SAO TOME ET PRINCIPE : L'île aux "millionnaires" attend ses nouveaux billets de banque

Membre de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale), Sao Tomé et Principe n'est pas membre de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) comme le Gabon, le Congo-Brazzaville, le Centrafrique, le Tchad et le Cameroun. Cet archipel n'est, donc, pas membre de la Zone Franc. A partir du 1er janvier 2018, sa banque centrale va entreprendre une réforme monétaire qui va changer des habitudes.

"Ici à Sao Tome, vous êtes millionnaire", lance amusé un maître d'hôtel à son client européen.
Ici, un euro équivaut à 24.500 dobras, la monnaie nationale de ce petit archipel lusophone du Golfe de Guinée, ex-colonie portugaise et qui compte environ 190.000 habitants. Avec 42 euros, vous êtes donc millionnaire... du moins jusqu'en 2018.

Le 1er janvier, le dobra va perdre trois zéros, conséquence d'une réforme monétaire qui n'est pas une réforme structurelle (pas de changement du taux de change), tient à rappeler le gouvernement.
"Les billets d'aujourd'hui ont été mis en circulation il y a vingt ans", indique Hélio Almeida, gouverneur de la Banque centrale de Sao Tomé, ajoutant que le dobra actuel n'est plus adapté au taux d'inflation qui "s'est stabilisé depuis une décennie".

Changer le dobra est, donc, une question de crédibilité internationale, explique M. Almeida. "Nous voulons montrer aux investisseurs potentiels que l'économie se développe. Il est bon d'avoir une monnaie plus forte, et nous pensons y parvenir avec moins de zéros au dobra", explique Hélio Almeida.

Le pays pauvre, qui dépend à près de 90% de l'aide internationale, a annoncé, en 2015, un plan économique pour s'ouvrir aux investissements étrangers. Les indicateurs macro-économiques se sont améliorés, ces dix dernières années, mais, la majeure partie de la population reste pauvre.

La réforme est, également, une manière de lutter contre la fausse monnaie.
"Les billets que ,nous avons distribués pendant plus d'une décennie ont fait l'objet de nombreuses tentatives de fraude", avait indiqué, en août dernier, le premier ministre, Patrice Trovoada, ajoutant que "les nouveaux billets apporteront une plus grande sécurité au système et faciliteront les transactions".

Les nouveaux dobras, toujours, imprimés à Londres, seront plus résistants et utiliseront les derniers standards en matière de sécurité, indique le gouverneur de la Banque centrale.
Pendant six mois, les anciens billets seront, encore, en circulation, afin d'assurer la transition auprès de la population qui a, également, été informée via des campagnes du changement de monnaie.

Le visage du Roi Amador, meneur de la révolte des esclaves de 1595, continuera de trôner sur les nouveaux dobras.
Ancienne colonie portugaise devenue indépendante en 1975, Sao Tome a utilisé l'escudo jusqu'en 1977, où le dobra remplace, à parité égale, l'ancienne monnaie coloniale.

En 40 ans d’existence, la nouvelle monnaie a connu plusieurs réformes avec l'introduction progressive de billets de 50.000 (1996) puis de 100.000 (2005), afin de suivre les forts pics d'inflation dans l'économie du pays (plus de 44% en 1988, près de 70% en 1997 ou plus de 30% en 2008).

Avec une balance commerciale négative et une forte dépendance de l'aide internationale, le pays a, toujours, été soumis au risque inflationniste.
En 2010, le dobra se rattache à l'euro, comme l'archipel du Cap Vert l'avait, déjà, fait depuis 1999 en indexant sa monnaie, l'escudo, à la monnaie européenne.

L'archipel du Golfe de Guinée suit, alors, de facto le F CFA utilisé dans de nombreux pays voisins de Sao Tome et rattaché au franc français puis à l'euro.
Le dobra santoméen ne suscite pas autant de débats que le F CFA aujourd'hui. Et pour cause, l'arrimage à l'euro a été vu comme un facteur de stabilité économique suite aux variations inflationnistes du passé.

"Le taux d'inflation qui a eu lieu dans les dix dernières années s'est réduit fortement", indique Hélio Almeida.
Depuis l'adoption de l'euro et une politique de "modération budgétaire", l'inflation s'est stabilisée, indique un document de la Banque centrale santoméenne, ajoutant que "la croissance de l'activité économique est relativement stable". Aujourd'hui, le taux d'inflation est d'environ 6%.

Pour la première fois de son histoire, le pays va, donc, réduire le taux de sa monnaie, suite à "une évolution positive des indicateurs" économiques, indique la Banque centrale santoméenne.
Parmi les Santoméens, certains redoutent, cependant, que les prix augmentent du fait du changement.

"Il n'y aura pas une crise dans les prix car on ne va perdre la parité fixe du dobra avec l'euro", assure M. Almeida qui rappelle que le taux de change dobra/euro ne fera que s'adapter à la perte de trois zéros au dobra.

A partir de 2018, 42.000 euros seront nécessaires pour être à nouveau millionnaire à Sao Tome.

Avec AFP

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