FRANCE-BURKINA FASO : Emmanuel Macron bien malmené à l'Université de Ouagadougou

Pour sa première tournée en Afrique, le président français, Emmanuel Macron, a choisi le Burkina Faso pour livrer son message à la jeunesse africaine. Accompagné en ce temple de contestation par son homologue, Roch Marc Christian Kaboré, le jeune président français n'a, vraiment, pas passé un moment de plaisir devant un parterre d'un millier d'étudiants parmi les plus politisés de la sous-région (notre photo). Pour preuve, n'ont-ils pas chassé Blaise Compaoré du pouvoir, fin octobre 2014, avant que la France ne l'exfiltre en Côte d'Ivoire à leur grand mécontentement ? Ils avaient, donc, de bonnes raisons d'attendre le représentant de cette France de pied ferme, même si cette lâche extradition fut, plutôt, une basse besogne de François Hollande. Autre signe d'irritation des étudiants à l'endroit du représentant français : alors qu'il s'entretenait à Kosyam (Palais présidentiel) avec son homologue burkinabé, certains étudiants manifestaient, déjà, à l'Université avant même qu'il n'y mette les pieds.

La matinée d'Emmanuel Macron est montée en puissance au fil des heures. Arrivé à Kosyam peu avant 9h00, heure de Ouagadougou (et GMT), il s'est enfermé, après les hymnes, avec Roch Marc Christian Kaboré, pendant trois quarts d'heure, pour un entretien qui, dans un premier temps, était élargi à huit collaborateurs de chaque côté, avant de finir en tête à tête. A la fin de cet entretien, les deux présidents ont eu droit à quelques questions de journalistes, avant de se rendre à l'Université Professeur Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou où quatre étudiants sélectionnés l'attendaient de pied ferme avec des questions plus qu'embarrassantes :

Première étudiante d'une université privée à poser sa question : Après l'assassinat de Kadhafi (par votre compatriote Nicolas Sarkozy, ndlr), comment vous sentez-vous dans l'amphithéâtre qu'il a, gracieusement, offert au Burkina Faso ? Un amphi, c'est du concret et différent des campus numériques que vous nous promettez et qui ne fonctionnent pas ou quand ils fonctionnent, sont envahis avant tout par vos compatriotes et non par les étudiants ?

Deuxième question d'un étudiant d'une université de province : A quand le transfert dans les pays concernés des fonds africains qui assurent la convertibilité du F CFA ? Le F CFA c'est du passé, nous voulons en sortir. Dans votre exposé, vous nous avez demandé de regarder devant, l'avenir. Le F CFA, c'est une monnaie coloniale, c'est du passé. Nous voulons en sortir.

Troisième question d'une étudiante de l'Université de Bobo Dioulasso : A quand la déclassification des archives de Sankara que la France qualifie de « Secret Défense » et quand allez-vous mettre François Compaoré (le petit-frère de Blaise Compaoré actuellement sous la surveillance de la justice française à Paris, ndlr) dans un avion Air France, afin qu'il se présente auprès de la justice burkinabé et qu'il puisse répondre des faits qui lui sont reprochés ?

Quatrième question d'un étudiant de l'Université Professeur Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou : Pourquoi ne pas procéder à l'ouverture des frontières au lieu de les restreindre comme vous le faites, actuellement, sous de fallacieux prétextes ?

Emmanuel Macron a aimé cet échange vif et répondu à toutes les questions. Cela dit, s'il avait lu afriqueeducation.com avant de se rendre dans cette université, il ne se serait pas fait surprendre car votre quotidien d'information préféré avait bien écrit que les thèmes choisis (jeunesse, entrepreneuriat, éducation, etc.) étaient en marge des réelles préoccupations de la jeunesse burkinabé et africaine. La preuve, on a commencé, dès la première question, par lui servir l'assassinat de Kadhafi, avant d'enchaîner avec la sortie du très colonial F CFA, sans oublier, les affaires de justice ayant trait à l'assassinat de Thomas Sankara et la fuite de François Compaoré. Des sujets qui sont, régulièrement, traités sur afriqueeducation.com (25 novembre à 11h41) et qui inspirent plus d'un étudiant africain.

Emmanuel Macron a, cependant, dit une vérité avant de démarrer son speech devant les étudiants : « Il n'y a plus de politique africaine de la France mais un continent qu'on doit regarder en face ». Cela veut dire que la France va chercher à ne pas, totalement, disparaître en Afrique, en y faisant ce qu'elle pourra, quand elle pourra, en fonction des moyens disponibles. C'est ainsi que le président français a énoncé des actions à mener dans la durée, dans le domaine des énergies renouvelables, de la culture, de la recherche, de la coopération, etc. Il a insisté sur l'action de la Force du G5 Sahel et la détermination de Paris à éradiquer le terrorisme dans les pays concernés et la garantie que la France sera, toujours, aux côtés des Africains chaque fois que ce sera nécessaire, comme au Mali, en 2013, tout comme les Africains avaient, aussi, soutenu l'Hexagone lors des deux dernières grandes guerres mondiales. L'aide au développement (promis juré) atteindra 0,55% du PIB de la France avant la fin du quinquennat, etc, etc.

Il s'agit donc d'actions à mener (nous ne les avons pas toutes énoncées), sous la forme d'un véritable petit catalogue. Mais, on est loin d'une politique africaine de la France en bonne et due forme. En bon ancien banquier, il va faire la politique des moyens de son pays. Aux Africains de se prendre en charge et bravo à lui d'avoir rappelé dans cet amphithéâtre offert par le Frère Guide que personne ne viendra développer le Burkina Faso (et par extrapolation l'Afrique) à la place des Burkinabé et des Africains.

Mais, ce qu'un étudiant burkinabé lui a aussi, suggéré, c'est que la France, dans bien de situations, cesse de jouer au pompier-pyromane en Afrique. Des exemples sont légion.

Question pour terminer : Qui a dit que les étudiants de l'Université de Ouagadougou étaient des « marxistes » ?

Réponse : Emmanuel Macron.

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