Mamadou Sidy BA : Les Flam existent et existeront toujours

Originaire de Sangne-Lobaali, (département de Maghama, région du Gorgol), Mamadou Sidi BA avait été arrêté, en Septembre 1986, suite à la publication du « Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé» pendant qu’il était en fonction au Service de planification des études et projets du ministère de la Santé, après une formation de technicien supérieur de santé au Centre d'enseignement supérieur en soins-infirmiers (CESSI) de Dakar en 1985.

 

Il fut incarcéré à la prison civile de Nouakchott, puis, à la prison mouroir de Oualata et, enfin, au Fort d’Aoun avec ses camarades d’infortune. Libéré le 13 décembre 1989, il prit le chemin de l'exil (au Sénégal) pour rejoindre ses frères de combat, engagés dans la lutte armée.

 

Afrique Education : Pouvez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours ?

 

Mamadou Sidi BA : Membre fondateur de l'Union démocratique mauritanienne (UDM), l’une des composantes des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), je fus désigné délégué avec mon camarade et ami feu Saidou Kane pour représenter l'UDM au congrès constitutif des FLAM tenu le 14 Mars 1983 à Nouakchott.

J’ai ensuite été élu secrétaire national à l'organisation et à l’orientation politique au premier congrès des FLAM tenu en exil en décembre 1991 (3e congrès ordinaire).

 

A ce congrès, les FLAM confirmaient leur combat pour l’avènement d’un Etat de droit dans lequel tous les Mauritaniens sans distinction de race et d’origine socio-culturelle vivraient dans la justice et l’égalité leur pleine citoyenneté.

 

Dans l'accomplissement de cette mission, j’ai visité tous les camps des déportés mauritaniens dans la vallée du fleuve Sénégal pour implanter des structures des FLAM.

 

Je fus membre du Comité permanent du conseil national pendant 20 ans et également conseiller politique du président des FLAM de l’époque pendant 8 ans.

Depuis, j’assume la responsabilité de président des FLAM.

 

Comment définissez-vous les FLAM, une organisation militaire, un parti politique classique, une organisation de défense des droits de l’Homme?

 

Les FLAM se définissent comme un mouvement de libération nationale qui lutte contre l'oppression et l'exclusion des Noirs des secteurs clé de la vie nationale, contre le racisme et l'esclavage.

Nous sommes un mouvement de libération nationale parce que notre mission historique est de libérer la Mauritanie de ce système inique, le système beydane, qui entrave l'unité nationale, freine le développement économique et social de notre pays et son rayonnement pluriculturel.

 

Quel est votre regard sur les événements qui ont impacté le mouvement ?

 

Dès 1978, le nationalisme négro-mauritanien militant commençait à prendre forme. Un petit groupe réduit mais courageux et convaincu avait su braver les règles préétablies dans les consciences, qui ne laissaient aucune place au nationalisme négro-africain.

Le développement des luttes syndicales, tant au niveau des travailleurs qu’au niveau des élèves et étudiants noirs, avait permis de massifier notre mouvement et de le conscientiser politiquement et idéologiquement.

Héritières de l'UDM, du MPAM, de L'ODINAM et du MEEN, les FLAM demeurent un symbole de notre lutte. Nous resterons toujours attachés à ce symbole par fidélité, par conviction et par respect à nos martyrs.

Certains anciens camarades ont estimé qu'il fallait changer parce que le nom FLAM faisait peur ; nous disons à ces frères que si l'ennemi a peur de ton arme, pourquoi te débarrasser d'elle ?

D'autres insistent sur le changement de nom parce que les FLAM sont diabolisées : nous devons être fiers que l'ennemi nous diabolise, car cela montre que nous restons fidèles à nos principes. Nous ne luttons pas pour faire plaisir aux Beydanes mais pour briser les chaînes de l'oppression qui pèsent sur nous.

Tout nationaliste négro-mauritanien est diabolisé par le système beydane.

Permettez-moi de revenir sur la genèse des derniers événements après la sortie malencontreuse de l’ancien président des FLAM dans son émission du  mercredi 12 août dernier sur la chaîne MOURABITOUNES TV qui traite les membres des Flam de non-démocrates alors que ceux-ci n’ont fait que respecter les textes qui les régissent.

 

Malgré toutes les déclarations faites depuis cette date, il n’en demeure pas moins que ce congrès est illégal au regard des textes qui régissent les FLAM et n’avait aucune légitimité à procéder à la mutation de notre mouvement et de changer son nom :

- le congrès dit des FLAM qui s’est tenu à Nouakchott les 29 et 30 août 2014 a été convoqué par le président de l’époque ;

-  le congrès extraordinaire ne peut pas être convoqué par le président mais par les 2/3 des membres du congrès, ce qui n’était pas le cas. Sous la pression du président de l’époque qui dit s’appuyer sur une décision du congrès de mai 2011 tenu à Champs sur Marne, il a été décidé, pour sauvegarder l’organisation, d’accepter finalement la tenue de ce congrès extraordinaire en demandant qu’il soit organisé pendant les mois de juillet et août (période pendant laquelle plusieurs camarades, surtout d’Europe pouvaient prendre leur congé, rentrée du 1er septembre oblige);

- ce congrès a été convoqué pour les dates des 29 et 30 août. Il n’y avait pas meilleure façon de montrer le but de la manœuvre qui était de limiter le déplacement à Nouakchott des militants qui étaient hors de Mauritanie;

- le congrès a été ouvert par un président qui, s’il était soucieux de la légalité et de «son» organisation aurait dû purement et seulement le reporter pour manque de quorum, comme le stipule nos textes.

Jugez-en vous-même :

 

· quatre (4) membres sur neuf (9) du Bureau exécutif national présents dont un représentait en même temps la prétendue section mauritanienne qui n’a jamais vu le jour officiellement (aucune assemblée générale constitutive tenue),

· aucun membre sur neuf (9) du Comité permanent du Conseil national (organe chargé de contrôler le Bureau national) présent,

· deux (2) Secrétaires généraux présents sur les quatre (4) sections que compte notre organisation.

· trois (3) délégués élus par leurs sections (2 d’Europe et 1 des USA) ont assisté au congrès sur les 9 statutaires de l’Extérieur. Les membres présents à ce congrès sans être élus par leurs sections (disposition de nos statuts) ont remplacé au pied levé leurs camarades absents, alors qu'ils n'avaient pas la qualité de délégués .

· la « section mauritanienne» a non seulement fourni 4 délégués, mais a également rempli la salle de tous ses membres sur place.

· Les responsables des ligues des jeunes et des femmes ne sont pas membres du congrès dans nos textes.

Il était clair que ce congrès n’avait pas le quorum pour se tenir. Le président de l’époque devait, en conformité avec nos textes, s’il n’avait pas un dessein caché, reporter ce congrès et convoquer une autre réunion comme le stipule clairement les textes des Flam pour décider valablement sans quorum (cette disposition existe dans toute organisation, politique ou associatif).

Pourquoi ne s’est-on pas conformé à cette disposition de nos statuts ? Pourquoi bâcler un congrès aussi important ? Pourquoi choisir (seul) une date à dessein pour empêcher la présence de membres importants (soit dit en passant le vice-président et le secrétaire national à la communication, porte-parole du mouvement étaient aussi absents de ce congrès malgré le rôle qu’ils ont joué pour la réussite du redéploiement du mouvement en Mauritanie)

 Des textes sont édictés pour être respectés, et surtout par son premier responsable, et pour une phase aussi importante dans la vie d’un mouvement qui venait de fêter ses 30 ans.

Les faits sont têtus et montrent bien où se trouve l’illégalité.

 Ceci étant, la seule chose à regretter est les conséquences de cet acte irresponsable qui a affaibli nos forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM) par le départ de camarades valeureux qui ont montré leur constance et leur engagement dans le combat, pour que vivent les idéaux de ce mouvement que nous avons construit ensemble pour mettre fin au système beydane qui sévit en Mauritanie

 Nos chemins se recroiseront peut-être un jour et nous leur souhaitons bon vent dans leur nouvelle organisation dont l’acte fondateur est leur 1er congrès constitutif tenu les 29 et 30 août 2014 qui n’a pu en aucune façon signer la mort des FLAM qui existent et existeront toujours.

 

Certains estiment que le système politique mauritanien s’est assoupli voire démocratisé et que le chef de l’Etat actuel, Mohamed OULD Abdel Aziz ne peut être assimilé à l’un de ses prédécesseurs, Maouiya OULD Sid’Ahmed Taya. Qu’en pensez-vous? 

 

Le système est resté le même dans ses fondements essentiels. L'exclusion des Noirs de tous les secteurs de la vie nationale n'est plus à démontrer. Les Beydanes qui constituent à peine une minorité de la population mauritanienne contrôlent la totalité du pouvoir dans tous les domaines en Mauritanie (politique, économique et social).

Certains Beydanes honnêtes reconnaissent aujourd’hui cette réalité

Cette situation peut être largement illustrée par plusieurs faits qui sont le quotidien des populations noires en Mauritanie :

 

- la politique d'accaparement de nos terres dans la Vallée pour les vendre aux hommes d'affaires arabes et beydanes est tout simplement un crime abominable. Il s'agit d'une dangereuse escalade de la violence. Les FLAM useront de toutes les formes de lutte conforme au droit international pour chasser de nos terres les affameurs de nos populations ;

- le recensement qui est un génocide biométrique qui a remplacé les déportations physiques des Noirs vise non seulement à renforcer le système beydane mais nie l'existence du Noir de Mauritanie en tant qu'être humain ;

- les intimidations, les brimades, les rafles dans les quartiers à dominance noire qui se terminent par des assassinats ciblés dans les commissariats de police ;

- la répression violente de manifestations pacifiques par le système qui débouche sur des arrestations arbitraires ;

Tous ces éléments ne peuvent qu'engendrer la radicalisation et accentuer la fracture nationale.

 

Le pouvoir mauritanien refuse de reconnaître le FPC en tant que parti politique légal. Quelle est votre position face à cette situation ?

 

Un Etat qui n'est pas de droit ne peut appliquer le droit. Le système beydane est toujours, dans ses pratiques, conforme à sa nature raciste.

Nous ne sommes pas surpris par cette non-reconnaissance qui constitue une violation du droit et des libertés.

Les FLAM s'opposeront toujours à l'injustice sous quelque forme qu'elle se présente, d'où qu'elle vienne et quelle qu’en soit la victime.

 

M. Hissène Habré semble enfin inquiété par la justice pour des faits durant ses années au pouvoir au Tchad, que comptez-vous faire pour qu’il en soit de même en ce qui concerne M. Taya ?

 

La justice rattrape toujours les criminels. Avec le procès d’Hissène Habré, l’espoir est permis qu’un jour Taya et tous les autres criminels répondront un jour prochain de leurs actes devant la justice.

Les FLAM s’associeront à toutes actions judiciaires, comme elles l’ont toujours fait dans  le passé, qui visent les criminels en liberté en Mauritanie.

 

Quelle analyse faites-vous de la situation géopolitique de la sous-région ? 

 

La situation géopolitique dans notre sous-région est marquée par des conflits armés très graves qui menacent l'existence même de nos pays.

Notre frontière Est avec le Mali est régulièrement secouée par des tensions entre des groupes armés d'obédience islamo-fondamentaliste et indépendantiste ou autonomiste touareg.

Le caméléonisme politique de l'Etat mauritanien qui consiste à être d'accord avec toutes les parties en conflit est une politique de courte vue qui nous coûtera chère.

 

En situation inconfortable militairement dans le désert de l'Azawad, depuis l'intervention franco-africaine et onusienne, ces groupes se replient surtout en Mauritanie qui leur sert de base arrière mettant en danger la vie de nos populations déjà éprouvées par la cherté des produits de première nécessité et la baisse continuelle de leur pouvoir d'achat.

La récente libération d'un terroriste par les autorités mauritaniennes alors qu’elles maintiennent en prison notre Biram Dah Abeïdy et ses camarades de combat qui luttent pour les droits humains est une preuve qu’elles sont l'alliée des terroristes et des narco-trafiquants dans la sous-région et  montre bien leur complicité.

Notre frontière Nord-Ouest n'est non plus rassurante. Nombre de signaux indiquent malheureusement le pire. La volonté d'indépendance nationale toujours réaffirmée par le Front POLISARIO face à la fermeté du royaume chérifien rétrécisse la marge de manœuvre de la diplomatie en vue d'un accord acceptable par toutes les parties.

Face à cette situation trouble de l'Est au Nord-Ouest de notre pays, les autorités mauritaniennes, au lieu d'œuvrer pour réaliser un front intérieur solide pour sécuriser les citoyens, continuent leur politique raciste d'exclusion des Noirs.

Ce n'est pas un bataillon de généraux qui se mettra en première ligne pour défendre le pays.

 

Votre mot pour conclure ?

Je ne terminerai pas sans apporter notre soutien à nos frères défenseurs des droits des opprimés encore sous le coup d’une inculpation et qui doivent être rejugés bientôt par la Cour d’appel d’Aleg : Biram Dah Abeidy et Brahim Billal (encore sous les verrous) et Djiby Sow (en liberté provisoire pour cause de santé).

 

La lutte continue.

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