CENTRAFRIQUE : Fin de la trêve à Bangui avec 7 morts enregistrés en 24 heures

Quatre personnes sont mortes et une vingtaine blessées, samedi, 11 novembre, soir, dans une attaque à la grenade dans un café de Bangui, un incident suivi par des représailles qui ont fait trois autres morts. Ce sont les premières violences significatives dans la capitale centrafricaine depuis début 2017. La trêve semble finie à Bangui où les milices (re)prennent position pour exercer leur violence comme dans le reste du pays dont 80% du territoire est sous leur contrôle.

L'attaque par des hommes non identifiés contre ce café où jouait un célèbre chanteur local, s'est produite au PK5, un quartier qui a longtemps été l'épicentre des violences communautaires qui ont secoué Bangui ces dernières années.

Le café visé, "Au carrefour de la paix", se situe à la limite des 3ème et 5ème arrondissements, dans le quartier musulman, poumon commercial de la ville.

Selon le ministre de la Sécurité publique, Henri Wanzet, qui s'est exprimé, dimanche, 12 novembre, à la radio d'Etat, quatre personnes ont été tuées et une vingtaine blessées. Une enquête officielle a été ouverte.
"Deux individus sur une moto ont lancé samedi soir une grenade dans le café" où se produisait le chanteur centrafricain Ozaguin, selon le responsable de la communication de la mission de paix de l'ONU en RCA (Minusca), Hervé Verhoosel.

Des membres du groupe du chanteur ont été blessés et emmenés à l'hôpital communautaire de Bangui, selon la même source. A ce même hôpital, un médecin a fait état de 21 blessés reçus aux urgences.
Selon une responsable locale de Médecins sans frontières (MSF), sept autres blessés ont été évacués sur un autre centre de santé, dans le quartier Sica.

Dimanche matin, la situation était très tendue aux alentours du PK5, où les corps de trois jeunes hommes ont été amenés à la morgue de la mosquée locale.
Deux des victimes ont été égorgées, et une autre battue à mort. "Ce sont deux taxis-moto et un jeune qui se promenait dans le quartier", a expliqué sur place un notable du quartier qui a requis l'anonymat. Tous les trois auraient été tués dans la nuit en représailles de l’attaque.

Le quartier majoritairement musulman du PK5, à Bangui, a été, longtemps, l'un des épicentres de la grave crise politico-militaire qui secoue le Centrafrique depuis le renversement en 2013 du président, François Bozizé, par l'ex-rébellion à dominante musulmane de la Séléka, et une contre-offensive des milices antibalaka pro-chrétiennes.

Les interventions armées de la France (2013-2016) et de l'ONU (environ 12.500 hommes) ont depuis lors réduit, considérablement, les violences, en particulier, à Bangui. Mais celles-ci ont repris en intensité en province depuis le départ de la force française Sangaris.

Des groupes armés et des milices s'affrontent, désormais, pour le contrôle des ressources du pays..
Dans une courte vidéo publiée sur facebook, l'artiste Ozaguin (notre photo), chanteur très en vue dans son pays où il est surnommé le roi de la rumba centrafricaine, a confirmé que six de ces musiciens avaient été blessés dans l'attaque à la grenade.

Il s'est dit étonné de ne pas avoir été lui-même blessé par des éclats de grenade et a remercié Dieu et ses fans pour leur soutien.
"Ozaguin était venu se produire ici pour faire en sorte que tous les Centrafricains, musulmans et chrétiens, se retrouvent ici dans la cohésion sociale", a expliqué le propriétaire du café visé, Issiakou Guymba.

"Un groupe de gens non-identifiés est venu sur une moto-taxi, ils ont jeté une ou des grenades au milieu de la foule", a-t-il raconté. "Cela nous fait perdre l'espoir, quand des gens viennent semer comme ça la panique dans la population".

Le Centrafrique est loin de sortir de ses vieux démons qui font que le pays reste infréquentable.

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