GUINEE EQUATORIALE : Qui est derrière le coup d'état déjoué ?

Le doyen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, revient de loin. Après avoir, in extremis, réussi à déjouer le coup d'état qui devait le mettre, d'office, à la retraite, à défaut d'avoir raison de sa vie, il doit, désormais, penser que ce qui est arrivé au colonel, Mu'ammar al Kadhafi, n'arrive pas qu'aux autres. A lui de tirer les leçons qu'il faut, maintenant qu'il a la situation, totalement, en main. Mais, apprend-on à un singe à faire les grimaces ?

On n'a pas besoin de réfléchir de midi à quatorze heures pour savoir d'où vient la tentative de coup d'état du 27 décembre. Après le Libyen, Mu'ammar al Kadhafi, et le Zimbabwéen, Robert Mugabe, la principale cible devient l'Equato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, considéré (à tort), par certaines chancelleries occidentales comme le maillon faible de la chaîne. Toutefois, ne reste pas au pouvoir pendant 38 ans qui veut mais qui peut.

Le président équato-guinéen a, donc, affirmé, mercredi, 27 décembre, avoir déjoué un "coup d'état" préparé, fin décembre, par un groupe de mercenaires étrangers pour le compte de partis de l'opposition radicale. L'opposition, qui n'est pas restée inerte face à cette grave accusation a, immédiatement, apporté un démenti aux propos du président. Cela dit, il faut bien convenir qu'il n'y pas de fumée sans feu, et que, généralement, le président de la Guinée équatoriale a, rarement, avancé des affirmations sans preuve, en matière de déstabilisation. On l'a vu, par exemple, dans le coup d'état du Britannique, Simon Mann, en 2004 (qui avait fini lui-même par le reconnaître au tribunal) et, à plusieurs reprises, dans les tentatives orchestrées depuis l'Espagne par l'opposant le plus célèbre du pays, Severo Moto. A chaque fois, les accusations du président Obiang se sont avérées exactes.

"Le ministère de la Sécurité nationale informe la population que le 24 décembre, un groupe de mercenaires tchadiens, soudanais et centrafricains ont infiltré les localités de Kye Ossi, Ebibeyin, Mongomo, Bata et Malabo pour attaquer le chef de l'Etat, qui se trouvait dans le palais présidentiel de Koete Mongomo pour passer les fêtes de fin d'année", a rapporté un communiqué du ministre de la Sécurité, Nicolas Obama Nchama, lu à la radio d'Etat. Généralement, les Equato-Guinéens n'excellent pas dans l'art de communiquer, mais, pour une fois, le message est bien clair. Cela dit, si on parle de mercenaires tchadiens (dont un général qui a depuis longtemps rompu le ban avec le président Idriss Déby Itno), soudanais et centrafricains, qui peut bien se cacher derrière cette mouvance ? La main invisible qui a initié cette déstabilisation ne tardera pas à être dénoncée, l'exploitation de la trentaine de mercenaires arrêtés à la frontière de Kye Ossi, étant d'une importance capitale. D'autre part, il y a d'ores et déjà des défections au sein de l'armée équato-guinéenne dont beaucoup de militaires qui (après avoir troqué leurs treillis contre les tenues civiles) errent dans la forêt équatoriale des trois frontières (Cameroun, Gabon et Guinée équatoriale). Mettre la main sur eux ne sera pas aisé, surtout, si les militaires fuyards sont des Fangs, langue maternelle du chef de l'Etat parlée dans toute cette zone. Autrement dit, au niveau des trois frontières, on est, partout, chez soi quand on est Fang.

Ces "mercenaires" avaient été "contractés par des Equato-Guinéens militants de certains partis d'opposition radicale avec le soutien de certaines puissances" étrangères, a ajouté le texte du ministre, Nicolas Obama Nchama. Du coup, les yeux sont tournés vers les pays occidentaux avec lesquels les relations avec la Guinée équatoriale, ne sont pas au beau fixe.

Toutefois, le ministre rassure en indiquant avoir "activé immédiatement une opération de démantèlement en collaboration avec les services de sécurité du Cameroun". A Yaoundé, on indique que la déstabilisation d'un pays frère ne passera pas. Le président, Paul Biya, cultive la paix et ne peut soutenir une action politique qui conduit droit au désordre chez son voisin. Le doyen Obiang n'attendait pas autre chose de son frère de Mvomeka (notre photo).

Le président Obiang avait dénoncé, samedi, 30 décembre, une "guerre" en préparation contre lui "car ils disent que j'ai passé beaucoup de temps au pouvoir".

Pour beaucoup d'observateurs, le problème est, cependant, ailleurs : la Guinée équatoriale affiche une insolence sans pareille dans le domaine des infrastructures, preuve que quand il est bien utilisé, l'argent du pétrole peut aider à moderniser le pays. Certaines puissances coloniales qui voient cette émergence avec un mauvais œil peuvent-ils aider à la stabilisation d'une Guinée équatoriale qui est considérée comme un mauvais exemple pour d'autres pays africains ? Si le cas libyen n'a pas servi de leçon à toute l'Afrique, c'est qu'il s'agit d'une véritable malédiction qui frappe cette partie de la terre.

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