CAMEROUN : Le président de la virtuelle République de l'Ambazonie condamné à la prison à vie

C'est un sujet qui va nourrir les débats dans les chaumières pendant de longues semaines : le leader des séparatistes anglophones au Cameroun, Sisiku Ayuk Tabe, et neuf de ses partisans, ont été condamnés, ce mardi, 20 août, à 5h38 du matin, au terme d'un procès marathon de plus de seize heures, à la prison à vie, par le tribunal militaire de Yaoundé. Les condamnés auront à payer la somme de plus de 250 milliards de F CFA, soit plus de 380 millions d'euros, de dommages à l'Etat du Cameroun, et plus de 13 milliards de F CFA d'intérêts. Présidé par le juge, Jacques Misse Njone, le tribunal les reconnaît coupables de dix chefs d’accusation : « apologie des actes de terrorisme, sécession, complicité d’actes de terrorisme, financement des actes de terrorisme, révolution, insurrection, hostilité contre la patrie, propagation de fausses nouvelles, atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat, défaut de carte nationale d’identité ». Les condamnés vont, certainement, faire appel, selon leurs avocats.

Sisiku Ayuk Tabe est le président autoproclamé de l'Ambazonie, l'Etat que les séparatistes veulent créer dans les deux régions anglophones, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Depuis 2017, date à laquelle ce conflit est devenu armé, on a compté, au bas mot, 2.000 morts et plus de 500.000 déplacés.

Ingénieur informaticien de 54 ans, Sisuku Ayuk Tabe (sur notre photo avec sa femme Lilian Ayuk Tabe) avait été interpellé avec 46 autres indépendantistes, à Abuja, au Nigeria, début janvier 2018, par les services de renseignement nigérians. Ils avaient, ensuite, été transférés à Yaoundé.

Fin mai, le leader séparatiste s'est dit disposé à participer à des pourparlers avec le gouvernement, mais uniquement, à l'étranger et posant comme préalable sa libération, ainsi que, celle de toutes les personnes détenues dans le cadre de la crise anglophone. Ses avocats ont récusé le tribunal militaire, mais cela n'a pas empêché le déroulement du procès.

Ce jugement survient au moment où le pays est dans l'attente d'un dialogue politique en vue de la résolution de cette crise. Sa médiation a été confiée à la Suisse (pays neutre par excellence) qui s'active à définir des critères devant permettre la mise autour d'une même table des deux parties en conflit. Ce jugement survient, aussi, à un moment où le gouvernement essaie d'organiser la rentrée scolaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Ces deux dernières années scolaires, à cause des troubles qui s'y déroulent, l'école n'y a pas eu lieu.

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