TURQUIE : Début d'un nouveau mandat pour le « dictateur » ou le « timonier » Recep Tayyip Erdogan ?

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est considéré comme une véritable « horreur » au sein de l'Union européenne (UE). Mais, contrairement, à ce qu'une telle appréciation négative peut transparaître dans la réalité, c'est plutôt un bon point pour lui car les dirigeants européens qualifient de bons les seuls dirigeants qui jouent leur jeu, qui sont leur pion. En effet, ne sont bien vus dans les capitales européennes que les dirigeants du tiers-monde qui ne leur disent pas Non. Ce qui n'est en rien le cas du président turc qui sait, exactement, où sont ses intérêts et ceux de la Turquie. Le président, Recep Tayyip Erdogan, qui prête serment ce lundi, 9 juillet, pour un nouveau mandat de cinq ans, sera doté de pouvoirs, considérablement, renforcés aux termes d'une réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017.

Que ça plaise ou non aux ennemis de celui qu'on appelle, couramment, « dictateur », une appellation très mal perçue sur l'ensemble du territoire européen où l'UE se considère comme un laboratoire pour la démocratie et la pratique des droits de l'homme, Recep Tayyip Erdogan est à la tête de l'Etat pour répondre aux (seuls) besoins de son peuple. En quinze ans de pouvoir, il a, profondément, transformé la Turquie. En entamant ce lundi, 9 juillet, un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés, il pourra s'imposer dans l'histoire comme l'égal du fondateur de la République, un certain Mustafa Kemal.

Ni un séjour en prison, ni des manifestations monstres, ni même une sanglante tentative de putsch (savamment orchestrée par les Américains et couverte par les Européens alors qu'ils appartiennent tous à l'OTAN), n'ont stoppé l'irrésistible ascension du "Reïs" ("Timonier"), comme le surnomment ses plus fervents partisans, qui dirige le pays d'une poigne de plus en plus ferme depuis 2003. Et c'est bien ainsi, sinon, on parlerait de lui au passé composé.

Erdogan sait à quoi s'en tenir avec les Européens. Alors que dès le départ, ils n'ont jamais voulu de lui et de sa Turquie comme membre à part entière de l'UE, ils ne le lui ont jamais fait comprendre clairement : l'UE étant d'essence judéo-chrétienne au niveau de la composition de ses Etats, l'arrivée de la Turquie avec ses 80 à 90 millions de musulmans, effrayait plus d'un. Résultat, on a tourné la Turquie en rond en utilisant, parfois, des expressions pas très dignes pour qualifier son dirigeant, avant de clôturer le tout par un coup d'état qui, heureusement, n'a pas abouti, ce qui n'a pas permis d'installer à la tête du pays, un dirigeant, actuellement, materné par les Occidentaux.

Pour son investiture, ce 9 juillet, 22 chefs d'Etat étrangers dont plusieurs dirigeants africains sont présents à Ankara : le Soudanais Omar el-Bachir, le Guinéen Alpha Condé, le Zambien Edgar Lungu, le Bissau-Guinéen José Mario Vaz, l'Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguéma Mbasogo, le Somalien Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo, le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, le Gabonais Ali Bongo Ondimba, le Tchadien Idriss Deby Itno et le Djibouti Ismail Omar Guelleh. Aucun chef d'Etat ou de gouvernement de pays membres de l'OTAN, organisation à laquelle appartient, pourtant, la Turquie.

En 2017, la Turquie était la première puissance économique du Moyen-Orient devant l'Iran et l'Arabie saoudite, la 7e puissance économique d'Europe et la 13e puissance économique mondiale, ce qui fait d'elle, d'office, un Membre du G20. Forte de ces atouts, elle a lancé une offensive en Afrique, dans tous les domaines, pour y consolider ses positions. Les ambassadeurs turcs en Afrique sont réputés courtois, simples d'abord et jugés très proches des dirigeants politiques locaux. On sent qu'ils sont là pour sauter sur des opportunités. C'est ainsi qu'ils sont capables de répondre à toutes sortes d'appels d'offre, concurrençant même les Chinois dans leur suprématie. Ils aident les pays dans des secteurs les plus divers où les besoins se font sentir : en Somalie où les Américains ont échoué et où l'Union africaine a toutes les peines du monde à préserver la stabilité et l'unité du pays, la Turquie (au nom du savoir-faire puisé dans son histoire) y a implanté une base militaire, ce qui permet de renforcer la sécurité de la zone et d'aider à la formation d'une armée nationale digne de ce nom. Au Cameroun, la Turquie a, déjà, convoyé, directement, à l'Extrême-Nord où le pays combat la secte Boko Haram, des avions remplis d'armes, de munitions et des denrées alimentaires et produits de première nécessité, pour ravitailler, non seulement, l'armée au front, mais aussi, les populations civiles affectées par le désordre causé par Boko Haram.

Le troisième Sommet Turquie-Afrique aura lieu, en 2019, à Ankara, après ceux de 2008 et 2014. Les échanges s'accélèrent entre les deux parties, ainsi que, la coopération dans un esprit gagnant-gagnant se développe, aidée en cela par l'extension du réseau aérien de la Turkish Airlines en Afrique. L'ambition de cette troisième compagnie aérienne mondiale (la meilleure compagnie européenne depuis 2013) est de desservir les 54 pays africains. Actuellement, elle dessert 53 destinations en Afrique dont la dernière en date, depuis juin dernier, est Moroni, la capitale des Comores. Turkish Airlines est élue meilleure compagnie aérienne européenne depuis 2011, meilleure compagnie mondiale pour la restauration à bord en 2013 (par le site Foodbeast) et possède l'une des plus récentes flottes du monde avec un âge moyen des appareils de 6 ans. C'est également la compagnie aérienne qui dessert le plus grand nombre de pays au monde (plus de 300 destinations en dehors de celles de la Turquie).

Agé 64 ans, Recep Tayyip Erdogan a, déjà, profondément, transformé la Turquie à travers des méga-projets d'infrastructures et en menant une politique étrangère plus affirmée, quitte à fâcher les traditionnels alliés occidentaux. Ce sera de plus en plus le cas en Afrique où les Africains sont loin de se plaindre. Le continent noir est ouvert à tous, y compris, aux Turcs, surtout, aux Turcs qui entendent, comme des Chinois, faire du gagnant-gagnant dans leur partenariat. Pourvu que Recep ne soit pas victime d'une autre tentative de coup d'état car jamais un sans deux et jamais deux sans trois. Qu'il ait un mandat actif et positif pour le bien-être de la Turquie et des Turcs et pour celui aussi des Africains dont la coopération est la bienvenue au regard de l'étendue des besoins Inch'Allah ! (notre photo d'Emine et Recep Tayyip Erdogan reçus les 28 et 29 février 2016 par Dominique et Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire, première étape de sa tournée africaine).

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