ETATS-UNIS/COREE DU NORD : Pyongyang veut garder (tout) son arsenal nucléaire de dissuasion

Les Etats-Unis demandent "la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" de la Corée du Nord. Mais, Pyongyang exige des contreparties américaines pour s'engager dans ce processus et est irrité par des exercices militaires en cours chez son voisin sud-coréen. Conséquence, le « leader bien aimé » semble se rebiffer dans la mesure où, au regard de ce qu'il voit ailleurs, en Iran, notamment, Donald Trump tient, rarement, difficilement, compte de l'avis des autres. Pour lui, seuls priment les intérêts américains. Trump étant, déjà, très isolé avec le transfert de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, Kim Jong-un pourrait profiter de cette faiblesse passagère de l'Américain pour faire monter les enchères et obtenir plusieurs concessions inespérées pendant les négociations.

Dans tous les cas, le rapprochement s'annonce plus difficile que prévu. Si Trump pensait que la Corée du Nord, c'est une affaire dans la poche, il risque d'en avoir pour son grade. En effet, la Corée du Nord a menacé, mercredi, 16 mai, d'annuler le Sommet prévu au mois de juin (le 12 probablement) entre Kim Jong-un et Donald Trump si Washington essayait de la contraindre à renoncer, unilatéralement, à son arsenal nucléaire. Si on considère le fait que Pyongyang n'aurait pas investi autant d'argent, de savoir-faire et de temps, dans une technologie lui garantissant sa sécurité, pour la détruire à la moindre occasion, le « leader bien aimé » reste dans une logique qu'il se gardait de crier sur tous les toits.

Autre élément de pression supplémentaire sur Trump : Pyongyang a, également, annulé une rencontre de haut niveau avec la Corée du Sud pour protester contre des exercices militaires annuels en cours entre Séoul et Washington, qualifiés de "provocation".

Dans le contexte actuel où Donald Trump fait face, tout seul, au reste du monde avec des alliés traditionnels, désormais, en équipe avec ses traditionnels adversaires, la décision de Pyongyang n'est pas considérée, à Washington, comme un simple coup de poker.

Si l'administration du président américain "nous met au pied du mur et exige unilatéralement que nous renoncions à l'arme nucléaire, nous n'aurions plus d'intérêt pour des discussions", a ( de go ) déclaré le ministre-adjoint des Affaires étrangères, Kim Kye-gwan, cité par l'agence officielle KCNA. Washington demande "la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible" de la Corée du Nord. En contrepartie de cette proposition, ne sait-on rien.

Lors d'un Sommet intercoréen, le mois dernier, à Panmunjom, village de la Zone démilitarisée qui divise la péninsule, Kim Jong-un et le président sud-coréen, Moon Jae-in, avaient réaffirmé leur engagement pour la "dénucléarisation totale" de la péninsule (notre photo). Mais, cette formule est sujette à interprétation.

"Nous avons déjà exprimé notre disposition à établir une péninsule coréenne dénucléarisée et déclaré maintes fois que les Etats-Unis doivent mettre un terme à leur politique hostile envers la Corée du Nord et à leurs menaces nucléaires comme conditions préalables", a dit le ministre-adjoint. Par le passé, Pyongyang a exigé le retrait des troupes américaines déployées au Sud pour protéger Séoul de son voisin, de même que la fin du parapluie nucléaire américain sur son allié. La Corée du Nord soutient, depuis longtemps, qu'elle a besoin de l'arme atomique pour se protéger d'une invasion américaine. 

Le ministre nord-coréen s'est agacé de la volonté américaine de prendre le "modèle libyen" pour la dénucléarisation de la Corée du Nord. Un exemple jugé inacceptable dans le camp du "leader bien aimé". Pour la simple raison qu'après avoir renoncé à son programme nucléaire, le leader libyen, Mu'ammar al Khadafi, avait été tué, lors d'un soulèvement, soutenu par des bombardements de l'OTAN. Pour Kim Jong-un dont le père (Kim Jong-il) avait servi de modèle, pendant des années, au régime de Kadhafi, assurant même la sécurité de son régime, avant de s'en séparer, le leader libyen serait resté en vie s'il avait eu la sagesse, surtout, la prudence, de signer la paix avec l'Occident en prenant soin de bien conserver son arme nucléaire.

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