EXPLOSION EN ETHIOPIE : Plusieurs morts lors d'un meeting public du premier ministre Abiy Ahmed

Plusieurs personnes ont été tuées, samedi, 23 juin, par l'explosion d'une grenade lancée au milieu d'une foule immense venue écouter le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, dans le Centre d'Addis Abeba, déclenchant un mouvement de panique qui a, ensuite, viré à la manifestation anti-gouvernementale. Le premier ministre venait de finir son discours et saluait la foule quand l'explosion s'est produite, provoquant un mouvement de foule vers l'estrade et des scènes de confusion.

Abiy Ahmed a quitté, précipitamment, les lieux sain et sauf. Il a, ensuite, annoncé que plusieurs personnes avaient été tuées dans l'explosion, a rapporté la radio-télévision proche du pouvoir Fana Broadcast Corporate.

"Toutes les victimes sont des martyrs de l'amour et de la paix", a déclaré M. Abiy, selon Fana. Le premier ministre a estimé que l'incident avait été planifié par des groupes cherchant à discréditer le rassemblement et son programme de réformes. Son chef de cabinet, Fitsum Arega, a indiqué, sur Twitter, que l'explosion avait été provoquée par une grenade.

Il s'agissait du premier discours public, à Addis Abeba, de M. Abiy, 41 ans, depuis sa nomination, en avril, comme premier ministre d'Ethiopie. Il en avait fait plusieurs en province, et celui-ci devait être le plus symbolique de sa campagne pour expliquer ses réformes.

Depuis sa prise de fonctions, après plus de deux années de manifestations antigouvernementales ayant coûté son poste à son prédécesseur, Hailemariam Desalegn, Ahmed Abiy a impulsé des changements majeurs, libérant nombre d'opposants emprisonnés et initiant une libéralisation de l'économie.

Il a, aussi, décidé de mettre un point final au différend avec l'Erythrée et opéré un important remaniement de responsables sécuritaires.

Ce rassemblement avait débuté dans le calme. Des spectateurs brandissaient des drapeaux du Front de libération Oromo (OLF), un groupe armé rebelle, et une ancienne version du drapeau éthiopien, symbole des manifestations antigouvernementales.

La police, qui, par le passé, arrêtait quiconque agitait de tels drapeaux, laissait, cette fois, faire.

Dans son discours, Ahmed Abiy, vêtu d'un tee-shirt vert et d'un chapeau, a exprimé sa gratitude à la foule et a vanté les vertus de l'amour, de l'harmonie et du patriotisme. "L’Ethiopie sera, à nouveau, au sommet et les fondations en seront l'amour, l'unité et le rassemblement", a-t-il notamment déclaré.

Après l'explosion, des dizaines de personnes ont envahi la scène dans la confusion totale (notre photo), et commencé à lancer des objets divers vers la police en criant : "A bas, à bas Woyane", ou "Woyane voleur", en référence au surnom péjoratif utilisé pour qualifier le gouvernement.

Des échauffourées ont commencé à éclater entre spectateurs et des pierres ont été lancées en direction des journalistes, qui ont dû s'abriter. La police s'est d'abord gardée d'intervenir.

Des spectateurs ont, ensuite, arraché un drapeau éthiopien, pour le remplacer par un drapeau de l'ethnie oromo et un drapeau éthiopien ancienne version, en criant : "C'est le drapeau que nous voulons".

Après ces incidents, des dizaines de milliers de personnes ont continué à chanter dans le calme et à manifester leur mécontentement à l'égard des autorités. La police est, finalement, intervenue en lançant des gaz lacrymogène pour disperser la foule. A 12h30 (09h30 GMT), la place était, complètement, vide en dehors d'une forte présence policière.

Le nouveau premier ministre a pris les rênes du pays à un moment où, selon de nombreux observateurs, la coalition au pouvoir depuis 1991, et à laquelle il appartient, s'est retrouvée dos au mur.

Confrontée au plus important mouvement de protestation en 25 ans et à la mobilisation des deux principales ethnies du pays (Oromo et Amhara), le pouvoir a, d'abord, répondu par la répression (plus de 1.000 morts, un état d'urgence de 10 mois), avant de lâcher du lest, avec la démission du premier ministre, Hailemariam Desalegn, en février, puis, la nomination d'Ahmed Abiy.

Et même si ce dernier, premier chef du gouvernement éthiopien issu de l'ethnie oromo, était perçu lors de sa nomination comme un rénovateur, peu d'observateurs s'attendaient au train de réformes des dernières semaines.

Pour les analystes, la mise en œuvre de ces mesures ne se fera pas sans susciter des tensions. La promesse de M. Abiy de rétrocéder à l’Erythrée des portions de territoires frontaliers a, ainsi, déjà, suscité, en Ethiopie, la réprobation des Tigréens, très influents dans les cercles du pouvoir avant sa nomination.

Avec AFP

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