GAMBIE : La Cour suprême ne va pas siéger

Le débat porte, à la fois, sur la désignation par Yahya Jammeh des juges manquants à la Cour suprême, qui n'a plus siégé depuis plus de 18 mois, et sur le caractère suspensif du recours, alors qu'il est censé céder le pouvoir, le 19 janvier, à l'opposant, Adama Barrow, proclamé vainqueur de l'élection présidentielle du 1er décembre, par le président de la Commission électorale, qui, entre temps, est parti se réfugier au Sénégal, estimant que sa vie était en danger, à Banjul.

Des juges sont attendus, en Gambie, petit Etat de moins de deux millions d'habitants qui fait, souvent, appel à des magistrats d'autres pays anglophones, notamment, en provenance du Nigeria, a-t-on appris de sources judiciaires.

Mais, aucun des juges nigérians pressentis n'a, encore, officiellement, accepté de siéger à la Cour suprême gambienne, présidée par l'un des leurs, Emmanuel Fagbenle, alors que le chef de l'Etat nigérian, Muhammadu Buhari (sur notre photo avec Yahya Jammeh et Dramani Mahama), principal médiateur pour résoudre cette crise électorale, a exhorté Yahya Jammeh à céder le pouvoir, le 19 janvier, comme prévu. Sinon ce serait le déluge sur sa modeste personne.

"Des noms ont été présentés au Conseil national de la magistrature (nigérian) et approuvés, autour d'octobre, mais, je ne sais qui a accepté ou non", a déclaré le président de l'Ordre des avocats nigérians, Abubakar Mahjmoud.

Un autre juriste nigérian renommé, Joseph Daudu, ancien président de l'Ordre des avocats, a estimé qu'il serait "bête d'accepter pareille mission", sans au minimum s'assurer que M. Jammeh "quitte le pouvoir pendant que la procédure judiciaire se poursuit".

Bravant les pressions internationales, Yahya Jammeh, qui dirige la Gambie d'une main de fer, depuis 22 ans, a assuré, le 20 décembre, qu'il ne s'effacerait pas le 19 janvier, à moins que la Cour suprême n'ait tranché d'ici là. La Cour ne pouvant pas trancher, fera-t-il l'entêté en s'accrochant au pouvoir ?

"Le précédent juridique en Gambie est que le président élu est toujours investi pendant que le recours est examiné, ce qui prend des mois, voire, des années", a affirmé le juriste gambien, Aziz Bensouda, citant l'exemple des précédentes contestations par le principal opposant, Ousainou Darboe, des élections successives de Yahya Jammeh.
"L'ajournement semble l'issue la plus probable" de l'audience du 10 janvier, a-t-il estimé.

L'avocat de M. Jammeh, Me Edward Gomez, a assuré que "les juges à la Cour suprême ont été désignés", mais, a reconnu ne pouvoir confirmer leur présence effective dans le pays.
Outre la plainte du parti au pouvoir, le 13 décembre, deux autres ont été déposées, cette semaine, devant la Cour suprême, dont une émanant de Yahya Jammeh lui-même.

Ce week-end, les chefs d'Etat de la CEDEAO devraient adresser un ultimatum à Yahya Jammeh qu'il subirait leur foudre, si jamais, il commettait l'erreur de les défier le 19 janvier. Si intervention armée, il y avait, elle compterait, avant tout, sur les armées du Nigeria et du Sénégal, pour déloger Jammeh de son palais. Le chef d'état major de l'armée gambienne, qui n'est pas à une contradiction près, a, encore, fait allégeance au président sortant, lors de la présentation des vœux de l'armée à leur chef, Jammeh, cette semaine. Mais, de quelle armée s'agit-il réellement ? Tous les observateurs sont unanimes sur le fait qu'elle est, profondément, divisée et que ses chefs qui soutiennent, encore, publiquement, Yahya Jammeh changeraient, rapidement, de ton et de casquette, en voyant le dispositif militaire de la CEDEAO prendre place, avant même que le premier coup de feu ne soit tiré.

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