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COTE D'IVOIRE : Quand les médias français se complaisent dans la médiocrité

Ces derniers jours, la meute a repris du service en répétant ad nauseam que Laurent Gbagbo allait en Belgique où vit sa « seconde épouse ». Espérait-elle « chauffer » le cœur de Simone Gbagbo et la braquer contre son mari ? Echec et mat puisque Simone s’est rendue, il y a trois jours, à Mama, à Gagnoa, dans sa belle-famille et chez elle, aussi, le village du mari devenant ipso facto celui de la femme dans plusieurs cultures africaines. Rêvaient-ils, ces aboyeurs et énergumènes de petite vertu, de salir, une fois de plus, Laurent Gbagbo (sur notre photo avec l'ancienne première dame Simone Gbagbo) ?

Le rêve se brisa aussi facilement que les premiers mensonges (viols, crimes de guerre et crimes contre l'humanité) déversés sur Laurent Gbagbo et détruits par les témoins à charge eux-mêmes. Les plus courageux d’entre eux comme Sam l’Africain n’hésitèrent pas à pointer du doigt la France et à attaquer la Françafrique. Ils demandèrent même que l’accusé soit purement et simplement blanchi et Laurent Gbagbo fut blanchi et acquitté le 15 janvier 2019 parce que le dossier de l’accusation était extrêmement faible et sans que les avocats de la Défense aient eu besoin de présenter leurs témoins qui avaient des choses peu reluisantes à dire sur la France.

Au lieu de continuer à s’acharner sur un homme qui n’a ni maison ni compte bancaire en France et ne priva jamais ses adversaires de leurs droits, au lieu de persister dans le mensonge et l’intoxication, ils feraient mieux, ces journalistes corrompus et indignes, de condamner clairement l’arrestation et l’incarcération de Maurice Kamto et de ses militants par le régime dictatorial et assassin de Yaoundé, après une marche de protestation, de demander une enquête sur la présence des soldats français au Mali, de répondre aux vraies questions soulevées depuis longtemps par les souverainistes africains et reprises récemment par deux personnalités du gouvernement italien. Ces questions sont, entre autres, le F CFA et le vol des richesses de l’Afrique sans lesquelles la France deviendrait plus pauvre que la Grèce et le Portugal et les bases militaires françaises sans lesquelles ses marionnettes et tyrans de présidents seraient vite renversés par les peuples africains. A cela, on pourrait ajouter le silence de la soi-disant communauté internationale sur les crimes commis par Dramane Ouattara et ses partisans, le massacre de 64 jeunes manifestant pacifiquement devant l’Hôtel Ivoire par l’armée française début novembre 2004 et la nomination de Fatou Bensouda comme procureure de la Cour pénale internationale (CPI) alors que son époux, Philippe Bensouda, aurait des liens avec le président reconnu par ladite communauté internationale et aurait obtenu à ce titre, un marché immobilier de 12 milliards de F CFA selon le site Algeriepatriotique.com. Le conflit d’intérêt crève les yeux ici si ces informations sont avérées et on comprend alors pourquoi la Gambienne a réussi à empêcher le retour de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé en Côte d’Ivoire malgré la libération totale et immédiate prononcée par le juge italien Cuno Tarfusser. Mais, diantre, comment peut-on, en même temps, se plaindre de « l’invasion » de l’Europe par les Africains et y retenir deux d’entre eux qui ne souhaitent que retourner chez eux ? L’Europe n’est-elle pas en train de devenir schizophrène ?

« Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie», expliquait Albert Londres en 1929. A lire ou à écouter les médias français, on a cependant l’impression que la mission qui leur a été assignée est de nuire aux Africains, que la plaie dont parlait le grand reporter se trouve uniquement en Afrique dont les dirigeants qui refusent de se soumettre à la France n’auraient droit qu’au dénigrement systématique et à des commentaires sarcastiques et condescendants et que le fait de quitter l’Elysée en scooter la nuit pour rencontrer sa maîtresse, la pédophilie, l’échangisme ou l’homosexualité, sont des pratiques moins graves que la polygamie.

Bref, nombre de journalistes français et européens ne sont guère différents, dans le registre de l’acharnement et de la diabolisation, des sycophantes de la Grèce antique qui assignaient en justice des citoyens fortunés afin d'obtenir une partie de leurs biens si ces derniers venaient à être condamnés. 

Pour conclure, je dirais ceci : les journalistes européens ne se valorisent pas en recyclant des poncifs éculés sur l’Afrique. Ils n’honorent pas leur profession en faisant des gorges chaudes de la « deuxième femme » de Laurent Gbagbo comme si François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, étaient des modèles dans ce domaine. Ce qu’on attend d’eux, c’est qu’ils expliquent à leurs lecteurs ou téléspectateurs pourquoi le gouvernement français ne fit rien contre les deux pilotes biélorusses, qui avaient bombardé le camp militaire français de Bouaké en 2004, pourquoi la France a volé au secours du dictateur Idriss Déby en bombardant un convoi de véhicules de l’Union des forces de la résistance (UFR), le 6 février 2019, pourquoi Areva, Bolloré et Bouygues, réalisent d'énormes bénéfices sur le continent pendant que Nigériens, Camerounais, Ivoiriens, Tchadiens et Gabonais tirent le diable par la queue.

Jean-Claude DJEREKE
est professeur de littérature à Temple University (Etats-Unis)

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