Economie

Pierre Nkurunziza est devenu grave. Les décisions qu'il prend, depuis trois ans qu'il a plongé le pays dans une situation de crise irréversible, permettent de se demander s'il est, encore, en possession de toutes ses facultés d'homme ? Le 19 avril, dans un communiqué cosigné par les ministres de l'Intérieur et de la Formation patriotique, des Affaires sociales et des Droits de la personne humaine, et de la Sécurité publique, les personnes mendiantes sont, désormais, "sommées de quitter les rues", sous peine d'internement. C'est une mesure qui se passe de commentaire au regard de la très grande misère qui prévaut au Burundi à cause justement de la mal-gouvernance de Nkurunziza.

C'est quand même incroyable ce qu'on apprend du nouveau pouvoir du président José Lourenço. On commence à comprendre pourquoi, contre tout compromis, il a décidé d'éradiquer, totalement, quel qu'en soit le coût, le niveau de corruption qu'il hérite du régime de son illustre prédécesseur, Jose Eduardo dos Santos. On se rend, clairement, compte que certains dignitaires ne détournaient pas les fonds publics, uniquement, pour assurer leurs vieux jours, mais, pour plier l'économie nationale. A la tête d'un fonds souverain de 5 milliards de dollars, Jose Filomeno dos Santos, le fils de l'ancien président de la République, par exemple, a voulu capter, pour son propre compte, jusqu'à 1,5 milliard de ce fonds, lui, le jeune d'à peine 40 ans. Qui a tout son avenir devant lui et qui a agi comme s'il était en compétition de richesse avec ses amis. Voilà la réalité, aujourd'hui, en Angola, un pays riche en pétrole et en diamant. Si vous étiez à la place du président, Joao Lourenço, que feriez-vous, qu'auriez-vous fait ?

Vainqueur de l'élection présidentielle, le général, Julius Maada Bio, un ancien militaire de 53 ans, et candidat du principal parti de l'opposition, qui revient au pouvoir après l'avoir, brièvement, exercé il y a deux décennies à la suite d'un coup d'état, entend mettre, sans tarder, ses promesses en œuvre. En pole position des urgences, la révision des contrats miniers signés par son prédécesseur.

Reporters sans frontières (RSF) dénonce la détention pendant plus de trois jours et l’expulsion d’un photojournaliste franco-marocain. Il enquêtait sur l’esclavage en Mauritanie, pratique illégale mais toujours en vigueur dans le pays.

Ce qui devait arriver arriva ! Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2017, le nouveau président angolais, Joao Lourenço, mène une lutte acharnée contre la corruption qui s'était érigée en système pendant les 38 ans de pouvoir de son prédécesseur, José Eduardo dos Santos. Beaucoup de têtes sont, déjà, tombées, et non des moindres : les enfants dos Santos n'ont pas été épargnés par cette opération qui a poussé l'ancien président, il y a quelques mois, à sortir de sa réserve en demandant à Joao Lourenço de mettre la pédale douce. Il n'a pas été entendu. Après avoir limogé Isabel dos Santos de la présidence de la Sonangol, le nouveau président vient d'autoriser l'inculpation d'un autre fils du président, Jose Filomeno dos Santos, pour détournement de fonds. Général (de l'armée angolaise) de son état, Joao Lourenço ne blague pas quand il parle de nettoyer les écuries d'Augias.

Quarante-quatre pays africains ont signé, mercredi, 21 mars, à Kigali, l'accord créant une Zone de libre-échange continentale (ZLEC), perçue comme essentielle au développement économique de l'Afrique, par le biais d'une hausse du commerce intra-africain.

Deux mentions « BIEN » à Mahamadou Issoufou, qui vient de prendre, successivement, deux très bonnes décisions, ces derniers mois. Première bonne décision : sa détermination pour qu'une monnaie unique de l'Afrique de l'Ouest soit mise en circulation, au sein de la CEDEAO, en 2020, en lieu et place des monnaies actuelles. Les pays en retard prendront le train en marche. Le F CFA que le Niger utilise comme monnaie céderait, donc, sa place à cette future monnaie de la CEDEAO pour laquelle le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, dit que son pays, dès 2019, respectera les critères de convergence exigés pour l'adopter. Deuxième bonne décision : après la construction par la Chine d'un hôpital de 500 lits, dernier cri, le plus moderne de la sous-région ouest-africaine, ministres et dignitaires du pays, sont, désormais, interdits d'aller se soigner, hors du pays, aux frais de l'Etat.

On savait depuis l'année dernière que le président du Cameroun, Paul Biya, était invité par son homologue, Xi Jinping, à effectuer une visite d'Etat, en Chine, au courant du premier trimestre 2018. Cette rumeur est devenue effective avec le départ, dimanche, 18 mars, de Yaoundé, du couple présidentiel. Celui-ci sera accompagné d'une forte délégation de ministres et d'officiels, et ralliera Beijing, mercredi, 21 mars.

Les Etats-Unis sont accusés de double langage. Quand il s'agit des pays d'Asie, grands importateurs eux aussi de l'ivoire d'Afrique, ils accusent. Pourtant, ils se livrent, exactement, aux mêmes pratiques, avec un peu plus de finesse. Le président du Botswana s'insurge contre un tel comportement et les dénonce de manière frontale.

La South African Airways (SAA), la compagnie aérienne sud-africaine, traverse une très mauvaise passe au point qu'elle est menacée de disparition. Présidée ces dernières années par Dudu Myeni, une très très proche de l'ancien président, Jacob Zuma, la SAA était gérée comme l'Etat sud-africain, c'est-à-dire, à coups de malversations financières que dénonce, aujourd'hui, l'auditeur général, Kimi Makwetu. Si elle n'a pas mis la clé sous le paillasson, c'est parce qu'avec le soutien de l'ancien chef de l'Etat, elle recevait, régulièrement, des subsides du ministère des Finances, qui lui permettaient de maintenir la tête hors de l'eau. Aujourd'hui, sa remise en bon état de fonctionnement est une urgence absolue pour le nouveau président, Cyril Ramaphosa. Il y va de la réputation du pays car on ne comprendrait pas que l'Afrique du Sud, membre des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), pays émergent par excellence, ne compte pas une compagnie aérienne digne de ce nom pour faciliter les échanges.

Le Gabon a rompu, unilatéralement, le contrat qui le liait à la multinationale française, Véolia, en ce qui concerne la fourniture d'eau et d'électricité sur toute l'étendue du territoire. Cette rupture est due à une très longue exaspération de l'Etat et des consommateurs gabonais, qui étaient, tout le temps, en colère à cause des coupures intempestives d'eau et d'électricité de la SEEG, filiale locale de Véolia. En 21 ans de collaboration, Véolia n'a pas pu mettre le niveau de son service au Gabon aux normes en vigueur en la matière : jamais d'eau 24h/24 ; jamais d'électricité 24h/24. Le Gabon étant un pays souverain, il a fini, après tant de mécontentement de sa population, à tirer les conséquences en prenant la décision qui s'imposait : la rupture. Sur ce, Véolia a couru se plaindre à la Banque mondiale où un organe de conciliation existe pour régler ce genre de différend. En attendant d'y voir clair dans les griefs qui sont faits à l'endroit de l'Etat du Gabon, on peut se demander si c'est la Banque mondiale qui avait demandé à Véolia de ne pas respecter son cahier de charges ?

Le nouveau code minier, qui pourrait, fortement, taxer le cobalt, sera bien promulgué en République démocratique du Congo (RDC). Le président, Joseph Kabila, a promis un "dialogue constructif" avec les multinationales dont il a reçu les représentants, ce jeudi, 8 mars, et qui s'inquiètent de la nouvelle hausse des taxes.

Muhammadu Buhari s'est fait élire en 2015 en promettant aux Nigérians de vaincre la secte terroriste, Boko Haram, et d'éradiquer la corruption sur l'ensemble du territoire. Trois ans, plus tard, alors qu'il est candidat à sa propre succession à la présidentielle de 2019, il n'en est rien. Comme en 2014 quand elle a fait le rapt des 276 lycéennes de Chibok, cette secte a récidivé, le mois dernier, cette fois, à Dapchi, toujours dans le Nord-Est, en faisant un autre rapt de collégiens, à la barbe de l'armée et de la police nigérianes. Après avoir nié pendant six jours, Muhammadu Buhari, lui-même, a pris la parole pour demander « Pardon » aux parents des 110 collégiennes enlevées et conduites vers une destination inconnue. L'échec de Buhari dans sa lutte contre Boko Haram ne se commente plus. Il se constate. D'où sa hargne en s'attaquant, maintenant, à la pieuvre, cette corruption qui n'a ni queue ni tête, espérant obtenir des résultats probants de ce côté. Il a fait comparaître, ce lundi, 5 mars, les compagnies pétrolières Eni et Shell pour des faits de corruption patents. La semaine dernière, ce sont deux résidences de Diezani Alison-Madueka, ancienne ministre du Pétrole du président, Goodluck Jonathan, qui ont été saisies pour le compte de l'Etat. Mais, à cause d'une surcharge de travail des juges, le procès a été reporté au 14 mai prochain.

Le général-président, Joao Lourenço, se veut intraitable. Il ne fait de cadeau à personne depuis qu'il est aux affaires. Encore moins aux enfants de son illustre prédécesseur qui lui a cédé le pouvoir, José Eduardo dos Santos. Personne n'étant épargné dans son opération Mains Propres d'un genre nouveau qu'il a entreprise pour lutter contre la corruption, la justice a ouvert, vendredi, 2 mars, une enquête sur de possibles détournements de fonds à la compagnie pétrolière nationale, Sonangol, lorsqu'elle était dirigée par Isabel dos Santos, la fille de l'ex-président de la République. D'autre part, Joao Lourenço a donné « six mois » (pas plus) aux membres de la nomenklatura qui auraient caché les fonds à l'étranger de vite les rapatrier. Comme quoi, ça chauffe, vraiment, en Angola.

La Côte d'Ivoire veut mobiliser la somme de 1,2 milliard de dollars (environ 600 milliards de F CFA), sur le marché international des capitaux. Objectif : financer son budget 2018 estimé à 6.756 milliards de F CFA, soit, près de 11 milliards de dollars. Le budget de cette année est financé à près de 50% par les emprunts et apports extérieurs. Le président, Alassane Ouattara, veut doter la Côte d'Ivoire d'infrastructures pour lui permettre de devenir émergente vers 2020, comme il a, toujours, annoncé. D'où cet endettement somme toute maîtrisé.

Camarade Bob l'a fait au Zimbabwe et le ciel lui est tombé dessus parce que la Grande Bretagne qui devait participer au financement de ces expropriations des terres avait, finalement, fait faux bond. L'économie du Zimbabwe en a beaucoup souffert. En Afrique du Sud, l'ancien président, Jacob Zuma, avait évité de résoudre cette question qui se pose de la même manière qu'au Zimbabwe. Il vient de quitter le pouvoir sans l'avoir même effleurée. Son successeur, Cyril Ramaphosa, en fait une de ses priorités. A un an de l'élection présidentielle à laquelle il est candidat. Réussira-t-il ce processus sans heurt ?

L'Etat gabonais ne se laisse plus faire. Loin de se faire intimider par quelques menaces verbales des dirigeants du groupe français, Véolia, le porte-parole du gouvernement gabonais, Alain Claude Bilie By Nze, n'a pas manqué d'accuser, ce mardi, 27 février, l'entreprise française de pollution sur son sol, sur plusieurs sites d'exploitation qui étaient mis à sa disposition. Un vrai complot contre l'environnement qui aurait pu faire pâlir de colère Nicolas Hulot, le ministre français de la Transition écologique et solidaire, si de telles pratiques anti-écologiques étaient effectuées sur le sol français. C'est donc l'ensemble de ces griefs, y compris, le ras le bol des usagers face aux interminables coupures d'eau et d'électricité, qui ont contraint l'Etat à résilier, de façon unilatérale, le 16 février, sa convention avec cette multinationale dont les prestations ne souffrent d'aucun manquement dans d'autres pays où elle officie dont la France. Les Gabonais voulaient, juste, le même traitement, mais, celui-ci n'a, jamais, été à la hauteur depuis 21 ans. Malgré 1.000 milliards de F CFA (1,5 milliard d'euros) d'investissements. L'Etat a mis du temps avant de taper du poing sur la table. Un temps, anormalement, long qui a fait croire aux dirigeants de Véolia que le Gabon était, rigoureusement, incapable de prendre le moindre acte de souveraineté les concernant. Bien que son indépendance en tant qu'Etat ayant son destin en main fut mise en cause. Une erreur plus que fatale !

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a entamé, lundi, 26 février, en Algérie, une nouvelle tournée en Afrique, qui doit le mener, ensuite, dans trois autres pays (Mauritanie, Sénégal et Mali) où Ankara s'efforce, depuis plusieurs années, d'accroître son influence et des opportunités d'affaires, en tant que pays émergent. A un moment où l'islamisme gagne du terrain dans le Sahel, le responsable mondial des Frères musulmans ne manquera pas d'aborder cette question, notamment, en Mauritanie et au Mali, qui sont deux pays, qui en souffrent, d'où la constitution, avec l'aide de la France, de la Force militaire du G5 Sahel dont l'objectif est de combattre son expansion.

Tant pis pour les oiseaux de mauvais augure. Ceux qui renvoyaient le projet de création d'une monnaie commune à tous les pays de la CEDEAO aux calendes grecques en ont pour leur grade. Le 21 février, à Accra, la création de cette monnaie a été entérinée. Le processus se fera à plusieurs vitesses. Les pays qui seront prêts l'adopteront immédiatement. Ceux qui ne le seront pas attendront d'être prêts avant de rejoindre le train en marche. Cela voudrait dire qu'en 2020, le F CFA devra mourir de sa propre mort dans les pays membres qui auront rejoint la monnaie de la CEDEAO.

Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, en 2017, en battant, régulièrement, John Dramani Mahama, qui voulait obtenir un deuxième et dernier mandat, Nana Akufo-Addo ne cesse de surprendre. D'autre part, il jouit d'un énorme crédit à l'international au point où Emmanuel Macron lui a rendu visite, début décembre 2017, à Accra, tandis que l'opposition togolaise vient de le plébisciter pour être le facilitateur du dialogue intertogolais. Pourtant, il ne vient que d'arriver au pouvoir. Dans un élan réformiste, il a investi vendredi, 23 février, un "procureur spécial" chargé de mener la lutte contre la corruption. Cité en exemple pour sa bonne gouvernance, le Ghana a reculé de 7 points, en deux ans, dans le récent classement de Transparency International. Le président Akufo-Addo entend éradiquer la corruption en mettant les petits plats dans les grands.