MAURICE : Impliquée dans un scandale de corruption, la présidente de la République va démissionner

Le départ du pouvoir, en février dernier, du très corrompu chef d'Etat sud-africain, Jacob Zuma, peut en cacher un autre, celui de son homologue de l'Ile Maurice, Ameenah Gurib-Fakim, pour les mêmes motifs. Les deux ont abusé de leur position (dominante) pour s'octroyer des avantages. Seule femme chef d'Etat en Afrique, depuis le départ de la Libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, Ameenah Gurib-Fakim n'a pas résisté à la pression politique et démissionnera après les cérémonies du 50e anniversaire de l'indépendance, le 12 mars, en raison de son implication dans un scandale financier. Ce qu'on lui reproche est une goutte d'eau par rapport à Zuma qui est accusé d'avoir, complètement, nagé dans la corruption. Mais, en Ile Maurice, on est dans une République qui se veut exemplaire. Point de ressemblance entre l'Afrique du Sud et l'Ile Maurice : la démocratie avec sa justice libre et indépendante.

"La présidente de la République m'a confié qu'elle démissionnerait de ses fonctions. Nous sommes tombés d'accord sur la date de son départ, mais, nous ne pouvons pas l'annoncer", a déclaré, ce vendredi, 9 mars, à la presse, à Port-Louis, le premier ministre, Pravind Jugnauth.

Ce départ interviendra toutefois "peu après les célébrations du 50e anniversaire de l'indépendance", le 12 mars, et avant la rentrée parlementaire, le 27 mars, a-t-il ajouté, expliquant qu'à ses yeux "l'intérêt du pays passe avant tout".

Seule femme chef d'Etat en Afrique, à l'heure actuelle, Ameenah Gurib-Fakim, 58 ans, occupe son poste depuis juin 2015. Elle a succédé à Kailash Purryag, qui avait démissionné de ses fonctions, et est la première femme à occuper cette fonction honorifique dans l'histoire de l'Ile Maurice.

Scientifique et biologiste de renommée internationale, elle était, depuis plusieurs jours, sous forte pression, car accusée d'avoir utilisé une carte bancaire fournie par une ONG pour effectuer des achats personnels.

Tout a commencé, il y a dix jours, quand le quotidien mauricien, l'Express, a publié des documents bancaires démontrant que la présidente avait utilisé à des fins personnelles une carte bancaire qui lui avait été remise par l'ONG Planet Earth Institute.

Basée à Londres, cette ONG est financée par le milliardaire angolais, Alvaro Sobrinho, un homme d'affaires controversé qui, depuis 2015, a tenté, plusieurs fois, d'investir à Maurice, selon l'Express, ce qui avait, déjà, déclenché des polémiques.

Proche du pouvoir angolais, poursuivi au Portugal et en Suisse, Alvaro Sobrinho aurait détourné plus de 600 millions de dollars de la Banco Espirito Santo Angola lorsqu'il dirigeait la banque, par le biais de sociétés-écrans alimentées par des opérations fictives de retraits d'espèces, avait révélé, début mars, le journal en ligne français Mediapart.

Selon l'Express, la carte avait été fournie à Ameenah Gurib-Fakim pour faire la promotion d'un programme de bourses. La présidente mauricienne n'a, cependant, pas utilisé la carte, seulement, à cette fin, mais aussi, pour faire des achats personnels à l'étranger.

Le montant de ces dépenses (bijoux, chaussures de marque etc), s'élève à, au moins, 25.000 euros, selon le quotidien. Ameenah Gurib-Fakim a reconnu les faits, mais, a affirmé avoir remboursé l'argent utilisé, à titre personnel, en mars 2017.

La candidature de la présidente avait été présentée en 2015 par l'alliance Lepep (Le Peuple) au pouvoir, mais, avait, aussi, fait l'unanimité dans l'opposition qui avait voté pour sa nomination.

Elle a, donc, d'abord, été soutenue par le gouvernement, et en particulier, par le vice-premier ministre, Ivan Collendavelloo, pendant que l'opposition exigeait son départ.
Mais, face au tollé provoqué par l'affaire, le premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a promis aux Mauriciens d'en finir avec la corruption, a, finalement, décidé de la lâcher.

Le gouvernement, d'autant plus sous pression que ce scandale coïncide avec les cérémonies marquant le 50e anniversaire de l'indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni, s'est résolu, jeudi, 8 mars, fête internationale de la femme, à lancer une procédure de destitution à son égard. Une très mauvaise coïncidence.

Ameenah Gurib-Fakim, qui estimait "ne rien devoir à personne" après avoir, selon elle, tout remboursé, a, d'abord, tenté de s'accrocher à son poste. Mais, deux rencontres avec le premier ministre, jeudi et vendredi, l'ont, finalement, fait fléchir.

Elle est la dernière femme chef d’Etat en Afrique - même si cette fonction est purement honorifique à Maurice - depuis la fin du second mandat, en janvier, de la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf, qui était devenue, en 2005, la première femme élue à ce poste sur le continent.

Ajouter un commentaire

Les plus populaires