MIGRATIONS PAR LES COTES LIBYENNES : En panne d'idée, l'UE interdit les ventes de canots gonflables à la Libye

Lors d'un récent Sommet de deux jours, à Bruxelles, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a, une fois de plus, exhorté les Etats membres de l'Union européenne (UE) à honorer les engagements financiers pris envers l'Afrique, pour lutter contre l'immigration illégale : « Les engagements pris en conseil des ministres doivent être respectés. Les Etats membres ne tiennent pas leurs promesses à un degré suffisant en ce qui concerne les engagements envers le Fonds africain ». En novembre 2015, réunis à Malte, les 28 s'étaient engagés auprès de leurs partenaires africains à s'attaquer aux « causes profondes » des migrations, en donnant aux Africains des perspectives d'avenir chez eux, via le financement de projets concrets. La Commission avait alors mis sur la table un fond de 1,8 milliard d'euros que les Etats membres étaient censés doubler, ce qui est loin, très loin, d'être le cas, presque deux ans plus tard. Quand Jean-Claude Juncher fait ses comptes, il se rend compte que sur les 200 millions d'euros promis (ce qui déjà ne représente pas grand chose), seulement 89 millions ont été payés. Cette carence des Etats a poussé la Commission à porter son enveloppe de 1,8 à 2,6 milliards d'euros.

Très récemment, le Plan Marshall de la chancelière, Angela Merkell, lancé en marge du G 20, en Allemagne, a reçu un accueil très mitigé, son principal allié européen, le président français, Emmanuel Macron, faisant savoir que les milliards déversés en Afrique n'aideraient pas ce continent à se développer tant que les femmes continueraient à donner 7 à 9 enfants, sans capacité de les éduquer. Une réflexion qui sonne comme une véritable provocation en Afrique où on se demande où Macron est parti chercher ces statistiques démographiques sur le continent.

L'aide au développement (Plan Marshall ou pas) a donc du plomb dans l'aile. D'où le raccourci de ce lundi, 17 juillet, qui montre que l'Europe est, tout simplement, dépassée par les événements.

En effet, le Conseil de l'UE, qui regroupe les pays membres, "a introduit des restrictions sur l'exportation et l'approvisionnement en Libye de bateaux gonflables et de moteurs hors-bord" (notre photo), dans le but de "briser davantage le +business model+ des passeurs et des trafiquants d'êtres humains".

Cette décision donne aux pays européens "une base juridique pour empêcher l'exportation ou la fourniture de ces produits en Libye quand il existe des motifs raisonnables de croire qu'ils seront utilisés par des passeurs et des trafiquants d'êtres humains".

Ces restrictions pourront s'appliquer y compris aux produits destinés à la Libye et ne faisant que transiter par l'UE. Le Conseil a assuré qu'elles n'empêcheront pas l'export ou la vente pour des utilisateurs "légitimes", comme les pêcheurs.

Les pays européens ont par ailleurs prolongé lundi le mandat de la mission européenne EUBAM, qui assiste les autorités libyennes dans le contrôle de leur frontière Sud, par laquelle passent de nombreux migrants avant de tenter la traversée de la Méditerranée.

Ils n'ont cependant pas encore prolongé celui de la mission navale européenne "SOPHIA", lancée en 2015 pour s'attaquer en mer aux passeurs, mais dont certains déplorent le manque de résultats.

Le mandat de SOPHIA "expire à la fin du mois de juillet, nous avons encore deux semaines et je ne vois pas de problèmes particuliers avec quelque pays que ce soit sur ce point", a cependant assuré lundi la cheffe de la diplomatie européenne, l'Italienne, Federica Mogherini.

Plus de 86.000 migrants sont arrivés depuis le début de l'année sur les côtes italiennes, après avoir pour la plupart transité par la Libye.

Face à cet afflux qui semble loin de se tarir, Rome se plaint d'être livrée à elle-même et appelle ses partenaires européens à davantage de solidarité.

Ceux-ci se sont engagés début juillet à renforcer leur soutien aux autorités libyennes, pour la doter notamment d'une garde-côtière capable d'empêcher les départs clandestins vers l'Europe.

Ils ont aussi appuyé le projet d'un "code de conduite" préparé par Rome pour les ONG menant des opérations de sauvetage en Méditerranée, accusées par certains de créer un "appel d'air" pour les migrants et les passeurs.

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