GUINEE EQUATORIALE : Idriss Déby Itno a-t-il voulu renverser Teodoro Obiang Nguema Mbasogo ?

A Malabo, on refuse de répondre à cette question par Oui ou par Non, mais, on continue de s'interroger activement à mesure que les enquêtes menées en Guinée équatoriale et au Cameroun, avancent. Certains « mercenaires » comme on les appelle, à Malabo, actuellement, « exploités » en Guinée équatoriale et au Cameroun, commencent à se mettre à table. Ce qui permet d'avancer. Actuellement, le doyen des chefs d'Etat africains, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a plusieurs cartes en main. Il sait qui est qui parmi ses proches voisins chefs d'Etat de l'Afrique centrale, et, surtout, qui ne lui veut pas du bien. Au Tchad et en Centrafrique, les oppositions s'interrogent sur le degré d'implication des pouvoirs en place dans cette opération qui a foiré grâce à la performante vigilance des autorités de Malabo. Pour avoir su déjouer ce coup d'état, le président équato-guinéen mérite bien ses galons de général d'armée. Il confirme que ses 38 ans passés au pouvoir font de lui un dirigeant très expérimenté.

A Bangui, on continue de se défendre (comme on peut) alors qu'on est indéfendable. Mais, ne dit-on pas, souvent, que les dirigeants de ce pays se comportent comme s'ils étaient nés avant la honte ? Car voilà un chef d'Etat, Faustin-ArchangeTouadéra, dont un des éminents conseillers à la présidence (Palais de la Renaissance), le général, Amadou Yalo, s'est occupé du recrutement des mercenaires centrafricains et tchadiens pour effectuer le coup d'état en Guinée équatoriale. Le président pouvait-il l'ignorer ? En effet, c'est ce général centrafricain qui était en contact avec le général tchadien, Mahamat Kodo Bani, actuellement, incarcéré au Cameroun pour « exploitation ». Le général, Amadou Yalo, dans le civil, est le frère du redoutable Sani Yalo, actuel président du conseil d’administration du Bureau d’affrètement routier centrafricain (BARC) depuis août 2016. Nommé à ce poste stratégique par Faustin-Archange Touadéra, Sani Yalo avait été l'un des principaux soutiens de la campagne présidentielle de ce dernier. C'est donc une récompense telle que Touadéra en fait rarement à ceux qui l'ont aidé à devenir président. Le cas de Sani Yayo est une exception qui confirme la règle. Le BARC est une société d’économie mixte dont l’Etat est actionnaire minoritaire (33%), et qui détient le monopole du trafic routier sous-régional. Il a la particularité de gérer la lucrative gare terminale routière de Bangui. Les fonds du BARC, véritable manne financière issue des flux routiers intérieurs et sous-régionaux, sont évidemment extrêmement importants pour le régime en place. Le BARC est, donc, un réel « fromage » pour Sani Yalo, l'un des véritables bras financiers (occulte) de Touadéra.

Autre frère de Sani Yalo à avoir participé à la tentative de putsch de Mongomo : Ahmed Yalo a été arrêté à Kyé Ossi, au moment où il s'apprêtait à entrer en Guinée équatoriale, avec les mercenaires. On ne perd pas de vue que Hawa Yalo, la sœur de Sani Yalo (dont la mère est d'origine tchadienne) est, aussi, impliquée dans ce putsch. Au moment des arrestations des mercenaires, la tentative ayant été éventrée, elle a regagné, précipitamment, Bangui (pour se cacher) alors qu'elle se trouvait à Douala, en « mission ». Selon certaines sources, Sani Yalo aurait entretenu le président, Faustin-Archange Touadéra, de ce coup d'état en préparation, et lui aurait même présenté, au moins, une personne impliquée dans cette opération, à Bangui, dans un grand hôtel de la place. Touadéra va jouer au fourbe jusqu'à quand ? En s'empressant d'aller à Malabo, le 9 janvier, pour condamner cette tentative avortée, devant les caméras de la TVGE (Télévision équato-guinéenne), on peut se demander jusqu'à quand il arrêtera de se moquer du doyen Obiang, qui attend, plutôt, de lui qu'il se mette à table (comme certains déjà), en lui disant comment on voulait décapiter son régime, depuis Mongomo, le jour de la nativité ?

Comme on le voit, une famille centrafricaine (trois frères et une sœur) est mouillée jusqu'au coup, ce qui devrait interroger Touadéra au regard des relations parfaites qu'il entretient avec cette famille. Cette famille est, également, très bien introduite au Tchad, pays d'où la maman Yalo tire sa nationalité. Idriss Déby Itno, l'homme par qui les malheurs du Tchad arrivent, n'est pas un inconnu pour les Yalo. Ils se fréquentent depuis le coup d'état de François Bozizé contre Ange-Félix Patassé, en 2003. Il y a, donc, bien longtemps, que les deux se parlent, et déstabilisent, ensemble, les régimes politiques de la sous-région. Le président tchadien connaît le général Amadou Yalo (le célèbre recruteur des mercenaires et contact du général tchadien Mahamat Kodo Bani). Le président tchadien tutoie Sani Yalo depuis l'époque où ce dernier était le Go Between de François Bozizé, organisateur du putsch, qui a fait perdre le pouvoir au président, Ange-Félix Patassé en 2003. Alors qu'il savait qu'il allait déposer Patassé dans les heures qui suivaient, Idriss Déby Itno avait, néanmoins, accepté de participer au Sommet de la CENSAD, à Niamey, à la demande du Frère Guide, Mu'ammar al Kadhafi, qui voulait le réconcilier avec Patassé sous sa tente, autour d'une tasse de thé vert libyen. Déby ne poussa pas la comédie jusqu'à aller à ce rendez-vous. La veille de celui-ci, il lança 7.000 soldats à l'assaut du palais présidentiel centrafricain. Le Frère Guide ne put que constater les dégâts sur son frère Patassé. Si certains rumeurs avaient associé le président français de l'époque, Jacques Chirac, à cette opération d'Idriss Déby Itno, on note que sans Déby à la manœuvre, Bozizé n'aurait, jamais, accédé au pouvoir à Bangui.

Et quand au bout de dix ans, Bozizé commença à faire montre de désobéissance à l'égard de Déby qui l'avait placé au pouvoir, ce dernier n'eut aucun mal à le remplacer par Michel Djotodia, cet ancien diplomate polyglotte, qui fut consul à Nyala au Soudan du Sud, et qui fut, lui-même, évincé par le même Déby (à la demande il est vrai du président François Hollande qui agissait sous la pression de l'armée française en Centrafrique), après avoir convoqué, à N'Djamena, l'ensemble du parlement centrafricain de transition pour le démettre de sa fonction. Une première en Afrique !

Le rôle de Déby en Centrafrique est, tellement, trouble qu'il a décidé, lui-même, de faire profil bas pendant la transition de la présidente, Catherine Samba-Panza, sans trop de succès. Car chassez le naturel, il revient au galop.

L'appellation de « sultan » que ses détracteurs lui ont collée à la peau, lui va à merveille car il dirige le Tchad comme sa chose. Certains allaient jusqu'à dire qu'il était président de deux pays, le Tchad et le Centrafrique. En effet, son influence était sans limite, sur le Centrafrique de Bozizé et de Djotodia, l'ancien leader des Séléka dont la force de frappe vient, directement, de l'armée tchadienne, sous l'autorité d'Idriss Déby Itno.

Certainement fâché que Touadéra se soit comporté en amateur alors qu'il était entouré de véritables professionnels, qui ont un savoir-faire en matière de coups d'état, en l'occurrence, les frèresYalo, « le sultan » lui aurait, juste, dit de « se démerder » avec Malabo. Par la même occasion, il refuse d'être accusé d'avoir trempé dans ce coup d'état et promet de sortir des documents au moment opportun.

Il est, pourtant, soupçonné d'avoir agi en deuxième rideau, le premier rideau étant, visiblement, le président centrafricain. Ayant agi avec finesse, Idriss Déby Itno est soupçonné d'avoir arraché le principe de la libre circulation des personnes au président équato-guinéen (qui trouvait cette opération prématurée), lors du Sommet de N'Djamena, en décembre 2017, parce qu'il voulait faciliter l'entrée des mercenaires en Guinée équatoriale en leur évitant de demander les visas, procédure qui aurait pu attirer l'attention des autorités de Malabo. Le président Obiang, bien que soutenant que son pays n'était pas prêt pour la libre circulation, faute de biométrie, faute de signature d'un partenariat préalable avec Interpol et sans la formation des personnels de police compétents, avait, néanmoins, cédé au forcing de son homologue tchadien. A l'époque, on avait expliqué ce forcing du « sultan » parce qu'il entendait donner un véritable cachet à N'Djamena comme ville où les chefs d'Etat de la CEMAC avaient adopté la mise en œuvre de la libre circulation des personnes, après des décennies d'attente. Mais, depuis l'échec du coup d'état du 24 décembre, la Guinée équatoriale a, de nouveau, érigé ses frontières comme avant. N'Djamena n'a fait aucun commentaire.

Déby n'explique pas non plus que le recrutement des mercenaires tchadiens ait été fait dans son pays (où sa police politique quadrille tout le territoire au millimètre près) sans qu'il n'en sache rien. C'est invraisemblable et c'est se moquer de l'intelligence de son homologue équato-guinéen.

L'INGENIOSITE DES PUTSCHISTES

Les enquêtes se poursuivent et chaque jour apporte son lot de révélations parmi les plus inédites. Pendant son interview à RFI et France 24, le président, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, avait demandé la coopération de la France dans la recherche de la vérité car, avait-il affirmé, « Le coup d'état a été préparé, ici, en France ». A cet égard, il n'est pas inintéressant de suivre les va et vient de Salomon Abeso Ndong, en tant que membre de la CORED (Coalition d’opposition pour la restauration d’un Etat démocratique). Créée, en France, en 2013, par Raimundo Ella Nzang, Abeso Ndong en est membre fondateur. Mais, des divergences naissent entre les deux membres. Raimundo Ella Nzang renvoie Salomon Abeso Ndong en l'accusant de ne pas jouer le jeu de l'objectif politique de la CORED. Selon certaines sources, Salomon Abeso Ndong voulait la violence et soutenait des méthodes de déstabilisation et non le combat politique en bonne et due forme. C'est ainsi qu'il a créé une autre CORED en juin 2015 selon le récépissé délivré par la préfecture de police de Paris. Sa CORED a comme siège social, une adresse du célèbre boulevard Haussmann, en plein cœur de Paris. On remarquera, très rapidement, que cette association est domiciliée chez un certain David Lucaze, de nationalité française, né à Casablanca, au Maroc. Ce dernier officie dans la communication et la publicité.

Curieusement, aucun membre de cette association ne réside en France, alors que les adresses de tous les membres annoncent résider au boulevard Haussmann, y compris Severo Moto qui en est aussi membre. A titre d'exemple, Salomon Abeso Ndong vit en Angleterre tandis que Severo Moto réside en Espagne, pourtant, l'association les déclare habiter Boulevard Haussmann.

Qui finance cette association ? Les avocats de la Guinée équatoriale signalent que le lien entre elle, Transparency International et Sherpa, a été démontré, lors du procès des Biens mal acquis, à Paris, en octobre 2017. Cette association avait été présentée par Transparency International comme le représentant du peuple équato-guinéen et ambitionnait de se constituer partie civile lors du procès. Mais, cette possibilité fut rejetée par le juge.

Salomon Abeso Ndong serait mêlé dans le coup d'état de Mongomo selon les informations recueillies auprès de deux Equato-Guinéens arrêtés et liés à cette opération. Il s'agit de Onefre Otogo Otogo Ayecaba et d'Hector Santiago Ella. Ces deux putschistes incarcérés à Malabo, reconnaissent qu'en septembre et novembre 2017, lors de leurs voyages en Europe, plus précisément, en Espagne et en France, ils avaient été logés à l'hôtel Pullman Bercy (Paris 12e) dans le cadre d'un rendez-vous qui aurait réuni Salomon Abeso Ndong, mais aussi, d'autres Equato-Guinéens : Ricky Ndong, Clemente Nguema Engonga, Bienvenido Ndong Ondo, tous, des ressortissants de Mongomo, village du chef de l'Etat. A ces Mongomo Boys, s'ajoutait « le conseiller », appellation non contrôlée d'un ressortissant français, qui assistait aux réunions et dont les enquêteurs ne donnent, pas encore, le nom, mais, qui selon des indiscrétions, dirigerait l'Institut social européen, à Paris. Pour être plus précis, Onefre et Hector sont arrivés, une première fois, le 9 septembre à Paris et sont rentrés à Malabo, le 24 septembre, via l'Espagne. Le 10 novembre, ils sont, à nouveau, venus à Paris et sont rentrés huit jours plus tard à Malabo, toujours, via Madrid. Chargés de l'infiltration des mercenaires qui devaient effectuer le coup d'état, ils venaient en Europe prendre des instructions. Quand l'opération (prévue le 24 décembre) a échoué, ils étaient en Guinée équatoriale y compris le 27 décembre quand les autorités camerounaises ont publié l'information ayant trait à l'arrestation des mercenaires à Kyé Ossi. Etant donné que Onefre et Hector étaient en danger à l'intérieur de la Guinée équatoriale, après l'échec du coup d'état, ceux de leurs complices qui étaient en Europe, ont cherché à les faire sortir, rapidement, du pays. C'est ainsi que les Services équato-guinéens ont intercepté une communication de Salomon Abeso Ndong dans laquelle il les invitait à aller chercher un dossier à DHL Malabo. Ce dossier contenait une note dans laquelle ils devaient se présenter à l'ambassade de France pour y obtenir un visa. Onefre Otogo Otogo Ayecaba et Hector Santiago Ella avaient, aussi, une réservation sur le vol d'Air France du 3 janvier (voir fac similé), ainsi qu'une lettre d'invitation qui les annonçait à un séminaire à Paris.

Au moment où ils les appelait au téléphone pour qu'ils aillent à DHL Malabo, Onefre et Hector étaient à Bata. Quand ils sont arrivés à Malabo, ils sont été, tout simplement, cueillis par la police à qui ils ont commencé à tout révéler.

Voilà ce qui fait dire au président équato-guinéen qu'il y a une implication de la France dans ce putsch. Mais, c'est loin d'être fini. Les va et vient des putschistes se poursuivent. En effet, le 11 janvier 2018, Bienvenido Ondo Ndong et Martin Aba, se sont rendus à Dubaï où ils ont été logés au Radisson Blu. Ils y ont rencontré un certain Khalifa qui est de nationalité qatari, avant de retourner le 14 janvier à Paris.
Comme on dit souvent, il n'y a pas qu'un train qui peut en cacher un autre. Un coup d'état aussi peut en cacher un autre. Autrement dit, les enquêtes se poursuivent, activement, à Malabo, mais, les putschistes ne semblent pas avoir abdiqué. Au contraire, ils semblent plus que jamais actifs...

Depuis Ebebiyin,
Une correspondance bien particulière.

Ajouter un commentaire

Les plus populaires