BURUNDI : La terreur avant le très contesté référendum du 17 mai

Bien qu'il ait réussi à museler tous les partis politiques du Burundi, la société civile et les médias indépendants, le président, Pierre Nkurunziza, n'est pas rassuré d'obtenir le jackpot, lors du référendum du 17 mai. Un scrutin pour le moins très contesté qui devrait lui ouvrir la porte d'une présidence à vie à la tête du Burundi. Pourtant, les partisans du Non ont été empêchés de faire campagne. Leur vie ayant été mise sur la balance, beaucoup ont dû renoncer à faire des meetings. Dans tous les cas, le climat politique dans le pays est électrique. Et personne ne sait, à commencer par Nkurunziza lui-même, de quoi le Burundi sera fait, après ce référendum très contesté.

Un groupe armé a tué 26 personnes dans le Nord-Ouest du Burundi, a annoncé, samedi, 12 mai, le ministre de la Sécurité, Alain Guillaume Bunyoni, dénonçant une "attaque terroriste" à quelques jours du référendum constitutionnel qui devrait permettre au président, Pierre Nkurunziza, de rester au pouvoir, au moins, jusqu'en 2034.

"Les terroristes venus et repliés en RDC (République démocratique du Congo) ont fusillé et brûlé : 26 morts + 7 blessés", a-t-il affirmé.

Cette attaque est survenue alors que le climat est de plus en plus tendu dans le pays à l'approche du référendum constitutionnel contesté prévu le 17 mai qui devrait permettre au président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, de briguer deux mandats de sept ans à partir de 2020.

Le gouvernement a déployé, ces dernières semaines, des soldats dans les zones frontalières après avoir accusé des groupes de l'opposition en exil de chercher à perturber la consultation.

Pendant des heures, à partir d'environ 22H00 (20H00 GMT) vendredi, un village de la province de Cibitoke, frontalière de la RDCongo et du Rwanda, a été le théâtre d'un déchaînement de violences, ont raconté des témoins.

Un groupe d'hommes armés de fusils et d'armes blanches a tué des dizaines de personnes et incendié des édifices, ont-ils dit.

"Ces criminels sont allés de maison à maison et ont commis un véritable carnage, certaines des victimes ont été égorgées, d'autres achevées au fusil, (...), il y a même toute une famille qui a été brûlée vive dans sa maison", a expliqué un responsable local.

On ignore, pour l'instant, les raisons de cette attaque et l'identité des assaillants, qui ont, selon des habitants, gagné la RDC après l'attaque.

"Pour l’instant, ces criminels ne sont pas encore identifiés, mais une enquête est en cours pour déterminer leur identité", déclare-t-on au niveau de la police.

Rappelons que l'annonce, en avril 2015, de la candidature controversée de Pierre Nkurunziza, âgé de 54 ans, à un troisième mandat a plongé le Burundi dans une crise politique, qui a fait, au moins, 1.200 morts et plus de 400.000 réfugiés, et sur laquelle la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête. Nkurunziza disait qu'il avait un dernier mandat à effectuer selon sa propre lecture des Accords d'Arusha. Sauf que deux ans avec la fin de celui-ci, il s'organise plutôt pour mourir au pouvoir.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) avait dénoncé, en avril, une répression accrue dans le pays à l'approche du référendum. Dans un communiqué accompagnant la publication d'un rapport, elle avait accusé les forces gouvernementales et les membres du parti au pouvoir d'avoir "tué, passé à tabac et intimidé des citoyens perçus comme des opposants" afin d'assurer la victoire du président Nkurunziza au référendum.

Le référendum se déroulera dans des conditions, étroitement, contrôlées. Un décret présidentiel prévoit une peine d'"un à trois ans de prison" pour quiconque tentera de convaincre les électeurs de "s'abstenir de voter".

Début mai, l'autorité des médias avait annoncé la suspension pour six mois des radios britannique BBC et américaine VOA pour "manquements à la loi régissant la presse". La radio française RFI a reçu "une mise en garde" pour "un traitement jugé tendancieux et mensonger" d'informations sur le Burundi, à deux reprises. Nkurunziza veut organiser une fraude à huis clos. De quoi a-t-il peur ? Que redoute-t-il en menaçant, aussi grossièrement, les médias occidentaux ?

L'opposition en exil, regroupée au sein de la coalition Cnared, a appelé la population à "boycotter" le référendum qui va, selon elle, signer "l'arrêt de mort" de l'Accord de paix d'Arusha de 2000.

Cet accord, qui structure la vie politique au Burundi depuis sa signature, avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile (1993-2006) ayant fait plus de 300.000 morts. En vertu de ce texte, aucun président ne peut diriger le Burundi pendant plus de dix ans. Nkurunziza en est à sa 13e année. Et pour le financement de la présidentielle de 2020 à laquelle il est candidat, il a, d'ores et déjà, entrepris une quête nationale forcée de tous les Burundais valides. Objectif : récolter des fonds qui mettront son pays à l'abri du besoin pour financer cette élection présidentielle.

Le projet de révision constitutionnelle a été critiqué par la communauté internationale, notamment, l'Union africaine. Mais, Nkurunziza n'en a cure. C'est comme s'il avait les yeux fermés, les oreilles fermées et le nez bouché. Totalement indifférent et insensible à ce qui se dit et à ce qui lui est demandé. Ses proches affirment qu'il dit être envoyé en mission au Burundi par Dieu le Tout Puissant. A partir du moment où cette question devient métaphysique, que peut-on encore attendre de ce président illuminé qui se dit, lui-même, pasteur, tout comme sa propre femme, elle aussi, pasteure de son état ?

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