TCHAD : Deuxième incident en un mois entre les soldats français et la garde présidentielle de Déby devant sa résidence

Un véhicule banalisé avec des militaires français à l'intérieur, a essuyé des tirs, lundi, 13 juillet, près de la résidence privée du chef de l'Etat, à N'Djamena. Le véhicule est suspecté d'avoir pris des photos. Pourquoi faire ? Presque la même scène s'était produite, le 9 juin dernier, devant la présidence, entre la garde de Déby et les soldats de Barkhane. La garde présidentielle avait ouvert le feu contre les soldats de Barkhane créant une peur panique dans la capitale où la nouvelle s'était répandue comme une trainée de poudre.

Ce 13 juillet, également, des militaires tchadiens ont, une fois de plus, ouvert le feu sur les soldats de Barkhane qui prenaient, une fois de plus, des photos d'un bâtiment présidentiel en face d'une mosquée, sur le site présidentiel hautement sensible. La garde présidentielle est parvenue à neutraliser deux pneus du véhicule français, mais ses occupants ont réussi à prendre la fuite, avant d'être neutralisés au niveau du rond-point des "grands travaux".

Très vite, des blindés de l'Opération Barkhane sont intervenus pour secourir leurs camarades en se déployant tout autour du véhicule. Pendant ce temps, des gradés tchadiens arrivés en renfort se sont, également, portés sur les lieux, ce qui a provoqué un gros embouteillage. Au final, les militaires tchadiens n'ont pas pu fouiller le véhicule comme ils le souhaitaient. Celui-ci a été restitué, en l'état, à ses occupants qui sont partis gardant tout leur mystère. Inutile de mettre l'accent sur la tension qui prévaut à N'Djamena depuis la survenue de ce deuxième incident avec l'armée française, aux abords du palais présidentiel, après celui du 9 juin dernier.

Cette fois, le Tchad et la France ont publié un communiqué commun, ce mardi, 14 juillet, après une nuit de conciliabules dont voici la teneur :

« Le Ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine, de la Coopération internationale et de la Diaspora (du Tchad), et l’Ambassade de France au Tchad, informent le public que ce lundi, 13 juillet, après-midi, un véhicule de la Force Barkhane, ayant à son bord des gendarmes français, s’est arrêté devant un site sensible, situé non loin de l’aéroport, pour photographier une mosquée en face de ce site sans qu’ils n’aient conscience de la sensibilité de l’endroit. Les militaires tchadiens chargés de la sécurité du site en question ont ouvert le feu contre le véhicule de la force Barkhane.

Les tirs d’intimidation n’ont heureusement occasionné que des dégâts sur les pneus du véhicule. Le Procureur de la République du Tribunal de Première instance de N’Djamena, en lien avec les autorités militaires tchadiennes compétentes et l’attaché de Défense près l’ambassade de France ont immédiatement instruit l’incident pour établir les faits et situer les responsabilités » (fin du communiqué).

Sans lier les faits, on sait que le titre de « maréchal » que vient de s'octroyer Idriss Déby Itno passe mal auprès des Tchadiens, mais aussi, du protecteur de tous les temps (la France et son armée) sans qui Déby ferait, déjà, partie d'une histoire oubliée. Un « maréchal » qui n'a jamais gagné une guerre ! A chaque vraie attaque des rebelles, c'est l'armée française qui le sauve de la mort assurée. Mais, il y a aussi que le « maréchal » de pacotille du Tchad n'a pas (plus) envoyé les militaires promis au président français, pour sécuriser la zone des trois frontières (Mali, Niger et Burkina Faso) où la situation est loin de revenir sous contrôle face à des djihadistes, motivés, gonflés à bloc, et équipés du matériel de guerre, parfois, dernier cri.

Bref, le « maréchal » d'opérette a fait faux bond. Mais, charité bien ordonnée ne commence-t-elle pas par soi-même ? L'armée de Déby venait de subir une cuisante défaite en perdant lors d'une bataille de quelques heures, à Boma, en mars 2020, aux abords du lac Tchad, jusqu'à ...567 soldats. Du jamais vu dans sa jeune histoire (lire le numéro 487-488 d'Afrique Education actuellement chez les marchands de journaux mais interdit de vente au Tchad par le dictateur, une interdiction qui court depuis 2008). Déby, pour expliquer cette déconfiture militaire, avait beau crier qu'il s'agissait de Boko Haram qu'il aurait d'ailleurs fini par éradiquer de ce secteur, selon ses affirmations (sur notre photo Déby à Boma, pour constater la défaite infligée à ses soldats). Mais, personne ne croit à sa version. Le « maréchal » ment, entend-on à N'Djamena. Déby, en effet, récolte les fruits de la catastrophique gestion de son armée. Il a tellement monnayé l'expertise de ses militaires à l'international à des fins strictement personnelles qu'il a, totalement, dégarni son propre dispositif de sécurité, ce qui le laisse à la merci d'une offensive rapide et bien organisée venant du Lac Tchad. A cet égard, la mort de ses 567 militaires ne constitueraient qu'un galop d'essai pour tous les rebelles tchadiens, qui ne veulent plus entendre parler de lui comme président du Tchad et, surtout, candidat à sa propre succession pendant la présidentielle de 2021.

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