ETATS-UNIS : Donald Trump durcit son pouvoir en limogeant son chef de la diplomatie Rex Tillerson

On connaît la raison pour laquelle Rex Tillerson a écourté d'un jour sa visite au Nigeria : son limogeage à la tête de la diplomatie américaine. D'un tweet, le président américain, Donald Trump, a annoncé, mardi, 13 mars, son limogeage, et l'a, immédiatement, remplacé au poste de secrétaire d'Etat par l'actuel directeur de la CIA, Mike Pompeo. La Russie ironise sur l'instabilité du chef de la Maison Blanche où les limogeages au sein du cabinet présidentiel sont devenus légion.

Après des mois de rumeurs sur un départ mille fois donné comme imminent, le sort de l'ancien homme fort d'ExxonMobil, qui peinait à trouver sa place à Washington et entretenait des relations difficiles avec le locataire de la Maison Blanche, a été scellé.

"Mike Pompeo, le directeur de la CIA, deviendra notre nouveau secrétaire d'Etat. Il fera un travail fantastique! Merci à Rex Tillerson pour ses services!", a lancé M. Trump. En arrivant dans le Bureau Ovale, Trump avait, exactement, tenu le même langage à l'endroit de celui qu'il limoge aujourd'hui. Dès lors, quel crédit donner aux propos qui encensent son successeur ?

Le bouillant et insaisissable président américain a, par ailleurs, annoncé que Gina Haspel deviendrait la nouvelle directrice de la CIA, la première femme choisie à ce poste. Elle a un passé trouble dans les renseignements américains où elle est accusée de pratiquer la torture.

La Corée du Nord a joué un rôle dans ce limogeage, mais aussi, les divergences dans le dossier iranien. On sait que dans ces deux dossiers, Donald Trump et Rex Tillerson ne parlaient pas le même langage.

Début octobre, l'impétueux président avait, fait rare, publiquement, rabroué son secrétaire d'Etat pour avoir évoqué l'existence de canaux de communication visant à sonder les intentions de la Corée du Nord : "Il perd son temps à négocier", avait-il écrit sur Twitter. "Conserve ton énergie Rex, nous ferons ce que nous devons faire." (Donald Trump et Rex Tillerson sur notre photo : quand l'un prenait la parole, l'autre se taisait). Le premier à applaudir à cette décision, sera, sans doute, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, à cause de sa position tranchée sur le dossier iranien, laquelle rencontre l'assentiment de Donald Trump.

"Quand vous regardez l'accord sur le nucléaire iranien : je pensais qu'il était horrible, il (Rex Tillerson) pensait qu'il était passable", a expliqué Donald Trump pour justifier le départ de son ministre.

Signe des tensions entre les deux hommes : le président américain a limogé son chef de la diplomatie alors qu'il était en tournée africaine pour apaiser les Africains après les propos de Trump qualifiant le continent africain de pays de merde. A un moment donné, Tillerson en avait marre des « conneries » de son patron. Fin 2017, la chaîne NBC News avait affirmé qu'il avait qualifié le président américain de "débile" à la fin d'une réunion au Pentagone. Ces révélations avaient contraint le chef du département d'Etat à prendre la parole pour affirmer son soutien public et son "engagement en faveur du succès" du locataire de la Maison Blanche. Par contraste, Donald Trump a couvert d'éloges celui qu'il a choisi pour diriger la diplomatie au moment où le monde entier s'interroge sur la façon dont il abordera son tête-à-tête avec le leader nord-coréen.

Depuis ce mardi 13 mars, changement de cap : "Je travaille avec Mike Pompeo, depuis un moment", a souligné Donald Trump, louant son "énergie formidable" sa "grande intelligence".

"En tant que directeur de la CIA, Mike a mérité les éloges des membres de nos deux partis en renforçant notre collecte de renseignements, en modernisant nos capacités offensives et défensives et en tissant des liens étroits avec nos alliés de la communauté du renseignement", a-t-il déclaré.

"Félicitations à mon ami et prochain secrétaire d'Etat Mike Pompeo!", a tweeté Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU. "Excellente décision du président", a-t-elle ajouté, sans un mot pour celui qui fut son patron pendant plus d'un an : Rex Tillerson.

Le Monde politique est cruel. Sous l'ère Trump. Hillary Clinton doit en rire en s'imaginant dans la peau de celui qui ne la battit qu'en se faisant aider par Moscou. Parlant justement des Russes, ils ont ironisé sur ce remaniement, se demandant si la Russie, accusée d'ingérence dans l'élection de Donald Trump, serait une nouvelle fois montrée du doigt : "Personne n'a encore accusé la Russie d'être responsable des changements de poste à Washington ?", s'est interrogée malicieusement, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, dans un commentaire. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, est, en effet, en poste depuis 2004. Et pour longtemps encore.

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