ARABIE SAOUDITE/FORCE DU G5 SAHEL : Les raisons de la (nouvelle) générosité de Ryad

L'Arabie saoudite n'est pas un pays philanthrope. Loin de là. Elle a un double intérêt à aider, financièrement, la Force conjointe du G5 Sahel : le nouveau régime a le souci de contrecarrer les accusations de financement du terrorisme, qui lui colle à la peau (avec raison) comme du chewing-gum, tout en consolidant son influence au Sahel, une région dans laquelle il investit depuis de longues années, mais où il commençait à être, sérieusement, devancé par son éternel rival, le Qatar. Le futur jeune roi, Mohammed ben Salmane (MBS), ne veut pas laisser le champ libre au jeune émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, son rival, dans les pays comme le Mali où le père de ce dernier aimait venir chasser des oiseaux rares.

Mercredi, 13 décembre, Ryad a confirmé qu'il allait verser 100 millions de dollars au profit de la nouvelle force anti-djihadiste composée de soldats de cinq pays de la région (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger, Mauritanie), lors d'un sommet organisé par le président français, Emmanuel Macron.

Pour l'heure, cette contribution fait de l'Arabie saoudite le premier bailleur de fonds de la force du G5 Sahel, dont les besoins ont été évalués à 450 millions d'euros.
Les Emirats arabes unis, soucieux comme Ryad de démontrer leur engagement sur le front antiterroriste, ont, également, annoncé un financement de 30 millions de dollars à cette force.

La contribution saoudienne répond à "notre engagement à combattre le terrorisme et l'extrémisme", a justifié le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir.
"Cette participation est très importante. Les Saoudiens sont toujours soupçonnés de financer le terrorisme. On leur dit : +Entrez dans un cadre de coopération multilatérale et le soupçon sera levé", explique-t-on de source française proche du dossier. Qu'en est-il du Qatar, autre bras financier du djihadisme ?

L'Arabie saoudite est, depuis longtemps, accusée d'exporter, tous azimuts, une doctrine sunnite radicale, le wahhabisme, via des écoles coraniques, des mosquées, des fondations... Mais le prince héritier, MBS, nouvel homme fort du pays, cherche à faire reculer l'influence des religieux ultraconservateurs dans le royaume, plusieurs fois, touché par des attaques attribuées à des extrémistes.

"MBS", qui se présente comme le champion d'un "islam modéré, tolérant et ouvert sur les autres religions", vient, par ailleurs, de lancer, à Ryad, une coalition militaire de 40 pays musulmans en jurant d'"effacer l'extrémisme de la surface de la terre". Son pays est, déjà, membre de la coalition anti-djihadiste conduite par les Etats-Unis en Irak et en Syrie.

"L'Arabie saoudite a intérêt à combattre les mouvements djihadistes et que cela se voie" et "la ligne tenue par MBS n'est pas entièrement nouvelle", explique Jane Kinninmont, spécialiste du Moyen-Orient au sein du groupe de réflexion britannique Chatham House. "Les dirigeants saoudiens sont conscients depuis longtemps des risques posés par les mouvements islamistes violents transnationaux, en particulier, depuis qu'Al Qaïda a commencé à attaquer l'Arabie saoudite en 2003".

Pour l'experte, "l'effort fait en faveur du Sahel peut également refléter un désir de coopérer plus avec les Etats-Unis et la France", pays le plus mobilisé dans la quête de financements pour la force conjointe. "Avec le Brexit, la France pourrait bien devenir le nouveau meilleur ami européen des pays du Golfe".

Ryad, enfin, est, déjà, engagé, de longue date, au Sahel, rappelle Florent Géel, directeur Afrique de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).
"L'Arabie saoudite, comme le Qatar, investit beaucoup au Sahel depuis 10-15 ans, dans des mosquées, des projets sociaux... dans une logique d'expansionnisme wahhabite pour contrer le soufisme", un courant mystique de l'islam répandu dans l'Afrique sahélienne.

"Ils financent une forme de radicalisation de la société", commente-t-il, en voyant, lui aussi, dans les 100 millions de dollars de contribution à la Force du G5 Sahel, "une contre-attaque face aux accusations de financement de terrorisme".

"Au Burkina, les Saoudiens sont engagés depuis de nombreuses années via des associations, des dispensaires, des écoles coraniques, au point de se substituer aux politiques publiques", explique Nicolas Desgrais, doctorant à la University of Kent, spécialisé dans la coopération militaire au Sahel.

Avec AFP

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