Claudine Munari

L'opposition congolaise se plaint, depuis plusieurs années, que les Nations-Unies préfèrent envoyer, comme leur représentant en Afrique centrale, des anciens ministres (au chômage) originaires de l'Afrique de l'Ouest assez perméables à la corruption. Des exemples ne manquent pas : l'ancien ministre sénégalais, Abdoulaye Bathily, était à l'oeuvre en Afrique centrale quand le président du Congo, Denis Sassou-Nguesso, a modifié sa constitution, en octobre 2015, pour s'octroyer une présidence à vie, au lieu de prendre sa retraite politique. Sans qu'il ne tire la sonnette d'alarme, Abdoulaye Bathily est, fortement, accusé par l'opposition d'avoir facilité la démarche de Sassou et ignoré sa désapprobation. L'opposition congolaise avait, fortement, dénoncé cette attitude, ce qui a d'ailleurs fait monter la suspicion quand son mandat terminé, Abdoulaye Bathily a été remplacé par un autre ressortissant de l'Afrique de l'Ouest, à savoir, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Guinée, François Lonsény Fall. Inutile de dire que l'opposition congolaise qu'il rencontre dans le cadre du futur dialogue politique que compte organiser Denis Sassou-Nguesso, ne lui fait absolument pas confiance. Mais, comme s'il suivait un agenda caché, le représentant des Nations-Unies n'en a cure. A le voir fonctionner, c'est comme si l'opposition n'existait pas.

Le dictateur a horreur d'être contrarié. Il n'aime pas non plus la contradiction. Se sachant très impopulaire, il se maintient, au pouvoir, par la (seule) force des armes. Parce qu'il redoute, fortement, l'avenir qui ne lui sourit plus, il s'est mis à mettre, un par un, en prison, tous ses grands opposants qu'il redoute. C'est le cas de Paulin Makaya, de Jean Marie Michel Mokoko et depuis quelques jours, d'André Okombi Salissa. Ces deux derniers opposants l'ont battu à la présidentielle de mars 2016 avant qu'il n'inverse les résultats en sa faveur. Mais, même s'il a transformé Brazzaville en une prison à ciel ouvert, Sassou-Nguesso ne fait plus peur à personne. C'est, au contraire, lui qui a, désormais, peur des Congolais qui entendent prendre leurs responsabilités, à l'instar de Claudine Munari, qui agit à la tête de l'opposition unie.

Le dictateur ne tient plus debout. Il a de plus en plus peur de tomber à tout moment. Pour sauver son siège, désormais, éjectable, il utilise des méthodes d'un autre temps. Après le bombardement par son armée des localités du Pool, il s'est mis à mettre ses opposants en prison à tour de rôle. Après Okombi Salissa et Mokoko, c'est le tour de Claudine Munari d'être privée de ses mouvements. La ville de Brazzaville est devenue une prison à ciel ouvert.

Les enjeux ne sont, certes, par les mêmes : au Sénégal, le président, Macky Sall, propose une réforme constitutionnelle afin de moderniser la vie politique. Au Congo-Brazzaville, c'est le destin du pays qui se joue : les troubles avec des lendemains incertains si Sassou passe en force alors qu'il est (très) minoritaire dans le pays. Aux Congolais de sauver leur pays.

La campagne présidentielle bat son plein au Congo. Bien que Sassou Nguesso ait confisqué les médias d'Etat à son seul et unique profit, il y a des signes qui montrent que sa dictature touche à sa fin.

Congo présidentielle : Claudine Munari dit : « Je veux être la mère de la nation ». Une déclaration d'amour pleine de chaleur dans un Congo qui en a bien besoin. Voilà ce qu'elle dit dans le numéro 435 d'Afrique Education du 16 au 31 mars 2016. Des propos à lire absolument.

Claudine Munari est candidate à l'élection présidentielle du 20 mars prochain. Dans cette interview, publiée dans le numéro 433 du 15 au 29 février d'Afrique Education, actuellement, chez les vendeurs de journaux, elle donne quelques grandes lignes de son programme de manière concise, en disant ce qu'elle compte faire et comment, si elle accédait à la magistrature suprême.

Candidat à sa mort à la tête du Congo, Denis Sassou Nguesso est en train de voir, à contre-coeur, cette hypothèse, inexorablement, s'éloigner. Il conjugue, pourtant, les efforts pour la rendre possible. Mais on y croit de moins en moins dans son clan.