PRESIDENTIELLE EN COTE D'IVOIRE : Pour la France, le candidat RHDP ne doit pas être Alassane Ouattara

Le choix d'Alassane Ouattara, président de Côte d'Ivoire et « chef de la famille Gon Coulibaly », porté sur son « fils », Amadou Gon Coulibaly, comme candidat RHDP lors de l'élection présidentielle d'octobre prochain, avait été vivement contesté. C'est le moins qu'on puisse dire. Ce choix n'était pas seulement contesté dans le pays tout entier où les Ivoiriens affirmaient que Ouattara n'est pas un gentleman en voulant remplacer un musulman (lui-même) par un autre musulman (son « fils » Gon Coulibaly) à la tête du pays. Ce choix de Ouattara était, surtout, contesté parce qu'il entraîna, aussi, le départ de plusieurs ténors du RHDP dont le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, et le vice-président de la République, fidèle parmi les fidèles du président de la République, Daniel Kablan Duncan. Auparavant, le plus célèbre de tous les RHDP, Henri Konan Bédié, quittait aussi le navire. Bédié n'est pas n'importe qui. Ancien président de la République et faiseur de roi à deux reprises avec l'élection de Ouattara en 2010 et 2015, il est l'inspirateur et le premier président de cette organisation politique, qu'il fut contraint de quitter parce que le président Ouattara refusait de respecter les accords qu'il avait signés avec le PDCI-RDA au nom de l'alternance à la tête de l'Etat.
Après la mort (pour le moment inexpliquée) d'Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara a cherché à le remplacer en devenant, lui-même, le candidat du RHDP. Mais, cette fois, c'est la France qui s'oppose, ouvertement, à sa candidature.

Les Français ont cherché du regard leur chef de la diplomatie, lors du défilé du 14 juillet dernier. En effet, Jean-Yves Le Drian n'y était pas. Et pour cause ! Le président, Emmanuel Macron, l'avait envoyé à une mission assez périlleuse à Abidjan (notre photo) : faire part des condoléances de la France et de son président à l'occasion de la mort du premier ministre de Côte d'Ivoire et candidat à l'élection présidentielle du 30 octobre prochain, mais surtout, dire clairement à Alassane Ouattara qu'il ne doit pas se substituer au défunt en se portant, lui-même, candidat à sa place. Autrement dit, de trouver quelqu'un d'autre. Très bon élève du macronisme et homme de la France dans tous les sens du terme, Alassane Ouattara se trouve donc coincé. Va-t-il désobéir à son maître ?

L'argumentation de la France est somme toute simple : la paix à préserver après la présidentielle qui n'est pas certaine si Ouattara y allait lui-même et la nécessité de ne pas encourager ce qui est en train de se passer en Guinée-Conakry où Alpha Condé s'emploie à se présenter à un troisième mandat que lui conteste, vivement, la classe politique, y compris certains dans son propre camp.

Voir ces deux pays (Côte d'Ivoire et Guinée) plongés dans des tensions sociopolitiques dans un contexte d'expansion de la menace djihadiste, est un scénario chaotique que la France veut absolument éviter. Ainsi, Emmanuel Macron recommande sérieusement à Ouattara d'y renoncer. L'autre motivation de ce refus est d'abord éthique. Il ne voudrait pas être humilié après avoir félicité Alassane Ouattara, le 5 mars, quand ce dernier affirma, solennellement, qu'il ne briguera pas un troisième mandat.

Dès lors, qui pour succéder à Amadou Gon Coulibaly ? Hambak (Hamed Bakayoko), le chouchou de la première dame est candidat après avoir été écarté au profit de Gon Coulibaly. Malheureusement pour lui, pas question, répondent les Adama Bictogo, directeur exécutif du RHDP, Kandia Kamara, secrétaire générale du RDR, Tené Ouattara (le petit-fère d'Alassane Ouattara dit photocopie), et beaucoup d'autres. Le mur qui se dresse contre lui est très haut.

La mort ayant pris le camp présidentiel de court, Jean-Yves Le Drian proposerait un report de la présidentielle afin de laisser du temps au temps à Alassane Ouattara. Mieux vaut reculer la présidentielle que de se retrouver dans une situation de conflit où les intérêts français pourraient être malmenées, ce qui n'est pas souhaitable par les temps qui courent.

Reste maintenant à Ouattara de communiquer dans son organe de presse habituel (panafricain) qu'il finance lourdement afin d'expliquer le pourquoi du comment des choses. Dans ce registre, il a carte blanche : la France a pleinement confiance en lui pour faire les choses en grand comme d'habitude : la manipulation, la désinformation et le mensonge, qui sont ses principales qualités.

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