TCHAD : Le cinéaste Mahamat Saleh Haroun sorti du gouvernement par le « sultan » Idriss Déby Itno

Franchement, on ne boudera pas son plaisir à l'idée que Mahamat Saleh Haroun, cet excellent cinéaste, retrouve de l'air pur hors du très puant gouvernement d'Idriss Déby Itno. On a même besoin de lui demander : « Quelle mouche l'avait piqué pour qu'il accepte une responsabilité de ministre de la Culture auprès du tyran » ? Avait-il faim ? En tout cas, il en aura eu pour son grade. A peine un an, et il est mis dehors. Ca apprendra aux autres comme lui qui tentent l'aventure auprès des dictateurs. La bonne nouvelle, cependant, c'est qu'il va s'adonner, à nouveau, à la culture à plein temps. En toute liberté cette fois.

Le cinéaste, Mahamat Saleh Haroun, primé au Festival de Cannes, en 2010, qui était ministre de la Culture et du Tourisme, depuis un an au Tchad, a été démis, jeudi, 8 février, de ses fonctions par un décret gouvernemental, sur injonction du « sultan ».

Saleh Haroun, qui a, longtemps, vécu en France, "a été appelé à d'autres fonctions (…). Djibert Younous (lui-même ancien ministre de la Culture, ndlr) est nommé ministre de la Jeunesse, des Sports, de la Culture et du Développement touristique", selon un décret lu à la radio nationale ce jeudi. A lui seul, il cumulera l'équivalent d'au moins, trois départements ministériels. Est-ce un problème de budget ? On sait le Tchad ruiné par le clan Déby qui le gère depuis plus d'un quart de siècle, comme une épicerie familiale.

Le communiqué n'indique pas les raisons du limogeage de Saleh Haroun, qui était entré au gouvernement tchadien en février 2017. Peut-être, au fil des mois, s'est-il rendu compte de son erreur en entrant (comme sorte de caution) dans le gouvernement de Déby Itno. Cette sortie est une libération pour lui.

Saleh Haroun est l'auteur du documentaire "Hissène Habré, une tragédie tchadienne", où il donne la parole à des témoins des répressions du régime de l'ex-président tchadien, Hissène Habré (1982-1990), condamné à la prison à perpétuité en 2016.

Auteur du récent film, "Une saison en France", sorti en 2018 dans les salles et qui raconte le sort d'un migrant centrafricain en France, ainsi que, de "l'Homme qui crie" pour lequel il a remporté le prix du jury du Festival de Cannes en 2010, Mahamat Saleh Haroun avait voulu garder une double casquette de ministre et de cinéaste. Mais chez « le sultan » du Tchad, c'est, totalement, impossible. Il fallait en tirer les conséquences. Dommage qu'il ait été limogé alors qu'on aurait souhaité qu'il démissionnât, pour (re)donner de la grandeur à sa personne.

« Je viens de remettre officiellement l’attestation portant inscription du site de l’Ennedi au patrimoine mondial de l’UNESCO au président de la République. C’est une grande fierté. Vous savez, pour être inscrit sur cette liste là, il faut remplir plusieurs critères internationaux. Et le site de l’Ennedi, celui d’Ounianga aussi, a rempli ces conditions. On reconnaît que ce qui existe dans ces lieux là, n’existe nulle part ailleurs. Et donc, je suis vraiment très fier, même si je n’étais pas au départ de ce travail remarquable. Un immense travail a été fait.  C’est un grand moment. C’est historique. On ne va pas s’arrêter là, car, le Tchad recèle pas mal de belles choses. Il y a un autre site sur lequel on travaille, déjà, celui du Parc national de Zakouma et on espère que, dans les deux prochaines années, il sera inscrit, aussi, au patrimoine mondial de l’UNESCO », avait-il déclaré en juin 2017, quatre mois, après son entrée au gouvernement (notre photo).

Durant son mandat, il a doté la Bibliothèque nationale de 3.000 livres et créé le grand prix littéraire du Tchad. Il voulait créer une école de cinéma au Tchad avec une ambition régionale. Ce sera peut-être pour plus tard, quand le Tchad deviendra une véritable démocratie, avec à sa tête, un chef d'Etat, démocratiquement, élu au suffrage universel, et qu'il aura décidé, cette fois-ci, avec raison, d'apporter sa pierre à l'édifice national.

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