COTE D'IVOIRE : 2018 commence dans un dur climat de défiance entre pouvoir et armée

A un peu plus de deux ans de son départ définitif du pouvoir, le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, reste confronté à une sérieuse défiance de son autorité par l'armée. On l'a vu cette première semaine de janvier, les militaires de la caserne de Bouaké attaquant une unité du CCDO (Unité mixte chargée de la sécurité) pour dénoncer à, leurs manières, les propos du chef de l'Etat à l'occasion de ses vœux de fin d'année, mais aussi, et surtout, ceux du ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, et du chef d'état major des armées, le général, Touré Sékou (que salue Alassane Ouattara sur notre photo), qui semblaient affirmer urbi et orbi que sur le plan de l'ordre et de la discipline au sein de la « Grande Muette » ivoirienne, 2017 avec sa série de mutineries et de sorties intempestives des forces de défense et de sécurité, ne ressemblerait pour rien au monde à 2018.

Bakayoko et Touré ont tiré des conclusions hâtives, leurs propos ayant, littéralement, jeté de l'huile sur le feu qui couvait sous la cendre. Maintenant, c'est clair que l'armée ivoirienne, est un sac de nœuds (difficiles à défaire) où le courant ne passe, nullement pas, entre les Pro-Ouattara et les Pro-Gbagbo, où les Pro-Sorro sont en guerre contre tous ceux qui veulent détruire la carrière politique de l'actuel président de l'Assemblée nationale, et qui se recrutent, essentiellement, dans les entourages politiques du premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, et de Hamed Bakayoko. Dur dur, donc, pour Ouattara qui a annoncé, le 31 décembre 2017, l'avènement d'une « armée républicaine » avant de quitter le pouvoir en octobre 2020. On en est très très loin.

Le jeudi 4 janvier, peu après la cérémonie de présentation des vœux au chef de l’Etat, Hamed Bakayoko tentait d'assurer qu’il n’y aurait plus jamais de mutinerie au sein de l’armée dont il a la charge depuis un an. De son côté, le général, Touré Sékou, présentait ses excuses à la nation pour le comportement indigne des hommes sous son commandement au cours de l’année 2017 marquée par des bruits de bottes. La réponse des militaires venant des casernes ne s'est pas fait attendre, Bouaké ayant été paralysée dans la nuit de jeudi, 4 décembre, à vendredi 5, par des tirs nourris qui étaient une réponse aux propos des deux hauts dignitaires de l'armée ivoirienne. Il s’est agi d’échanges de tirs entre une patrouille du CCDO et des militaires en faction devant la caserne du 3e bataillon. Le CCDO comme les Forces spéciales, est l'une des unités les plus choyées de l'armée. Une situation que dénonce, régulièrement, le reste de la troupe qui s'estime lésé et délaissé.

Ayant échoué à réconcilier les Ivoiriens (après avoir fait emprisonner son prédécesseur Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale), Alassane Ouattara est condamné à faire de la navigation à vue jusqu'à son départ du pouvoir : pas de cohésion au sein de l'armée, le pays resté divisé comme au lendemain de son arrivée au pouvoir de la façon qu'on sait, implosion de l'intérieur du RHDP qui lui avait assuré ses deux victoires lors des deux présidentielles de 2010 et 2015, etc. Bref, on peut comprendre que les Houphouétistes du PDCI, de l'UDPCI et du MFA qui soulignent l'ingratitude du chef de l'Etat, qui fait montre, en plein jour, d'un tribalisme exacerbé en n'en donnant qu'aux siens alors que ces derniers auraient été incapables, numériquement, de le faire élire président de la République. En effet, le RDR, le parti du chef de l'Etat, est, rigoureusement, minoritaire dans le pays.

Ouattara va faire construire le métro (tramway) dans Abidjan, il a, déjà, bâti un troisième pont et lancé des échangeurs pour décongestionner la circulation dans la métropole aux 5 millions d'âmes qu'est Abidjan ; il a su remuer la communauté financière internationale pour moderniser la Côte d'Ivoire. Malheureusement, il a oublié l'essentiel : réconcilier les Ivoiriens afin qu'ils recommencent à vivre comme entre frères et sœurs d'un même pays, celui du Sage Houphouët. Si le président Ouattara était un étudiant, tout professeur neutre et objectif lui donnerait la sous-moyenne pour avoir raté l'essentiel de son devoir d'Homme d'Etat. Cela dit, il lui reste, exactement, deux ans et dix mois pour changer de fusil d'épaule.

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