COTE D'IVOIRE : Une place au Conseil de sécurité, un prestige qui coûte très cher

Comme si un ressortissant ivoirien venait d'être élu secrétaire général des Nations-Unies ou directeur général d'un de ses multiples démembrements, le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, s'est laissé emporter par une joie immense dans un communiqué : "C'est avec fierté et satisfaction que j'accueille la brillante élection de notre pays en qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies, vingt-six ans après son dernier mandat au sein de cette importante Organisation mondiale". En effet, en 1964-1965 et 1990-1991, la Côte d'Ivoire avait, déjà, été membre non permanent du Conseil de sécurité. C'était sous Houphouët.

Pour gagner cette bataille, le président de la République avait envoyé, début mai, une forte délégation aux Nations-Unies pour y faire du lobbying. Conduite par son chef de la diplomatie, celle-ci a arpenté les couloirs de l'ONU pendant trois semaines et rencontré des représentants de plus de 180 pays. Entre des réceptions au caviar arrosées de champagne et des « cadeaux » grandeur nature de toutes sortes, Abidjan a su mettre les petits plats dans les grands. Qu'on ne s'étonne pas qu'à Bouaké où tous ces événements sont suivis (réseaux sociaux aidant) à l'instant i, les mutins et les démobilisés se soient dit : « Pourquoi pas nous » ?

"La Côte d'Ivoire remplira sa mission, dans le respect de nos valeurs de paix, de dialogue et de tolérance (...) mon pays partagera avec la communauté internationale, les leçons et l’expérience tirées de sa longue collaboration avec l’Opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI)", a ajouté le chef de l'Etat. Pour montrer le bon exemple, le pouvoir devra savoir faire des concessions bien juteuses aux 6.800 démobilisés et aux fonctionnaires qui réclament, exactement, 249 milliards de F CFA (389 millions d'euros). Ce n'est pas une petite somme quand le prix mondial du cacao a chuté de 40% provoquant le gel de plusieurs chantiers de l'émergence (lire le numéro 453 de juin d'Afrique Education en vente à Abidjan à partir du 8 du mois).

Après avoir fait merveille comme chef d'Etat d'un pays membre non permanent du Conseil de sécurité en 2018 et 2019, Alassane Ouattara escomptait quitter le pouvoir en beauté en 2020, une fois la Côte d'Ivoire déclarée « Pays émergent » (par ses bons soins). Malheureusement, tout ce plan est, totalement, contrarié pour ne pas dire faussé à cause des caisses vides de l'Etat. Raison pour laquelle il veut, massivement, ré-endetter la Côte d'Ivoire en lançant un eurobond avant la fin de l'année. Pour que cet eurobond (de la dernière chance) connaisse un succès dans la mobilisation des fonds, son premier ministre, Amadou Gon Coulibaly va sillonner la France, l'Allemagne, l'Angleterre et les Etats-Unis du 1er au 10 juin. A la tête d'une délégation d'une quarantaine de personnes, il a atterri le 1er juin à Paris, qui est le point de passage obligé de son périple. Selon certaines indiscrétions, un milliard de dollars de ce futur eurobond sera, uniquement, consacré au paiement des promesses faites aux anciens rebelles (mutins et démobilisés), aux fonctionnaires dont les arriérés constituent un élément de démobilisation et de contre-performance de l'administration et des services de l'Etat, et aux entreprises dont la dette publique plombe la lutte contre le chômage.

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