CRISE ANGLOPHONE : La Suisse aura la charge de la médiation avec d'autres

Le président camerounais, Paul Biya, se repose, à Genève, depuis dimanche, 23 juin, soir. Il y est, pour quelque temps « un bref séjour » dit un communiqué de la présidence camerounaise, avec la première dame, Chantal Biya. Le chef de l'Etat camerounais n'y avait plus mis les pieds depuis plus de neuf mois. Cela dit, son séjour ne sera pas de tout repos. Après avoir marqué son accord à la proposition de médiation suisse dans le cadre de la crise anglophone, il mettra son « bref séjour » à profit pour rencontrer plusieurs personnalités suisses impliquées dans cette médiation afin de la faire avancer, sachant que les élections régionales seront programmées au courant du dernier trimestre de cette année, ce qui n'est pas le cas des élections locales et législatives qui ont été repoussées à l'année prochaine.

C'est, donc, sans surprise que la Suisse a annoncé, jeudi, 27 juin, jouer un rôle de médiateur dans la crise anglophone au Cameroun. Des séparatistes (dont on ignore le nombre exact) militent pour la création d'un Etat indépendant, l'Ambazonie, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais, le président camerounais, a fermé la porte à la séparation de son pays, et dit Oui au dialogue concernant d'autres sujets de préoccupation nationale dont le fédéralisme demandé par le principal parti de l'opposition, le Social Democratic Front (SDF) de Ni John Fru Ndi, ainsi que d'autres organisations et personnalités politiques.

Dans un communiqué, le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) indique que «la Suisse a été mandatée par une majorité des parties pour faciliter un processus de négociation inclusif». «Le DFAE s'emploie à trouver une solution pacifique et durable à la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun, en collaboration avec le Centre pour le dialogue humanitaire», une organisation basée à Genève. Une rencontre avec «divers groupes d'opposition» camerounais a eu lieu du 25 au 27 juin en Suisse, explique le DFAE. Une première rencontre, également, avec l'opposition, s'est tenue en mai, selon un porte-parole du DFAE.

Le ministère souligne que «l'objectif de cette (deuxième) rencontre était de préparer les futures négociations de paix entre le gouvernement camerounais et l'opposition politique».

L'annonce intervient alors qu'une quarantaine d'opposants camerounais - des exilés, selon le journal La Tribune de Genève - ont forcé, mardi, 25 juin, l'entrée de l'hôtel intercontinental de Genève où séjourne le président camerounais Paul Biya.

Si le président camerounais, Paul Biya, réélu en octobre 2018, pour sept ans, a promis l'élection au suffrage universel des présidents de région qui vont remplacer les gouverneurs qui, sont l'émanation directe du pouvoir de Yaoundé, il a, souvent, donné sa préférence pour une décentralisation accentuée de l'Etat (comme en France) et non pour le fédéralisme qui fut supprimé en 1972 au profit d'un Etat unitaire du Cameroun.

Cela ne l'a pas empêché de recevoir, ces derniers mois, des délégations venant de Suisse, du Canada, de l'Allemagne et même de la Grande Bretagne, qui connaissent des modèles différents de fédéralisme, modèles qui fonctionnent avec une certaine efficacité (sur notre photo Paul Biya reçoit Pietro Lazzeri l'ambassadeur de Suisse au Cameroun le 23 mai dernier).

Le débat est, donc, ouvert au Cameroun où l'appel au fédéralisme de certains Camerounais anglophones, connaît des difficultés dans la mesure où cette forme de l'Etat, intéresserait, aussi, les autres régions du pays. Autrement dit, le fédéralisme ne se limiterait plus aux deux provinces anglophones, mais, intéresserait, aussi, les parties francophones du Cameroun. D'aucuns parlent même d'un fédéralisme tenant compte des ethnies (communautés bamiléké, bassa, haoussa, etc.), afin de mieux assurer le caractère culturel du pays. Les choses sont loin d'être simples même si certains veulent les rendre simplistes tout en prônant purement et simplement, le retour à la situation de 1961. Comme si le Cameroun n'avait pas évolué.

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