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CONGO-BRAZZAVILLE : Modeste Boukadia invite les Congolais à préparer l'après Sassou-Nguesso (très vite)

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jeu 15/07/2021 - 15:17
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Président du CDRC (Cercle des démocrates et républicains du Congo), Modeste Boukadia dont les sorties dans la presse sont rares sauf quand il a quelque chose de très important à dire, invite les Congolais à préparer, dès maintenant, l'après Sassou-Nguesso. Toutes les vérités n'étant pas bonnes à mettre sur la place publique, l'opposition aurait grand intérêt à se rapprocher de lui pour conjuguer les forces afin de faire face efficacement aux échéances futures qui attendent le Congo-Brazzaville. Le dictateur avait failli tuer Modeste Boukadia en 2016 et 2017 dans une prison de Pointe-Noire s'il n'avait pas bénéficié d'une équipe d'activistes particulièrement dynamique dont sa propre épouse d'origine française. Sassou sait, donc, qui est Modeste Boukadia et de quel bois il se chauffe.  Afrique Education a pris langue avec lui afin qu'il précise sa vision sur le Congo au moment où le pays entre dans une zone de forte turbulence dont on ignore quand il en sortira.

Afrique Education : Dans un communiqué publié le 13 juillet, vous dites que le président Denis Sassou-Nguesso est très malade au point de bénéficier de l'assistance de trois médecins cubains pour son assistance respiratoire. D'où tirez-vous cette information qui risque de faire bondir Sassou de son siège et que pouvez-vous nous dire sur la santé du président congolais de manière générale ?

    Modeste Boukadia : Celui qui a l’information en premier influe sur l’histoire et permet d’anticiper sur les évènements. Un homme public, un homme d’Etat, devrait pouvoir être au courant afin de mieux protéger son pays et son peuple tout en étant à l’écoute des partenaires. Cette anticipation permet d’éviter des drames inutiles. Je sais que les hommes politiques n’aiment pas parler de leur état de santé, mais, il y a, aussi, la transparence qui doit exister entre celui qui est à la tête d’un pays et son peuple pour ne pas le laisser dans l’ignorance, pour qu’il ne soit pas surpris le moment venu. Il faut, donc, préparer le peuple afin que celui-ci soit prêt à tout moment de prendre son destin en mains.

    Aujourd’hui, ce n’est pas tant la santé de Denis Sassou Nguesso qui nous préoccupe. C’est ce que le peuple doit devoir faire de l’après-Sassou Nguesso. Car, connaître le présent permet de prévoir le futur. Le futur, c’est préserver les vies humaines car il est temps que le Congo tourne la page des intrigues et mette en place des successions pacifiques dans la concorde nationale.

    Afrique Education : Justement, vous interpellez le PCT pour que le président Sassou puisse s'exprimer devant le peuple congolais avant qu'il ne meure. Est-il déjà dans une situation de vie ou de mort pour dire que le temps presse ?

      Modeste Boukadia : Je constate, comme tout le monde, que M. Sassou Nguesso se fait de plus en plus rare au niveau des conseils de ses ministres, alors qu’il en est le patron. Quand un chef d’entreprise est trop absent aux conseils d’administration de sa société, il y a de quoi s’interroger sur ce qui se passe. Aujourd’hui, en effet, Denis Sassou Nguesso est dans une situation qui nous interpelle, car il faut éviter un vide ou tout au moins, nous devons anticiper pour ne pas avoir le remake de la situation de la Côte-d’Ivoire au moment de la mort du président Félix Houphouët-Boigny où l’on avait gardé secret son décès durant plusieurs mois, le temps de lui trouver un successeur. Ce qui a provoqué d’énormes conséquences que d’aucuns ne peuvent oublier avec l’assassinat de Robert Guéï et ce qui en est suivi.

      Afrique Education : Le PCT n'est-il pas dans une situation de confiscation du pouvoir si jamais son président rendait l'âme ?

      Modeste Boukadia : Je ne pense pas que le PCT doit se mettre dans cette disposition pour la stabilité du Congo et notamment avec tous les désordres dus à la mauvaise gouvernance que ce parti a imposé au pays. Le Congo est actuellement dans une situation explosive à cause de la dette sociale, avec les pensions de retraites qui ne sont plus versées aux retraités pendant des mois, voire, des années, des retards de salaires dans tous les secteurs là où il y a encore un semblant d’activité économique et notamment chez les fonctionnaires.

      Bien au contraire, le PCT devrait saisir cette occasion pour apaiser le pays en évitant des tensions inutiles. Comme au moment de la chute du Mur de Berlin avec la perestroïka et la glasnost insufflées par le président, Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, le PCT aurait dû saisir cette opportunité pour se transformer en parti véritablement démocratique comme l’ont fait tous les partis des pays issus du Pacte de Varsovie ; ce qui aurait évité au Congo le gâchis de l’après Conférence Nationale Souveraine de 1991. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Il n’est pas trop tard pour éviter d’autres drames inutiles. J’attends que Denis Sassou Nguesso dise au peuple congolais de se retrouver et de travailler avec un esprit de concorde nationale. C’est ce que je m’évertue à mettre en place lorsque je dis : « Allons à l’Union Nationale sans chasse aux sorcières ! » Le PCT devrait faire preuve d’intelligence pour éviter d’autres tragédies au pays.

      Afrique Education : Vous semblez nourrir beaucoup de griefs à l'endroit de la Chine. Que reprochez-vous à ce pays qui ne fait que son travail à savoir bien se positionner dans un pays comme le Congo au demeurant riche en matières premières qui l'intéressent ?

      Une des rares interviews de Modeste Boukadia dans la presse.L'une des rares interviews de Modeste Boukadia dans la presse.

        Modeste Boukadia : Non, je ne nourris aucun grief à l’endroit de la Chine. Je dis tout simplement que ce grand pays ne doit pas faire l’amalgame entre le Congo et Denis Sassou Nguesso et son clan par rapport à la dette qu’ils ont contractée auprès d’elle. Je comprends que la Chine puisse avoir des convoitises sur les matières premières qui regorgent le sous-sol congolais. Il n’est pas normal que la Chine, pour se faire payer, prenne en otage le Congo. Si la question de la dette chinoise est cruciale, tant pour la Chine que pour le Congo, toutes les négociations que le gouvernement de Denis Sassou Nguesso engage avec le FMI achoppent sur cette question de la dette chinoise. C’est avec le futur Etat congolais que la Chine doit devoir discuter de partenaire à partenaire sur cette question. Nous voulons rétablir les choses avec nos partenaires historiques même si le régime de M. Sassou Nguesso a tendance à les éjecter ces derniers temps du Congo. Nous voulons et nous ferons de telle sorte que les choses évoluent afin que le sentiment anti-français se dissipe dans les esprits.

        Afrique Education : L'arrivée possible de Denis Christel Sassou-Nguesso au pouvoir vous inquiète. L'opposition a-t-elle les moyens de l'en empêcher ?

          Modeste Boukadia : Pourquoi voulez-vous que cela m’inquiète ? Je sais que la Cour Constitutionnelle est capable de violer la Constitution de 2015 qu’elle est censée protéger, mais, il est clair que le peuple congolais sera vigilant sur l’application de l’article 66 qui stipule clairement : « Nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la République s’il n’est de nationalité congolaise d’origine (République du Congo) et s’il n’est de bonne moralité. » De là, il ressort que Denis Christel Sassou-Nguesso n’est pas Congolais d’origine et sa moralité est fortement douteuse et peu recommandable quand on voit les nombreuses procédures judiciaires à son encontre dans de nombreux pays partenaires, notamment, en Angleterre, en Espagne, au Portugal, aux Etats-Unis et même en France. Au Congo, il y a beaucoup de talents et d’éminents politiques qui ont la tête de l’emploi pour rassurer les partenaires et les Congolais dans la renaissance du Congo. Il nous faut un acteur majeur qui soit en mesure de mobiliser les Congolais et de drainer les investisseurs tant intérieurs qu’extérieurs pour mettre en place un véritable cahier de charges pour la reconstruction du pays. Quand on a coulé une entreprise telle que la SNPC, la Société des pétroles du Congo, jusqu’à la saisie des actifs de cette société, il est illusoire de se projeter à la tête du Congo. C’est insulter le génie congolais.

          Afrique Education : Un avion contenant plus de 500 millions de dollars qui se rendait au Congo-Brazzaville a été saisi en Europe. Donnez-vous du crédit à cette information et si oui avez-vous des indications sur cette opération qui intéresse les Congolais ?

            Modeste Boukadia : Vous savez, si vous avez l’habitude de vous baigner dans une rivière en toute tranquillité, c’est que vous connaissez parfaitement le lieu et que vous pouvez faire confiance au cours d’eau. Mais si, subitement, vous vous faites attraper une jambe par un caïman, il n’y a aucun doute qu’il y a eu conciliabule entre le caïman et l’eau !

            Afrique Education : Les Congolais de l'opposition avancent que le clan au pouvoir détient beaucoup d'argent hors du pays. Comment faire rapatrier ces fonds si l'opposition arrivait au pouvoir ?

              Modeste Boukadia : Vous savez qu’aujourd’hui en termes de circulation monétaire, tout se sait. On sait qui fait quoi avec les devises et qui les met où, etc. Le monde financier et les pays modernes ont les outils nécessaires pour que ces fonds, le moment venu, soient saisis et rapatriés. Les banques veulent avoir une tranquillité et surtout une transparence pour ne pas faire peur aux clients si jamais il y avait un scandale d’argent mal acquis dans leurs comptes. Au niveau du CDRC, nous avons déjà contacté des Cabinets experts en ce domaine et qui travaillent déjà. Mais, tout sera avec la négociation des Etats amis et les organisations de lutte contre la criminalité pour que ces biens soient restitués au Congo, à la Fondation du Congo qu’il faudra bien mettre en place.

              Afrique Education : Le dossier Guy Brice Parfait Kolelas visiblement s'enlise en France. Avez-vous des nouvelles sur les circonstances de sa mort et les raisons du grand retard que connaît la contre-expertise que tout le monde attend ?

                Modeste Boukadia : C’est une tragédie de plus et de taille pour le Congo. Vous savez, quel que soit le pays, nous n’avons jamais entendu qu’il y a des autopsies pour les malades morts de la Covid-19. De plus, ils sont enterrés très rapidement. Ce qui est certain et irréfutable, c’est que Denis Sassou Nguesso a reconnu devant une vingtaine de chefs d’Etat, le 16 avril, je cite « Guy Brice Parfait Kolelas avait été emporté par un ennemi invisible dans la dernière ligne droite. » Je souligne qu’à cette époque, la Covid-19 n’était plus un ennemi invisible. Donc, il sait de quoi il parlait.

                Des dernières nouvelles, le corps de M. Kolelas est toujours à l'Institut médico-légal (IML) du Quai de la Rappée à Paris pour cette contre-expertise demandée par la famille après le dépôt d’une plainte auprès du procureur de la République. A partir de ce moment-là, il est difficile de dire quoi que ce soit tant que le procureur de la République n’a pas donné suite à la plainte.

                Afrique Education : André Okombi Salissa et Jean Marie Michel Mokoko sont en prison à Brazzaville depuis 6 ans. N'est-ce pas une honte de l'opposition qui n'a pas réellement bougé le moindre petit doigt pour les sortir de leur trou ?

                Le prisonnier de Sassou (Modeste Boukadia) sur un lit d'hôpital à Pointe Noire après une séance de torture.Le prisonnier de Sassou (Modeste Boukadia) sur un lit d'hôpital à Pointe Noire en décembre 2016 après une séance de torture particulièrement éprouvante.

                  Modeste Boukadia : Vous savez, c’est très difficile cette situation de privation de liberté citoyenne. J’en sais quelque-chose puisque j’y ai passé 575 jours de détention arbitraire avec de multiples tortures indescriptibles pour avoir demandé un gouvernement d’union nationale. Donc, je comprends les souffrances terribles qu’ils endurent. Il est vrai que chacun travaille de son côté alors que c’est là que l’union des forces politiques de l’opposition pourrait se faire afin que nos compatriotes puissent recouvrer leur liberté. Quels que soient ce qu’ils ont fait, ils ne sont pas en prison pour ces faits mais pour avoir été candidats à une élection présidentielle truquée. A partir de ce moment-là, toutes les divergences politiques et idéologiques doivent se taire pour laisser place à la convergence du combat démocratique. C’est ce que je fais depuis toujours en tendant la main afin que le rapport de forces soit du côté de l’opposition pour infléchir le PCT, et surtout, Denis Sassou Nguesso qui estime que la loi de sa tradition prime sur l’Etat.

                  La situation actuelle est favorable puisque à l’heure où M. Sassou Nguesso est devant son destin et qu’il doit parler, il est plus que jamais nécessaire que le pays aille vers l’apaisement et l’union nationale. Le premier acte de l’apaisement est la libération de tous les prisonniers politiques, du général, Jean Marie Michel Mokoko, à M. André Okombi Salissa, tous les journalistes et activistes, ainsi que, les militaires partisans du colonel, Marcel Tsourou, et sans oublier l’oncle de ce dernier.

                  Afrique Education : Que doivent retenir ceux qui vont lire votre interview ?

                    Modeste Boukadia : Ecoutez, je pense qu’il est temps que le Congo regarde devant et se choisisse son destin librement en accord avec la transparence démocratique. Je propose que le Congo prenne son destin en main. Le Congo est à reconstruire de fond en comble. Nous avons besoin des uns des autres à l’unisson. Le Nous signifie tous les Congolais de l’intérieur comme de l’extérieur, à savoir, toutes les diasporas. Je souhaite ramener au Congo l’ensemble des diasporas au pays et en les mettant dans des conditions acceptables similaires à celles des pays de leur exil afin qu’elles mettent leur savoir-faire acquis dans les pays d’accueil d’exil au service de la reconstruction nationale en participant activement à la vie économique du pays.

                    Le Congo a besoin de cette formidable énergie et de l’unité de tout le peuple autour d’un projet commun (des hôpitaux et dispensaires, des écoles aux formations professionnelles et universités, l’électricité et l’eau courante dans chaque domicile, la reconstitution des carrières tant civile que militaire, prendre en charge les femmes victimes de viols, réinsérer tous les anciens miliciens, mambas, cocoyes, requins, aubevillois, ninjas, cobras, nsiloulous, etc.), autour d’un programme de gouvernement commun de transition nommé “CONTRAT AVEC LE CONGO ou CONGO YA BA CONGOLAIS NIONSO” pour que les enfants du Congo puissent rire à nouveau et que le parfum de liberté flotte à jamais sur l’ensemble du territoire congolais.

                    Propos recueillis par

                    afriqueeducation.com

                     

                     

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