REFORMES EN FRANCE : Emmanuel Macron va-t-il reculer comme François Hollande ?

En reculant à propos de la hausse de la taxe sur les carburants, Emmanuel Macron s'est fragilisé, lui-même, mais pas seulement. Il a, également, déstabilisé son premier ministre, Edouard Philippe, qui ne sait plus exactement sur quel pied danser, l'assurance qu'il affichait, jusque-là, ayant été ébranlée. Le chef de l'Etat reste, cependant, très silencieux. Et pour cause ! Va-t-il reculer comme François Hollande hier ? Il avait beaucoup critiqué l'absence de courage de l'ancien chef de l'Etat. Ses anciens collègues du gouvernement de Manuel Valls suivent, avec très (très) grand intérêt, le déroulement des événements qui surviennent, actuellement, suite à son entêtement de vouloir résoudre l'ensemble des problèmes de la France, parfois, sans l'adhésion des Français.

Emmanuel Macron, on s'en souvient, n'était pas content des hésitations de Manuel Valls et de François Hollande à procéder aux réformes que nécessite l'économie française. A force de prêcher dans le désert, il avait fini par tirer les conséquences en démissionnant avec fracas de son poste de ministre de l'Economie (chargé de mener les réformes du quinquennat). Il ne s'est pas, seulement, contenté de partir. Mais, il est parti pour mieux revenir, et de quelle manière ! En prenant, carrément, l'espace politique de François Hollande, l'empêchant de se présenter à l'élection présidentielle de mai 2017 où il aurait dû, au moins, défendre son bilan.

Après avoir démarré en fanfares avec des mesures plus controversées les unes que les autres (que François Hollande, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls n'auraient jamais mises en œuvre comme la suppression de l'impôt sur les grandes fortunes qui donnaient 4 à 5 milliards d'euros, chaque année, au trésor public), Emmanuel Macron est au bord de la rupture : dix-sept mois après son arrivée à l'Elysée, la France profonde (plus de 75% des Français soutiennent les Gilets Jaunes) désavoue sa politique économique (que refusaient de mettre en oeuvre de cette façon aussi brutale François Hollande et ses deux premiers ministres). Pire, de plus en plus de Français demandent, ni plus ni moins, la démission pure et simple d'Emmanuel Macron. Les manifestations et blocages dans toute la France montrent que l'exécutif est dans l'impasse. Si la France était un pays africain, on craindrait, sérieusement, la survenue d'un coup d'état militaire. Encore que le nom de l'ancien chef d'état major général des armées, Pierre de Villiers, démissionnaire, en 2017, est parfois cité pour remplacer le jeune président français.

En décidant de supprimer la hausse de la taxe sur les carburants mercredi, 5 décembre, Emmanuel Macron a reculé, reviré de bord même. Jupiter n'est plus Jupiter. Il subit, désormais, les événements.

Le parti socialiste (du moins ce qu'il en reste après le tsunami provoqué par Macron) va déposer une motion de censure lundi, 10 décembre, avec la France Insoumise et le parti communiste. Le jeune président réussit, ainsi, à récréer « l'union de la gauche » enterrée depuis des lustres.

De reniements en reniements, il ne va plus rester grand-chose à la volonté (réformatrice) du jeune président d'autant plus que les élèves, les étudiants, les agriculteurs, etc. s'en mêlent aussi.

Cela dit, Emmannuel Macron doit bénéficier de circonstances atténuantes : car contrairement à François Hollande (qui doit se délecter de ses difficultés), il n'est pas un professionnel de la politique (notre photo montrant la passation du pouvoir entre les deux hommes à l'Elysée). Il n'a jamais été ni conseiller municipal, ni maire, ni député, ni sénateur, ni rien. Après un court séjour au ministère de l'Economie où il a démissionné avec fracas après quelque temps, il s'est retrouvé président de la République. Il ne sait, donc, pas sentir la France profonde (comme Hollande). Voilà pourquoi il faut lui pardonner.

Reste, cependant, à résoudre un problème personnel : va-t-il reculer (à son tour) devant ces problématiques majeurs qui l'avaient fait partir de l'équipe gouvernementale de François Hollande ? Non seulement, ce serait une revanche (tardive) de l'ancien président, mais, ce serait très humiliant et très (très) fâcheux pour celui que tout réussissait sans grand effort et qui va, désormais, être surveillé comme du lait au feu.

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