LEGISLATIVES AU BENIN : Ca ne s'annonce pas bien

Le Bénin, laboratoire de la démocratie du Golfe de Guinée, est-il en panne sèche de démocratie ? Après la tenue de la toute première conférence nationale souveraine organisée en février 1990, à Cotonou, et qui avait réuni toutes les forces vives de la nation, le Bénin va organiser des élections législatives comme au temps du parti unique, le PRPB, de Mathieu Kérékou, c'est-à-dire, sans l'opposition. Les torts sont certainement partagés, l'opposition n'étant pas exempte de tout reproche. Cela dit, on regardera, beaucoup plus, du côté du pouvoir politique qui contrôle l'actuelle majorité au parlement pour savoir pourquoi des mesures n'ont pas été prises pour empêcher une situation qui est loin d'honorer le Bénin. Et qui à coup sûr va engendrer des troubles dans le pays.

Le chef de l'Etat, Patrice Talon, s'est invité, jeudi, 11 avril, sur le plateau de l'ORTB (Télévision publique béninoise) pour demander aux leaders politiques de l'opposition de "ne pas appeler à incendier le pays" à l'approche des élections législatives du 28 avril, dont ils ont été exclus.

"Si ce pays leur tient tant à cœur et qu’ils ont vocation à le diriger, ce n’est pas un pays brûlé, ce n’est pas un pays en cendres qu’ils auront à diriger demain", a-t-il déclaré lors de cet entretien télévisé.

"Appeler à brûler le pays parce qu’on ne va pas à une élection, ce n’est pas responsable. Je ne le permettrai pas", a averti le président, au pouvoir au Bénin depuis avril 2016.

Début mars, la Commission électorale avait jugé que seuls deux partis, proches du président Talon, avaient rempli les conditions requises par le nouveau code électoral - adopté l'an dernier et durcissant les règles régissant les partis politiques - pour pouvoir présenter des listes, excluant de facto toute l'opposition.

Le Bénin connaît, depuis, des mouvements de contestation de l’opposition qui proteste contre leur exclusion du scrutin.

"Je voudrais dire à mes concitoyens que je resterai un défenseur de la démocratie, des libertés, de la rigueur, et du respect de l’ordre constitutionnel", s’est défendu le président béninois accusé par ses détracteurs de mettre à mal la démocratie.

Au sujet des deux partis en lice pour l’élection, composés, essentiellement, de ses partisans, il a "remarqué que chacun de ces nouveaux partis regroupe plus de 70 à 80 partis politiques avec des dizaines de mouvements politiques, leaders politiques".

"J’ai remarqué également que ces deux formations regroupent plus des 2/3 des partis politiques actuellement présents au parlement", a ajouté le président béninois.

Peu avant cet entretien, la commission électorale a procédé au lancement officiel de la campagne électorale, permettant, ainsi, aux deux listes proches de la présidence, de battre campagne, depuis ce vendredi, 12 avril, en vue d’élire les 83 prochains députés du parlement.

La gouvernance Talon suscite, tout de même, des interrogations. Son prédécesseur, Yayi Boni et son parti, les Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE) sont voués aux gémonies. Yayi Boni fait, désormais, profil bas pour ne pas s'attirer des problèmes. Son beau-fils, Komi Koutché, fait l'objet d'une demande d'extradition de la justice béninoise auprès de la justice espagnole où il a été jugé cette semaine : verdict de la justice espagnole, avant la fin de ce mois. Ce Koutché serait-il un risque pour Patrice Talon qui veut être candidat à sa succession dans deux ans ? A Cotonou, certains observateurs ne sont pas loin de le penser.

L'exil de l'homme d'affaires et politique Sébastien Ajavon intrigue aussi. La Cour de justice de la CEDEAO l'a blanchi des faits qui lui sont reprochés par le pouvoir, mais, il reste, toujours, sous la menace d'une arrestation s'il foulait le sol béninois. Ajavon n'est pas n'importe qui. Il est ce candidat arrivé en troisième position et qui avait permis à Talon de gagner le deuxième tour de la présidentielle du Bénin en 2016. Sans lui, Talon ne serait pas à La Marina (sur notre photo, les couples Talon et Ajavon s'affichant en partenaires et amis avant le deuxième tour de la présidentielle de 2016).

Mais, comme on dit qu'il n'y a, jamais, de fumée sans feu, certains n'hésitent pas à trouver des circonstances atténuantes à l'actuel chef de l'Etat. En effet, sous la gouvernance de Yayi Boni dont il avait financé des campagnes politiques, Patrice Talon avait été accusé d'avoir voulu empoisonner Yayi Boni pour une histoire de troisième mandat que voulait Yayi Boni et que refusait Patrice Talon. Ce dernier fut condamné par les tribunaux béninois, ce qui l'éloigna du Bénin pendant trois ans. La justice française refusa de répondre aux demandes d'extradition de Talon de la justice béninoise. L'histoire se répète aujourd'hui avec cette fois, Patrice Talon au pouvoir, qui joue le mauvais rôle de Yayi Boni hier. C'est comme si les enseignements de cette ténébreuse affaire n'avaient pas été, suffisamment, tirés d'un côté comme de l'autre.

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