MALI : Le Sommet (de la CEDEAO) de la dernière chance pour IBK

Un sommet extraordinaire entre dirigeants de pays ouest-africains se tiendra par visioconférence, lundi, 27 juillet, pour proposer des mesures pour mettre fin à la crise politique qui ébranle le Mali, a affirmé le président du Niger, Mahamadou Issoufou, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce que les présidents des pays de la CEDEAO ne veulent pas, publiquement, admettre, c'est la perte du pouvoir par leur homologue malien au profit des djihadistes au travers de l'imam, Mahmoud Dicko, qui est proche de leurs idées.

Cette annonce du Sommet est intervenue après l’arrivée, jeudi, 23 juillet, au Mali, de cinq chefs d’Etat de la région pour négocier une issue à la crise politique qui menace d’affaiblir le combat contre les djihadistes dans le Sahel.

Révoltés par la corruption, les attaques sanglantes des groupes armés et le résultat controversé des élections législatives du printemps dernier, des dizaines de milliers de Maliens sont descendus, ces dernières semaines, dans les rues de Bamako. En juillet, des affrontements avec la police ont coûté la vie à 14 manifestants selon les calculs des Nations-Unies.

L’opposition, regroupée au sein de la Coalition M5-RFP (Mouvement du 5-Juin-Rassemblement des forces patriotiques), et dont la figure de proue est l’imam, Mahmoud Dicko, réclame le départ du président, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), élu en 2013 et réélu en 2018. Dicko l'avait soutenu en 2013 et pas en 2018.

“Le M5-RFP demande la démission de Keïta ou la satisfaction de nos revendications”, notamment, la création d’une commission d’enquête sur les civils tués lors des manifestations et la constitution d’un gouvernement transitoire, a déclaré son porte-parole Nouhoum Toto.

La délégation des présidents de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Niger, du Nigeria et du Sénégal, a rencontré IBK, puis, Mahmoud Dicko et d’autres dirigeants de l’opposition dans la journée. Sans obtenir des concessions de la part de ce dernier (sur notre photo le salut anti-Covid 19 entre IBK et le président en exercice de la CEDEAO, Mahamadou Issoufou, venu participer au Sommet des Cinq à Bamako).

La fin du deuxième mandat d'IBK est d'ores et déjà tumultueuse comme celle de son prédécesseur, Amadou Toumani Touré (ATT). Il fut chassé du pouvoir par le jeune capitaine Sanogo. La vieille garde des généraux et autres colonels n'avait pu rien faire pour le protéger. Il dut son salut en se réfugiant au Sénégal.

Les chefs d'Etat, réunis en viséoconférence, lundi, 27 juillet, n'accéderont pas à l'exigence du M5-RFP de faire partir du pouvoir IBK. Leur refus ainsi que les décisions et autres recommandations qu'ils prendront, à cette occasion, permettront (juste) à leur homologue de sauver son fauteuil pendant quelque temps, mais, certainement, pas jusqu'à la fin de son deuxième et dernier mandat, qui court jusqu'en 2023.

L'échec de la mise en œuvre de l'accord signé avec les djihadistes et la non-entente cordiale avec le pays qui les abrite (parfois) et sur qui la France (marraine de ces accords) n'a aucune influence, est le nœud du problème. La politique extérieure algérienne est indépendante, autrement dit, l'Algérie fait ce qu'elle veut dans la sous-région où elle dénonce, régulièrement, l'action néocoloniale de Paris qui empêche les pays concernés à prendre leur destin en main. Le problème du Mali est celui-là : l'imam Dicko pense être le leader qui peut tenir un certain discours aux djihadistes et se faire entendre par eux parce qu'il est considéré comme un des leurs, culturellement et religieusement. IBK étant hors course (ce n'est qu'une question de temps), l'Etat du Mali va-t-il devenir un Etat théocratique, une question que le numéro 487-488 de juillet-août du magazine Afrique Education, actuellement, en vente chez les marchands de journaux, a posée de façon consciente bien qu'elle soit, actuellement, éludée et par le pouvoir malien actuel et par sa principale protectrice, la France.

Les pays de la CEDEAO sont grandement conscients des risques qu’une déstabilisation accrue du Mali ferait peser sur l’ensemble de la région, mais, la recherche d’une solution dans un délai aussi limité s’annonce compliquée.

Le M5-RFP a rejeté des mesures de médiation proposées la semaine dernière par une mission de la CEDEAO. Justement parce qu'elles ont été jugées trop proches de ce que souhaite IBK. Et pas l'imam Mahmoud Dicko.

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