Laurent Gbagbo

Alassane Ouattara aime-t-il la Côte d'Ivoire comme il aurait aimé le Burkina Faso s'il avait été président là bas ? Les actes qu'il pose tous les jours contre la grande majorité des Ivoiriens sont loin de le montrer. Après avoir annoncé urbi et orbi, en mars dernier, que jamais, au grand jamais, il ne se présenterait plus à une élection présidentielle, et surtout, pas à celle d’octobre 2020, une décision saluée en guise de leçon à l'endroit d'autres présidents africains, par son ami, le président français, Emmanuel Macron, le voilà qui, comme à son habitude, revient sur sa décision et annonce briguer un troisième mandat auquel il n'a pas droit. La constitution le lui interdit formellement. La thèse du « sacrifice » de son fils, Amadou Gon Coulibaly, mort sur l'autel des ambitions de Ouattara (son père) doit interroger de plus en plus. Car tout laisse penser que c'est lui qui l'a tué en maquillant sa disparition de cette manière. Ne voulant pas quitter le pouvoir, Ouattara aurait monté un scenario qui a laissé penser à la mort naturelle du candidat du RHDP alors qu'il était suivi, à Paris, par les meilleurs cardiologues du monde, ceux-là mêmes qui maintiennent Ouattara en vie, avec un cœur très affaibli, grâce à leur savoir-faire depuis son premier mandat où il venait toutes les trois semaines les rencontrer à l'hôpital parisien du Val de Grâce. Car il faut le répéter : le cœur de Ouattara est bien moins solide que celui de son ancien premier ministre. Mais, le voilà, qui s'organise pour un 3e mandat, puis, un 4e en 2025. Aurait-il trompé les Burkinabé de cette manière ? Que non !

Quand sortit la chanson “Président, on dit quoi ?” dans laquelle Yodé et Siro font le triste constat que, sur “plus de 60 ethnies que compte notre pays, “depuis le rez-de-chaussée jusqu’au dernier étage, du gardien au directeur, ce sont seulement les Bakayoko ou bien les Coulibaly qui mangent”, il se trouva des gens pour pousser des cris d’orfraie ou pour appeler le gouvernement à porter plainte pour diffamation. Qui sait si d’autres ne s’apprêtaient pas à lancer une fatwa contre les deux “impertinents” ? Une chose est sûre : les plus hargneux étaient ceux qui se sont récemment ralliés à Monsieur Ouattara après l’avoir traité de tous les noms d’oiseaux et sans avoir jamais démontré que les choses qu’ils critiquaient n’existent plus.

Pour avoir géré le pouvoir avec le RDR pendant 7 ans (2011-2018), le PDCI est comptable des crimes économiques et crimes contre l’humanité perpétrés par Alassane Ouattara. Jamais, il ne remit en cause le F CFA qui profite plus à la France qu’aux 14 pays africains qui l’utilisent, ni la présence du 43e BIMA à Port-Bouët. Il jubila quand la France bombarda et détruisit la résidence présidentielle construite par Félix Houphouët dont il aime pourtant se réclamer. Son président affirme avoir “ressenti un profond sentiment de soulagement” quand Laurent Gbagbo fut capturé et avoir appelé Soro Kigbafori pour “le féliciter du travail bien fait”. Plus tard, il fera remarquer que l’ancien président “est bien là où il est “. Il faisait ainsi allusion à la Haye où Laurent Gbagbo avait été déporté illégalement et injustement. Après l’accession de la Côte d’Ivoire à cette pseudo-indépendance qui, en six décennies, n’enrichit que les esclaves de la France et leurs proches, le PDCI ne s’est plus battu, n’est plus allé au charbon, n’est plus descendu dans la rue pour défendre les intérêts des Ivoiriens. Accusé de mener une opposition de salon, c’est-à-dire, de se comporter comme des petits bourgeois critiquant un régime sanguinaire et autoritaire, un verre de whisky dans la main et un cigare cubain dans la bouche, il ne trouva aucun inconvénient à travailler avec tous les pouvoirs qui lui succédèrent. Enfin, il quitta le RHDP, non parce qu’il tolérait de moins en moins la martyrisation du peuple ivoirien par Ouattara mais parce que ce dernier refusa de le porter au pouvoir en 2020.

“L’opposition fait toujours la gloire d’un pays.” La citation d’Ernest Renan, qui se trouve dans  ‘Discours et Conférences’ (Paris, Calmann-Lévy, 1887), peut-elle s’appliquer à la Côte d’Ivoire ? Avant de répondre à cette question, je voudrais montrer pourquoi l’opposition est importante dans un pays. Pour moi, la raison est la suivante : un pays qui n’a pas d’opposition est un pays qui manque d’un contre-pouvoir face au parti qui gouverne.

Si nous étions dans une Côte d’Ivoire normale, la candidature de Laurent Gbagbo et de Henri Konan Bédié serait une incongruité parce que l’un et l’autre ont atteint ou dépassé 75 ans qui est un âge “où on est fréquemment malade” (dixit Laurent Gbagbo sur RTI un jour), ont fait leur temps et ont eu l’occasion de montrer de quoi ils sont capables à la tête du pays. Dans un pays normal, tout le monde aurait voulu que les candidats à la présidentielle du 31 octobre 2020 soient de nouvelles personnes afin que le pays puisse bénéficier d’idées et de méthodes nouvelles mais nous ne sommes plus dans un pays normal depuis avril 2011.

Christophe Boisbouvier (RFI) et Marc Perelman (France 24) auraient contacté Laurent Gbagbo pour obtenir de lui une interview après l’assouplissement des restrictions, qui pesaient sur son acquittement du 15 janvier 2019 et l’ancien président ivoirien leur aurait répondu ceci : “Avant d’accorder une entrevue à un média français, vos rédactions doivent commencer par rétablir mon intégrité morale et ma réputation, qui ont été entachées pendant près de 20 ans de diabolisation contre les institutions ivoiriennes que j’ai gouvernées. Diffusez, pendant quelques jours, la décision de la justice française, qui a condamné le journal “Le Monde” [en 2006] pour avoir accusé mon épouse, Simone Gbagbo, d’avoir orchestré les escadrons de la mort pendant mon mandat. Rétablissez notre honneur que vous avez traîné dans la boue. Ensuite, je jugerai s’il est opportun de vous consacrer cette interview.”

« Insubmersible » est l’adjectif qui me vient spontanément à l’esprit quand je relis le parcours politique de Laurent Gbagbo, tant il est vrai que les épreuves auxquelles il fut confronté tous les dix ans, n’ont réussi ni à le faire plier ni à tuer en lui le rêve d’une Côte d’Ivoire maîtresse de son destin ni à lui enlever le désir de se battre pour la justice et la vérité.

Qu’il s’agisse d’Ivoiriens vivant et travaillant au pays ou bien de ceux qui ont passé des vacances dans la capitale économique, tous sont d’accord pour soutenir que notre peuple est suffisamment mobilisé pour en découdre avec les gens qui, depuis qu’ils ont été installés au pouvoir par la prétendue patrie de la liberté et des droits de l’homme, ne font que violer la Constitution et porter atteinte aux libertés fondamentales chèrement conquises par Laurent Gbagbo et d’autres démocrates ivoiriens en 1990. Ils ajoutent néanmoins que ce qui manque, pour stopper ce régime dictatorial et criminel, ce sont des leaders de la trempe de Laurent Gbagbo, c’est-à-dire, des hommes, femmes et jeunes capables de mouiller le maillot ou d’aller au charbon. C’est tout le débat sur les rapports entre peuple et leader qui est posé ici. Dans les lignes qui suivent, je voudrais apporter ma modeste contribution à ce débat qui est aussi vieux que le monde mais que notre pays ne peut se permettre d’éluder aujourd’hui.

La Cour pénale internationale (CPI) a condamné ce jeudi, 7 novembre, l'ex-chef de guerre congolais, Bosco Ntaganda, à une peine de 30 ans de prison pour des crimes de guerre et contre l'humanité. C'est la peine la plus lourde jamais prononcée par la juridiction basée à La Haye.

Pour commencer, je voudrais remercier les responsables et militants FPI de Boston de m’avoir invité à leur journée du militant. Mon propos s’articulera autour de deux mots : “espérance” et “lutte”. Lorsqu’on a connu des catastrophes comme celles du 19 septembre 2002 et le bombardement des symboles de notre souveraineté en 2010-2011, lorsqu’on a vu certains camarades mourir en prison ou en exil et qu’on constate que celui qui a provoqué toute cette tragédie continue d’avoir le soutien des pays se glorifiant d’être pour la démocratie et les droits de l’homme, la tentation est grande de céder au désespoir et de penser qu’il ne sert plus à rien de lutter. Le texte qui va suivre estime, au contraire, que nous devons, malgré tout, garder espoir et lutter pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique parce que “l’on peut toujours reconstruire, même sur des ruines” (Martin Gray). Autrement dit, ce texte est une invitation à l’espérance que René Descartes définit comme “une disposition de l’âme à se persuader que ce qu’elle désire adviendra” (“Les passions de l’âme”).

Quelques GORs (“Gbagbo ou rien”) se sont offusqués de la réplique apportée par certains Ivoiriens aux propos tenus par Soro Kigbafori à Valence (Espagne), il y a quelques jours. Ils pensent que rappeler les crimes économiques et crimes contre l’humanité de Soro risquerait de mettre à mal l’union dont les fils et filles d’Eburnie ont aujourd’hui besoin pour débarrasser leur pays du monstre que le même Soro a contribué à installer au sommet de l’Etat ivoirien. Bref, à les en croire, l’on devrait tirer, non pas sur Soro qui aurait rallié la plateforme de Konan Bédié, mais, sur Dramane Ouattara qui, en ce moment, fait tout pour confisquer le pouvoir.

Laurent Gbagbo vient de discuter à Bruxelles (Belgique) avec Konan Bédié qui, en plus de l’avoir combattu et renversé avec la complicité de Nicolas Sarkozy et de Dramane Ouattara, le traita de tyran, puis, se réjouit de sa déportation et de son incarcération à La Haye. Si l’on en croit les rumeurs, il n’est pas impossible que l’ancien président accueille, dans les jours ou semaines à venir, Soro Kigbafori qui ne se priva pas, en Côte d’Ivoire comme à l’étranger, de l’accuser d’être un mauvais perdant et d’avoir exterminé des nordistes, des musulmans et des ressortissants de la CEDEAO. 

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur de Sarkozy, était venu à Abidjan peu avant l’élection présidentielle d’octobre 2010. Après une rencontre avec le président Gbagbo, il déclara, un peu pince sans-rire, que son pays ne soutenait pas de candidat mais travaillerait avec celui qui serait élu par les Ivoiriens.

C’était en avril 2005. J’avais été invité, par une amie du Congo-Brazzaville, à la conférence mensuelle de “ Confrontations ”, un groupe d’intellectuels catholiques de Paris. Dans une salle de l’Institut catholique (21, rue d’Assas), pendant que nous prenions une collation, le comité d’organisation, probablement, informé de ma présence par Régine Oboa, vint me trouver là où j’étais assis. Le « chef » de ce comité me salua, puis, s’adressa à moi en ces termes : « Ma collègue Régine m’a dit que vous avez écrit un ouvrage sur ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis septembre 2002. On aimerait vous inviter, le mois prochain, si vous êtes disponible. Notre public aurait ainsi l’occasion d’écouter un témoignage de première main ». Il ajouta : « Comme notre groupe s’appelle “ Confrontations ”, on souhaiterait que vous et une autre personne puissiez confronter vos points de vue sur la situation dans votre pays. Cela signifie que le second conférencier pourrait ne pas voir les choses comme vous ». Sans hésiter, je donnai mon accord au projet et je proposai de débattre avec Jean-Pierre Dozon quand on me demanda si j’avais un nom en tête. 

Ces derniers jours, la meute a repris du service en répétant ad nauseam que Laurent Gbagbo allait en Belgique où vit sa « seconde épouse ». Espérait-elle « chauffer » le cœur de Simone Gbagbo et la braquer contre son mari ? Echec et mat puisque Simone s’est rendue, il y a trois jours, à Mama, à Gagnoa, dans sa belle-famille et chez elle, aussi, le village du mari devenant ipso facto celui de la femme dans plusieurs cultures africaines. Rêvaient-ils, ces aboyeurs et énergumènes de petite vertu, de salir, une fois de plus, Laurent Gbagbo ?

L'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l'humanité, est en liberté conditionnelle en Belgique, a annoncé la CPI, mardi, 5 février.

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ne sont plus en prison depuis vendredi, 1er février. La Cour pénale internationale (CPI) a libéré sous conditions, l'ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, suite à son retentissant acquittement, il y a deux semaines, de crimes contre l'humanité commis en 2010 et 2011 lors de violences post-électorales en Côte d'Ivoire. Il en est de même de son ancien ministre, Charles Blé Goudé. La CPI ayant refusé, pour le moment, leur retour en Côte d'Ivoire et ce, à la demande de la procureure, Fatou Bensouda, la Belgique a accepté d'accueillir Laurent Gbagbo. Pas de pays d'accueil pour le moment pour Charles Blé Goudé.

Je comprends parfaitement la déception et la colère des Ivoiriens face à une décision qui témoigne d’une certaine légèreté et d’un racisme certain tout en discréditant un peu plus la CPI (Cour pénale internationale) mais qu’est-ce que deux semaines supplémentaires pour un homme qui a déjà passé 7 ans en prison ? Contre mauvaise fortune, faisons donc bon cœur. Ne laissons pas les esclavagistes modernes gâcher notre joie de voir nos deux frères acquittés !

Premier ancien chef d'Etat traduit devant la Cour, Laurent Gbagbo était en détention depuis sept ans. Après avoir recouvré la liberté, il va regagner la Côte d'Ivoire, son pays, dans quelques jours. Il en est de même de Charles Blé Goudé. L'élargissement de l'ancien président ivoirien change les cartes de l'élection présidentielle de 2020 qui risque d'être plus ouverte que jamais.

Alors que chacun de nous espérait qu’il tiendrait le coup jusqu’à la libération de Laurent Gbagbo pour faire la passation de service avec lui, voici qu’Aboudrahamane Sangaré nous quitta, le 3 novembre 2018. Ce jour-là et les autres qui suivirent furent vécus ici et là comme une catastrophe, tant nous étions assommés, dévastés, anéantis. Nous pleurâmes et pleurâmes alors, versant quantité de larmes. Cette subite disparition nous apparaissait comme une injustice, nous mettait en colère, et nul ne savait où trouver la force de porter la croix de cette autre cruelle épreuve, après le départ inattendu de Raymond Abouo N’Dori et de Marcel Gossio. Nous en étions réduits à nous demander pourquoi le sort nous frappait et nous malmenait de cette façon, sept ans après le renversement et la déportation de Laurent Gbagbo par les forces impérialistes. Bref, sans crier gare et avant de remettre les clés du « Temple » à son alter ego, Sangaré s’en alla mais, il restera de lui ce qu’il a semé et ce qu’il a partagé aux mendiants de la liberté et de la justice. Ce qu’il a semé et partagé, en d’autres, en nous, germera. Mais qu’a-t-il semé et partagé ? Quel est le message essentiel qu’il nous laisse et que nous avons l’obligation de faire fructifier ?