me Emmanuel Simh.

"La demande de libération immédiate de M. Kamto et de six autres leaders a été rejetée par le juge. Le juge n'a pas motivé le rejet", a-t-il déclaré, précisant qu'il allait faire "appel de cette décision".

Maurice Kamto est arrivé au Tribunal de grande instance de Mfoundi, à Yaoundé, sous forte escorte policière.

L'opposant au chef de l'Etat, Paul Biya, après la présidentielle d'octobre à laquelle il est arrivé deuxième, a été arrêté, ainsi qu'environ 150 personnes, à la suite d'une manifestation pacifique organisée dans plusieurs villes du Cameroun, le 26 janvier. Parallèlement à ces manifestations, au Cameroun, ses partisans en Europe procédaient à la mise à sac des ambassades du Cameroun, à Paris et à Berlin, détruisant, au passage, tout ce qui était, machines, équipements, dossiers, installations, etc. Pour donner une idée, la remise en l'état de l'ambassade du Cameroun à Paris a duré près d'un mois. Cela dit, tous les services ne sont pas encore, totalement, opérationnels. Lors de cette descente, les effigies de Paul Biya avaient, systématiquement, été remplacées par celles de Maurice Kamto (notre photo montrant une photo de Kamto à la place de celle de Biya à l'ambassade du Cameroun en France). Les organisateurs de cette déferlante n'ont pas hésité à poster leur forfait sur les réseaux sociaux. Pendant plusieurs semaines, au consulat général, à Paris, il était impossible d'obtenir un visa pour se rendre au Cameroun, le service étant fermé.

Mi-février, l'opposant et plusieurs de ses militants et soutiens (du Cameroun) ont été, très logiquement, présentés devant le tribunal militaire de Yaoundé, où une information judiciaire pour des faits allégués d'"hostilité contre la patrie" et d'"insurrection", notamment, a été ouverte à leur encontre. En France et en Allemagne, les polices continuent de mener leurs investigations, les caméras des deux ambassades ayant livré leurs secrets. Beaucoup d'activistes seraient recherchés, le Cameroun ayant choisi de traiter cette affaire de façon diplomatique mais très ferme. Au nom du chef de l'Etat, le chef de la diplomatie camerounaise, Lejeune Mbella Mbella, a protesté très vigoureusement contre ces agissements sur le territoire des deux pays que le Cameroun considère comme « amis », en convoquant les deux ambassadeurs à Yaoundé. A l'heure actuelle, la balle est dans le camp de Paris et de Berlin. Yaoundé attend que les réponses lui soient données sur la façon dont ses représentations ont été mises à sac, des heures durant, sans l'intervention des forces de l'ordre pourtant alertées.

Me Simh avait introduit sa demande de libération en dénonçant, notamment, "le traitement inhumain subi par M. Kamto et les autres leaders". L'avocat estime que "les règles en matière d'arrestation, de garde à vue et de placement en détention provisoire", ont été violées.

Mardi, l'Union européenne (UE) avait dénoncé "l'ouverture de procédures disproportionnées" contre Maurice Kamto et ses sympathisants, s'inquiétant d'une "détérioration de la situation politique" dans le pays.

Le lendemain, le secrétaire d'Etat américain-adjoint aux affaires africaines, Tibor Nagy, qui visiblement apprend encore à connaître l'Afrique et ses variantes (ça se voit), a déclaré "qu'il serait très sage de le libérer".

Une réaction (très) anti-diplomatique qui consacre l'ingérence des Etats-Unis dans les affaires intérieures du Cameroun. Heureusement que la réaction du pouvoir camerounais a été forte et immédiate, laquelle a dénoncé « une grave velléité d'immixtion » dans la gestion des affaires du Cameroun, parlant de Kamto, qui est en prison pour des faits « de droits commun » et non pour l'exercice de ses activités politiques.

Peut-être que les autorités camerounaises devraient-elles, aussi, faire la leçon à Donald Trump en lui suggérant, fermement, de coopérer, franchement, avec les autorités judiciaires de son pays sur l'ingérence russe dans la présidentielle américaine qui a permis de faire de lui le président des Etats-Unis à la place d'Hillary Clinton.

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