GABON : La société française Bouygues quitte le pays en rase campagne

Après la présentation des chiffres et un conseil d'administration à Paris, "il a été décidé de mettre l’activité en sommeil, c'est-à-dire, qu'on arrête tous nos chantiers", a déclaré, vendredi, 6 octobre, le PDG au Gabon de Bouygues Energies & Services, Michel Chinchilla.

Les 223 employés ont été notifiés d'une "rupture de contrat", mardi, 3 octobre, qui devrait permettre de "garantir les droits des salariés" - jusqu'à 18 mois de paiement de salaire en fonction de l'ancienneté -, selon le PDG.

L'annonce par visioconférence depuis Paris de la cessation des activités de la filiale de Bouygues Construction a suscité l'incompréhension et la colère des employés, rapporte la presse locale.
"Rien ne présageait cela, nous n'avions pas d'arriérés de salaire et des contrats en cours", a déclaré Luce Wolbert, déléguée syndicale chez Bouygues en charge des questions juridiques, dénonçant l'effet de surprise et le "flou" dans lequel se trouvent aujourd'hui les salariés.

Le syndicat a adressé mardi une lettre ouverte à Martin Bouygues (notre photo), président-directeur général du groupe français du même nom, dénonçant le caractère "inhumain de cette décision", alors que les Gabonais ne bénéficient pas d'allocations chômage.

"Nous n’avons plus la possibilité financière pour assurer les charges de l'entreprise et des projets", indique M. Chinchilla, soulignant que la situation a commencé à se dégrader à partir de 2014, année où a commencé la chute des prix du baril de pétrole.

Les dettes de Bouygues Energies & Services au Gabon s'élèvent à 9 milliards de F CFA (13.720.400 euros), dont 5 milliards de F CFA (7.622.444 euros) de créances étatiques, selon son PDG.
Bouygues conserve deux autres filiales dans le pays, notamment, dans le BTP.

Pour la première fois, le ministère du Budget institue la discipline budgétaire, avec, par exemple, la création d'un système comptable centralisé des "comptes publics" pour inventorier la dette publique intérieure. Il était temps : à cause des « mains longues » de certains grands groupes français, l'Etat a, souvent, largement, perdu au change dans ses relations avec eux. Il y a quelques années, il a fait un redressement financier mémorable de plusieurs centaines de milliards de F CFA à la pétrolière Total. Une négociation qui avait contraint Patrick Pouyanné à faire le voyage de Libreville, en décembre 2014. Objectif : négocier les 588 millions d'euros de redressement fiscal.

La nouvelle rigueur des autorités gabonaises n'est, donc, pas pour plaire à cette catégorie de grands groupes habitués aux passe-droits multiples dans les pays de la zone franc. Le Gabon n'a plus (le droit) ni les moyens de les financer. Résultat, certains commencent à battre en retraite comme ce cas présent. Il est loin d'être le seul. Il faut ajouter que la concurrence devenant vive au Gabon où le pouvoir a ouvert les portes à tous les investisseurs, ces grands groupes ne tiennent pas la concurrence devant ceux des nouveaux pays émergents. N'ayant pas, par exemple, rempli son cahier de charges au niveau du Port de Libreville (Owendo), le groupe Bolloré a préféré saisir la justice ...(française), en juillet dernier, après que le gouvernement eut accordé l'extension et la modernisation dudit port au groupe singapourien, Olam, qui l'a fait à la place de Bolloré en un temps record. Aujourd'hui, les Gabonais s'étonnent de l'attitude du groupe Bolloré qui, après avoir été incapable de respecter le cahier des charges, en modernisant le port, se permet de porter plainte contre le gouvernement ...à Paris, contestant au président gabonais, Ali Bongo Ondimba, le droit de développer son pays. A chacun ses responsabilités n'est-ce-pas ? A ABO de remplir les siennes face à son électorat. Peut-être à Bolloré de chercher du renfort auprès des juges français ! On verra bien...

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