PASSE COLONIAL : Les « regrets » du roi de Belgique en attendant ceux (hypothétiques) du président français

Dans une lettre adressée au président de la RDCongo, Félix Tshisekedi, à l’occasion des 60 ans de l’indépendance de ce pays, le roi Philippe a écrit : “Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés”.

« Des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale a causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd'hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés », signe Philippe de Belgique (notre photo) dans une correspondance qui ému en RDCongo.

L'émotion est d'autant plus grande que les crimes commis pendant la colonisation sont passibles de Cour pénale internationale car d'une cruauté inqualifiable. On note, par exemple, que le premier ministre, Patrice Lumumba, fut assassiné par les services secrets belges et plongés dans l'acide afin qu'il n'y ait plus aucune trace de son existence sur terre. Aujourd'hui, c'est de façon virtuelle que sa famille biologique et les RDCongolais se rappellent à son bon souvenir.

Le message du roi des Belges n'est pas tombé dans les oreilles des sourds à Kinshasa. En réponse à ses vœux, la ministre rdcongolaise des Affaires étrangères, Marie-Ntumba Nzeza, a salué la reconnaissance du fait que « le Congolais n'a pas été traité dans le respect de la dignité humaine », avant de poursuivre : « C'est du baume sur le cœur du peuple congolais. C'est une avancée qui va booster les relations amicales entre nos deux nations. C'est aussi un puissant soubassement socio-psychologique qui va, petit à petit, modifier notre regard sur nous-mêmes. La Belgique, par le roi Philippe, a posé les bases d'un changement profond ».

Ce méa culpa (tardif) survient à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance de la RDC et à la suite de la vague d'émotion planétaire survenue après la mort par étranglement de George Floyd, cet Africain-Américain tué par un policier blanc, à Minneapolis, aux Etats-Unis. En Belgique, de nombreuses statues incarnant les Belges portant un passé colonial lourd, ont été vandalisées, aspergées de peinture rouge pour rappeler le passé colonial tragique du pays. Entre 1908 et 1960, plus de 10 millions de RDCongolais sont morts des exactions commises, notamment, au nom du roi Léopold II. La RDC qui était sa propriété personnelle, a permis l'extraction des mines et d'autres minerais pour le compte du roi, dans des conditions inhumaines affreuses.

La France a laissé beaucoup plus de plaies en Afrique que la Belgique qui n'a colonisé que trois pays : la RDCongo, le Burundi et le Rwanda. Le passé colonial français, lui, continue de se perpétuer avec la persistance du F CFA, qui est une sous-monnaie française gérée, directement, par la direction générale du Trésor du ministère français de l'Economie. Ce passé colonial continue, aussi, avec le maintien de plusieurs bases militaires françaises pour surveiller les intérêts de la France en Afrique, sans oublier l'implication directe de ce pays dans la gestion étatique des anciennes colonies à travers une politique qu'on appelle « Françafrique ». Rien de semblable entre la Belgique et ses anciennes colonies.

Autant dire que le passé colonial français est très lourd avec des plaies qui sont encore bien loin de commencer à cicatriser. Pendant la campagne présidentielle de 2017, le candidat, Emmanuel Macron, à Alger, avait initié un processus dans ce sens, qui aurait pu conduire à des actes de repentances. Mais, très vite effrayé par des coloniaux primaires qui tapissent, encore, dans l'ombre de la République, il a très vite battu en retraite au point qu'il venait de condamner la débaptisation et le déboulonnement en France des statues de personnages controversés. Un acte que ne condamnent le Britannique, Boris Johnson, et le roi de Belgique. Mais, un recul net par rapport aux engagements de campagne du jeune président.

Commentaires

Jo (non vérifié)
Pourquoi présenter des excuses à un peuple qui a une statue de son oppresseur sur les hauteurs de sa ville capitale?

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