COREE DU NORD/ETATS-UNIS : La stratégie gagnante du leader « bien aimé » Kim Jung-un

Le président américain a accepté, jeudi, 8 mars, l’invitation du leader « bien aimé » nord-coréen, Kim Jong-un, pour un sommet historique au mois de mai, dans un lieu à déterminer de commun accord. Kim Jong-un déroule son agenda comme il l'a prévu. Le très fantasque, Donald Trump, voit son hyper-puissance malmenée par le très intelligent « petit gros ». Ce dernier a développé l'arme nucléaire qui est, maintenant, capable de frapper les villes américaines. Malgré les aboiements de Trump. Sanction pas sanction, le leader « bien aimé » a déroulé tout son programme comme si de rien n'était, et a exigé de rencontrer Donald Trump en bilatéral, ce qui est en train de se faire, Donald Trump s'étant précipité d'accepter la proposition de le rencontrer en tête à tête. Après le gel (pas le démantèlement) de son arsenal nucléaire, Kim Jung-un va exiger et recevoir les garanties ayant trait à la survie et à l'inviolabilité de son régime et des moyens accrus venant à la fois des Etats-Unis, de la Corée du Sud et du Japon, pour moderniser son économie et s'occuper, réellement, du niveau de vie des Nord-Coréens en lieu et place des missiles balistiques. C'est comme s'il avait gagné au loto.

Une délégation sud-coréenne est arrivée, le 8 mars, au matin, à Washington, pour rendre compte à l’administration Trump de sa rencontre, en début de semaine, à Pyongyang, avec le leader nord-coréen, Kim Jong-un et sa sœur Kim Yo-chong. Cette dernière qui avait représenté son frère, Kim, aux Jeux olympiques d'hiver, joue un rôle de plus en plus important dans la diplomatie nord-coréenne. À l’issue de cette rencontre, déjà, historique, à Pyongyang, les deux Corée ont annoncé un sommet inter-coréen pour la fin avril 2018. Miracle ? Que non ! Le leader « bien aimé » ne fait que dérouler son plan, préalablement, bien pensé.

En allant à Washington, le chef de la délégation, le conseiller national sud-coréen à la sécurité, Chung Eui-yong, était porteur d’un message pour le président Trump de la part de Kim Jong-un : une invitation à se rencontrer lors d’un sommet à une date et en un lieu encore à définir.

La balle était dans le camp américain. La réponse n’a pas tardé. Donald Trump a fait savoir, dès le 8 mars, à Washington, qu’il acceptait l’invitation. Une évolution de taille lorsqu’on sait qu’il qualifiait, il y a peu, son homologue nord-coréen « de petit homme fusée » ou de « petit gros », tandis que ce dernier traitait l’occupant de la Maison-Blanche de « malade mental gâteux ».

D’un tweet, Donald Trump a salué de « grands progrès » sur le dossier nord-coréen, insistant sur le fait que l’homme fort de Pyongyang avait bien parlé de « dénucléarisation » et pas seulement de « gel » des activités nucléaires. Toutefois, le président américain a bien précisé que « les sanctions doivent rester en place jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé ». Ce qui reste à voir... Pyongyang n'ayant pas, encore, dit son dernier mot. Et c'est la capitale nord-américaine qui aura le dernier mot dans cette affaire.

A l’origine de cette évolution diplomatique, il faut remonter au discours du Nouvel an de Kim Jong-un proposant au président, sud-coréen, Moon Jae-in, d’envoyer une délégation pour participer aux jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang, en février. Sachant très bien que Moon Jae-in est un farouche partisan du dialogue inter-coréen, Kim Jong-un a joué la carte de la fraternité coréenne et des Jeux olympiques pour déclencher un processus qui a fonctionné puisque Moon a, immédiatement, accepté de faire venir cette délégation, des sportifs, des supportrices…

La magie des jeux a opéré. Kim Jong-un a envoyé sa sœur cadette, Kim Yo-jong, 27 ans, la première personnalité de la dynastie Kim à se rendre au Sud depuis la guerre en 1953.

L’offensive de charme nord-coréenne fonctionne alors parfaitement. La sœur de Kim Jong-un invite, à cette occasion, le président Moon à se rendre en Corée du Nord. Le dialogue inter-coréen reprend, les échanges se multiplient, et Moon envoie dans la foulée des Jeux une délégation, en début de semaine dernière, à Pyongyang. Le dîner partagé avec Kim Jong-un et sa sœur se passe très bien, et les Sud-Coréens proposent que le dialogue entre Pyongyang et Washington s’engage après les concessions faites des deux côtés.

L’habileté diplomatique de Kim Jong-un joue à plein. Le relais pris par les Sud-Coréens à Washington a permis de faire passer les messages.

Ce que les observateurs percevaient, d’abord, comme un simple réchauffement entre les deux Corée s’est métamorphosé en rapprochement entre Pyongyang et Washington. Donald Trump pourra s’attribuer les lauriers de ce rapprochement grâce à sa politique de sanctions économiques, mais, les deux Corée sont les véritables initiatrices du processus auquel doivent bien sûr adhérer les Etats-Unis. Il faut, d'ailleurs, ajouter que ce rapprochement des deux Corée, pendant les Jeux olympiques, et après, a pris de court la diplomatie américaine qui a pris le train en marche.

Une nouvelle page s’ouvre aujourd’hui, néanmoins, entre la péninsule coréenne et les États-Unis. Elle pourrait à terme, en effet, déboucher sur ce que demande depuis des années la Corée du Nord : une reconnaissance diplomatique de la part de Washington et une possibilité de traiter d’égal à égal avec les États-Unis, la garantie de sa sécurité, enfin, la signature d’un Traité de paix – qui ne pourra se faire qu’avec l’ONU, puisque l’armistice a été signé entre l’ONU et la Corée du Nord en 1953.

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