COTE D'IVOIRE : Fracassante démission du chef de la diplomatie Marcel Amon-Tanoh

Que reste-t-il du RHDP, ce fameux rassemblement qui fut constitué à l'instigation du pouvoir français (de droite de l'époque) pour affronter, avec des chances de succès, le président ivoirien de gauche, Laurent Gbagbo ? Le président historique du RHDP, qui en faisait, aussi, son âme, Henri Konan Bédié, en est parti, en colère, à cause d'Alassane Ouattara, qui ne sait pas respecter ses engagements. Il roule tout le monde dans la farine. Déjà, le RHDP sans le PDCI-RDA, c'est comme un véhicule sans direction : il y a bien un moteur et un chauffeur mais sans la direction. Conséquence, une fois lancée, la voiture devient folle sur la route. Après avoir refusé de respecter le contrat qui le liait à Henri Konan Bédié, en le soutenant à l'élection présidentielle de fin 2020, Alassane Ouattara (qui se croit plus intelligent que tous les Ivoiriens) avait annoncé qu'il allait favoriser une compétition entre jeunes afin que le meilleur d'entre eux, représente le RHDP à la présidentielle. Mais alors que les (jeunes) candidats du parti houphouétiste fourbissaient leurs armes, Ouattara leur a imposé son premier ministre et protégé, Amadou Gon Coulibaly. Si on l'accepte dans les rangs du RDR, le parti d'origine de Ouattara, on le refuse, catégoriquement, à l'UDPCI et chez les anciens membres du PDCI-RDA restés au RHDP pour des besoins alimentaires. La démission du plus talentueux d'entre eux, le ministre des Affaires étrangères, Marcel Amon-Tanoh, en est la preuve éclatante.

« En tant qu’homme public ayant assumé de nombreuses responsabilités au service de mon pays, je me dois de m’adresser à vous directement, pour vous informer de ma démission du gouvernement.

Je tiens à remercier le président de la République, Alassane OUATTARA, pour l’honneur qu’il m’a fait en me confiant des responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, en qualité de Ministre Directeur de Cabinet, puis, Ministre des Affaires étrangères. J’ai travaillé à ses côtés en toute loyauté, en prenant toujours soin de lui faire part de mon honnête opinion en toutes circonstances.

Seuls la grandeur de la Côte d’Ivoire, la justice, la démocratie et le bonheur des Ivoiriens ont constamment motivé mon engagement politique.

Comme je l’ai toujours fait, je continuerai à mener ce combat avec vous.

Que DIEU vous bénisse.

Marcel AMON-TANOH ».

L'ancien directeur de Cabinet de Ouattara n'avait pas participé au congrès qui consacra son ennemi de l'intérieur, Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP à la présidentielle de fin 2020 (notre photo où échangent les deux hommes ; Amon-Tanoh tient des dossiers dans la main). Avec ce départ très significatif au regard de ses fonctions passées et du rang qu'il occupait dans le gouvernement, c'est un événement, qui en annonce d'autres certainement : le départ de son ancien collègue du gouvernement et ministre de l'Enseignement supérieur, Mabri Toikeusse, ne saurait tarder. Tout comme Marcel Amon-Tanoh, il ambitionne de se présenter à l'élection présidentielle de fin 2020.

C'est ce même objectif qui avait entraîné la brouille entre Ouattara et un autre de ses poulains, l'ancien président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro. Réfugié aujourd'hui en France (qui joue le double jeu entre lui et son protégé Ouattara), il tente d'échapper à un mandat d'arrêt qui pourrait le conduire droit à la MACA (Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan) alors qu'il a juré de se présenter à l'élection présidentielle et de la gagner.

Le bilan de Ouattara ne sera pas élogieux quand il sera dressé sur le plan politique : il a échoué à réconcilier les Ivoiriens, il a mis et continue de maintenir son prédécesseur Laurent Gbagbo en prison à La Haye, il s'est brouillé avec Guillaume Soro qui l'avait installé au pouvoir (avec la complicité du président du Faso de l'époque Blaise Compaoré), après avoir constitué une rébellion qui a déstabilisé le pouvoir de Gbagbo, il a trahi le pacte signé avec Henri Konan Bédié qu'il avait d'ailleurs chassé du pouvoir par un coup d'état militaire en décembre 1999, etc. Bref, bref ! Il semble que bien qu'avoir ré-endetté sérieusement la Côte d'Ivoire, certains observateurs disent qu'il a fait des réalisations salutaires dans le domaine de l'économie. Cela dit, sur le plan politique, il aura été d'une nullité geosynclinale.

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