GABON : Ali Bongo Ondimba sécurise et assainit son Cabinet en se séparant de Laccruche Alihanga

Sans crier gare, le président de la République a mis fin aux fonctions de son très controversé directeur de Cabinet, Brice Laccruche Alihange (BLA), qui ne va pas se retrouver dans la nature : il devient ministre chargé du Suivi de la Stratégie des investissements humains et des Objectifs de développement durable, dans le gouvernement du premier ministre, Julien Nkoghe Bekale. Pour le remplacer, Ali Bongo Ondimba (ABO), contre toute attente, est parti piocher Théophile Ogandaga de la société Olam où il occupait les fonctions de directeur général-adjoint (notre photo). Le choix du nouveau dircab donne une marge de manœuvre au premier ministre, mais, vise, surtout, à apporter la sérénité au Palais du Bord de Mer où le président reprend, progressivement, les choses en main.

On avait senti le vent tourner ces derniers temps. Deux semaines avant son limogeage, BLA rasait, presque, les murs, et les rapports avec le fils aîné du président, Noureddin Bongo Valentin, devenaient, notoirement, mauvaises. Quelque temps après sa nomination comme conseiller spécial du président de la République, en juin, avec un bureau qui est juste à côté de celui de son papa, il n'a pas tardé à découvrir des malversations. Le relatif retrait d'ABO avait-il permis à BLA (qui traîne déjà une sulfureuse réputation à Libreville notamment dans les entreprises où il avait travaillé comme la BGFI Bank) de mettre cette situation (inespérée) à son profit personnel ? Même la première dame, Sylvia Bongo Ondimba, qu'on disait principal soutien de BLA, en aurait été, fortement, contrariée. D'où la question : ABO peut-il encore (valablement et durablement) faire confiance à ce poste  dont la devise semble devenir « Sauve qui peut après avoir emporté le maximum » ?

Selon des rumeurs qui demandent à être confirmées, plus de 500 milliards de F CFA (1 milliard de dollars), fruits de la manne pétrolière et autres, manqueraient dans les caisses dont le grand superviseur n'était autre que l'ancien directeur de cabinet. Au stade actuel des choses, il n'est pas, formellement, accusé (puisqu'il a même été nommé ministre), mais les soupçons pèsent sur lui. Et pour que les enquêtes soient menées sans entrave, il fallait qu'il quitte son poste, en fait, le plus important de la République, à l'heure actuelle, si on tient compte de l'état de santé du chef de l'Etat, état qui s'est beaucoup amélioré, c'est vrai, mais qui demande encore à l'être.

BLA, en deux années de présence à la tête du cabinet présidentiel, en a profité pour placer ses obligés à des postes stratégiques et juteux. Partout. Si cela est de bonne guerre au pays du patriarche, ceux-ci doivent aussi faire l'objet d'enquêtes afin qu'on sache qui a fait quoi et comment. C'est la raison pour laquelle un certain nombre d'interdictions de sortie du territoire, vient d'être prononcé.

« Radio Nzeng Ayong » (entendez Radio Trottoir) croit savoir que les paradis fiscaux qui avaient commencé à se faire alimenter de cette manne financière, doivent restituer les fonds afin que le programme gouvernemental poursuive sa mise en œuvre.

Pour bien accompagner le président de la République (aussi bien avec le cœur qu'avec l'esprit), Nourredin a oeuvré auprès du président afin que son ami proche, Mohamed Ali Saliou, vienne lui prêter main forte avec pour objectif, de débusquer des fraudes qui se seraient généralisées au Palais, ces derniers temps. Nommé directeur-adjoint du cabinet en octobre dernier, Mohamed Ali Saliou qui a secondé BLA (pendant quelques jours avant son limogeage) n'est autre que le fils de l'imam de Libreville, qui officie à la Mosquée Hassan II, la plus grande d'Afrique centrale. Même au Cameroun où on compte cent fois, voire, mille fois plus de musulmans, il n'y a pas match en ce sens qu'aucune mosquée camerounaise ne tient la comparaison avec Hassan II de Libreville.

L'opposition (mais pas que) accusait (injustement ?) BLA de vouloir se faire calife à la place du calife. Si « Radio Nzeng Ayong » est, toujours, bien suivie par la majorité des Librevillois, BLA n'a pas fait grand-chose pour démentir une telle affirmation. Ses détracteurs disent (sans être contredits) qu'il était très généreux à l'endroit de la très virulente presse de l'opposition, qui s'est abstenue de le démolir et qui, finalement, le caressait dans le sens du poil. Et pas ABO. Pourquoi cette exception ?

D'autre part, BLA ne donnait aucune importance à la presse nationale (pro-gouvernementale, pro-PDG et pro-ABO) ou internationale, qui essayait de promouvoir l'image du président de la République, que l'opposition salissait à longueur de journées, le déteignant comme incapable à gouverner le pays et totalement inapte à la fonction. A la limite, de tels écrits pro-ABO, semble-t-il, l'irritaient alors qu'en théorie, il était dircab pour servir les intérêts de son patron et non les siens propres. Mais l'appétit ne vient-il pas en mangeant ?

Lors d'un voyage en France, en octobre, le tout dernier en tant que directeur de Cabinet du président de la République, BLA avait rencontré certains journalistes gabonais anti-ABO et quelques forts en gueule de l'opposition qui empêchent le président de dormir sur ses deux oreilles. Les mauvaises langues disent que là, aussi, c'était pour entretenir sa propre image. Et pas celle du président.

Cela dit, BLA peut s'enorgueillir d'avoir tenu la « Maison Gabon » aux côtés du premier ministre, des deux speakers du parlement et de la patronne de la Cour constitutionnelle, contre les velléités de déstabilisation de l'opposition et d'une certaine société civile. Après tout, l'essentiel n'est-il pas qu'ABO retrouve un pays en état de fonctionnement normal, qui ne fasse pas la Une de l'actualité, maintenant qu'il retrouve la toute plénitude de ses moyens ?

Par décret du président de la République du 7 novembre, sur proposition du premier ministre, chef du gouvernement, le gouvernement de la République est réaménagé ainsi qu’il suit :

LES MINISTRES

Ministre chargé du Suivi de la Stratégie des Investissements Humains et des Objectifs de Développement Durable : Monsieur Brice LACCRUCHE ALIHANGA (ex-directeur de Cabinet du président de la République).
Ministre des Mines, du Pétrole, des Hydrocarbures et du Gaz : Monsieur Noel MBOUMBA.
Ministre de l’Energie et des Ressources Hydrauliques : Monsieur Emmanuel Norbert Tony ONDO MBA
Ministre des Transports, de l’Equipement, des Infrastructures et des Travaux Publics : Monsieur Hugues MBADINGA MADIYA

LES MINISTRES DELEGUES

Ministre Délégué auprès du Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, de la Justice, Garde des Sceaux : Monsieur Christian MENVIE M’OBAME
Ministre Délégué auprès du Ministre de l’Emploi, de la Fonction Publique, du Travail et de la Formation Professionnelle chargé du Dialogue Social : Madame Gisèle AKOGHET épouse NTOUTOUME ESSONE

Ajouter un commentaire

Les plus populaires