AFRIQUE DU SUD : Cyril Ramaphosa entre le marteau (Jacob Zuma) et l'enclume (l'opinion publique)

Après avoir quitté le pouvoir de la façon qu'on sait, c'est-à-dire, à cause de plusieurs dossiers montrant son implication dans des faits de corruption, l'ancien président sud-africain, Jacob Zuma, s'est replié dans sa province natal, le très stratégique KwaZulu-Natal (NKZ), pour porter la contestation contre le pouvoir de son successeur, Cyril Ramaphosa. Zuma espère, ainsi, éviter d'aller en prison et montrer à ce dernier qu'il est capable de lui faire perdre l'élection présidentielle de 2019 au travers de sa province, l'une des plus importantes de l'ANC (Congrès national africain), mais aussi, grâce à son réseau d'influence qui a gardé toute sa puissance de nuisance au sein du parti. Ce sont des alertes que Cyril Ramaphosa prend très au sérieux.

Sous la pression de son parti, l'ANC, soucieux d'éviter une débâcle électorale en 2019, Jacob Zuma a dû écourter son second mandat et quitter la fonction suprême le 14 février.

Sa présidence a été marquée par de nombreuses affaires de corruption, un taux de chômage record, une croissance en berne, des éruptions de violences dans les quartiers noirs pauvres du pays, toujours, en mal de services publics et de logements des années après la fin officielle du régime d'apartheid en 1994.

Son successeur, Cyril Ramaphosa, qui avait décroché deux mois plus tôt la direction de l'ANC, a promis "un nouveau départ", mais, l'ombre de Jacob Zuma pèse sur sa présidence, alors que l'ancien chef de l'Etat et ses alliés ont lancé une contre-attaque au sein du parti (notre photo).

Même détrôné, Jacob Zuma, originaire de la province clé du KwaZulu-Natal (KZN), continue de tirer profit du soutien dont il bénéficie, toujours, dans sa région natale.

Il s'est retiré dans sa base traditionnelle du KZN, c'est là qu'il peut causer le plus de dégâts. Certains de ses associés craignent que sa disgrâce puisse conduire à leur propre chute. En s'assurant qu'il reste influent, ils cherchent à conserver leurs positions.

Depuis sa démission, Jacob Zuma est apparu, en avril, sur le banc des accusés à la Haute Cour de Durban (Nord-Est), la capitale du KwaZulu-Natal, dans une affaire de corruption pour une affaire de contrat d'armement remontant à une vingtaine d'années.

Ces accusations sont "politiques", a affirmé devant le tribunal Jacob Zuma, galvanisé par la foule venue le soutenir.

Des centaines de ses partisans avaient fait le déplacement. "Dites nous ce qu'il a fait de mal", "Enlevez vos mains de Zuma", ont-ils scandé devant le tribunal.

Pendant ses neuf années à la présidence, Jacob Zuma a, patiemment, tissé, dans les branches locales de l'ANC, un réseau qui lui reste loyal.

Ce réseau de soutien est encore bien vivant et prêt à tout pour survivre.

Cette faction se regroupe. Elle a l'intention de construire un fief anti-Ramaphosa au KwaZulu-Natal.

Mais, à l'approche des élections législatives de 2019 qui pourraient menacer la mainmise de l'ANC sur le pouvoir pour la première fois depuis l'avènement de la démocratie en 1994, Cyril Ramaphosa doit, absolument, maintenir l'unité du parti et redorer l'image de l'ANC.

Sa marge de manoeuvre est faible. Il s'est imposé de justesse à la tête du parti en décembre, devant l'ancienne épouse de Jacob Zuma, Nkosazana Dlamini-Zuma, qui avait reçu le soutien du président de l'époque.
La direction de l'ANC est très divisée entre Pro-Ramaphosa et Pro-Zuma. Un proche de l'ex-président, Ace Magashule, a décroché le poste de numéro 2, celui de secrétaire général.

Le but ultime de Jacob Zuma pourrait être de conserver, suffisamment, d'influence politique pour éviter une peine de prison dans les affaires de corruption dans lesquelles il est empêtré.

Dans l'immédiat, Jacob Zuma passe sa retraite forcée dans sa résidence de Nkandla au KwaZulu-Natal, une immense propriété rénovée aux frais du contribuable. Un scandale qui lui a valu d'être contraint, au final, de reverser à l'Etat, l'équivalent de 480.000 euros.

Le mois dernier, sa nouvelle compagne, de 52 ans sa cadette, a donné naissance à un enfant. Elle devrait, prochainement, selon la presse, convoler en justes noces avec l'ancien président, âgé de 76 ans et qui a, déjà, quatre épouses, et, au moins, cinq maîtresses officielles, sans parler des femmes avec qui il a eu des enfants.

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