AFRIQUE DU SUD : Jacob Zuma limoge son ministre des Finances pour insoumission

La décision surprise du président, Jacob Zuma, de limoger, mercredi, 9 décembre, soir, son ministre des Finances plonge l'économie sud-africaine, déjà, fragile, dans l'incertitude, la devise nationale évoluant, jeudi, à des niveaux, historiquement, bas et de nombreux analystes considérant ce mini-remaniement comme dangereux.

Selon le communiqué du président sud-africain publié mercredi soir, Nhlanhla Nene doit être réaffecté "à un autre poste stratégique", sans qu'aucune raison officielle n'ait été invoquée pour expliquer son remplacement.

L'opposition estime qu'il a payé ses critiques envers le chef de l'Etat.

"Cette décision intervient à un moment où notre économie a de graves problèmes, à un moment où nous sommes sous la menace d'une baisse de notre note souveraine. C'est quelque chose d'irresponsable", estime Dawie Roodt, analyste chez Efficient Group, une société de conseil financier.
"Nous avons un président qui accorde clairement très peu d'importance aux dégâts que causent ses actions", poursuit-il.

Le rand sud-africain, sous pression depuis le début de l'année, a franchi un nouveau cap mercredi soir au moment de l'annonce du limogeage de Nhlanhla Nene, brisant pour la première fois, la barrière de 15 rands pour un dollar.

Jeudi, à la mi-journée, un dollar s'échangeait contre 15,10 rands et un euro contre 16,52 rands, des niveaux encore jamais atteints.

M. Nene, premier noir africain à occuper le poste de ministre des Finances en Afrique du Sud, avait été nommé, en mai 2014, après la réélection de Jacob Zuma, à la tête du pays.

Il va être remplacé par David van Rooyen (notre photo où il prêtait serment, cet après-midi, avant de prendre ses fonctions), un député de l'ANC, le parti au pouvoir, et qui n'a, jamais, exercé de fonctions ministérielles par le passé.

"Nous sommes en crise et on décide de se séparer de notre ministre des Finances pour le remplacer par quelqu'un qui n'a aucune expérience", se désole Dawie Roodt.

La semaine dernière, M. Nene avait refusé la renégociation d'un contrat entre la compagnie aérienne para-publique South African Airways et Airbus, jugeant que la transaction n'était pas viable financièrement.
Ce projet de renégociation était porté par Dudu Myeni, la présidente du conseil d'administration de SAA, qui est une amie très proche de Jacob Zuma.

Plus tôt cette année, Nhlanhla Nene avait montré des réticences face au coût du gigantesque projet nucléaire de l'Afrique du Sud, qui souhaite construire six à huit réacteurs (9.600 MW), ce qui pourrait coûter jusqu'à 50 milliards de dollars.

Ce limogeage intervient à deux mois seulement de l'annonce du budget pour l'année fiscale 2016/2017 et ajoute un peu plus d'incertitude à une économie sud-africaine déjà morose.
La croissance ne devrait pas dépasser 1,4%, en 2015, selon les prévisions de la Banque centrale sud-africaine, le chômage est, toujours, au-dessus de la barre des 25% et l'économie, affectée par la chute des cours des matières premières, souffre, également, des coupures d'électricité récurrentes.

Avec AFP

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