CENTRAFRIQUE : Poursuite très inquiétante de la dégradation de la situation générale du pays

Le Centrafrique démarre très mal l'année 2018. La situation du pays se dégrade à vue d'oeil. Rien que ces derniers jours marquant la fin de l'année 2017, des "centaines" de personnes ont fui les affrontements entre groupes armés qui ont lieu depuis, mercredi, 27 décembre, soir, autour de la ville de Paoua, dans le Nord-Ouest du Centrafrique. Au niveau de la direction de l'Etat, le message du nouvel an diffusé par le président, Faustin-Archange Touadéra, est, plutôt, optimiste et tranche avec le vécu des populations. De deux choses l'une : ou il applique la célèbre Méthode Coué, soit, il est, déjà, coupé des vraies réalités de son pays. Pays profond dont il n'a plus, toujours, l'accès, 14 départements sur 16 étant repassés sous la coupe directe des différentes milices et groupes armés.

"Il y a des affrontements sur presque tous les axes autour de Paoua. Nous avons vu des centaines de personnes fuir leurs villages pour se réfugier à Paoua", a déclaré, par téléphone, Jean Hospital, coordinateur projets de MSF (Médecins sans frontières) à Paoua.

Ces affrontements opposent, depuis mercredi, 27 décembre, soir, le groupe armé, Mouvement national pour la libération du Centrafrique (MNLC) créé en octobre par le "général" autoproclamé, Ahamat Bahar, au groupe armé Révolution et Justice (RJ). L'autorité de l'Etat y étant absente, la Minusca étant aux abonnés absents, les Centrafricains sont livrés à eux-mêmes.

Pourtant, les affrontements dans cette zone ont, violemment, repris, fin novembre, après qu'un chef de RJ, Clément Bélanga, accusé de nombreuses exactions contre la population, a été tué par des membres du MNLC, selon des sources concordantes.

Depuis mercredi et le début des combats autour de Paoua, MSF indique avoir admis huit blessés à l'hôpital de la ville, dont certains dans un état critique. "On a reçu des civils qui ont été directement visés par des tirs d’armes à feu ou ont été attaqués à la machette. D’autres sont des victimes collatérales des affrontements", a affirmé M. Hospital.

"Les RJ ont dit à la population de s'enfuir pour laisser la voie ouverte au cas où ils attaqueraient", a, de son côté, raconté Roy-Rodrigue Doutoumbaye, pasteur de la ville de Bétoko, proche de Paoua.
"Ils voulaient vraiment me tuer, mais comme j'avais 110.000 francs (environ 190 euros) sur moi, ils ont pris l'argent et m'ont laissé en vie" a, pour sa part, raconté Jope, un habitant de Bétoko de 52 ans atteint de tuberculose et blessé par balle à la tête, admis à l'hôpital de Paoua.

"Si nous restons seules en ville nous risquons de nous faire violer. Nos maris sont partis au champ pour s'occuper des récoltes", a expliqué Marie-Angèle Dembaye, sur la route entre Betoko et Paoua. "Des hommes armés commençaient à tourner en ville pour chercher des femmes", selon elle.

"La situation va être rapidement très compliquée, car ces personnes n’ont pas toutes de famille pour les accueillir à Paoua", s'inquiétait, dimanche, 31 décembre, Jean Hospital de MSF.
Selon les derniers bilans du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) et de la Croix rouge (CICR), il y avait, mi-décembre, entre 15.000 et 17.000 personnes déplacées à Paoua.

Bref, le Centrafrique commence l'année 2018 dans la violence alors qu'on pensait que ses dirigeants allaient se servir de leurs multiples erreurs de 2016 et de 2017, pour, sérieusement, relancer la machine administrative et économique du pays. Malheureusement, il n'en est rien.

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